Dans le monde – Le Liban devient le premier pays du Moyen-Orient à abolir la peine de mort. Une décision historique saluée par l’ACAT-France et son ambassadrice au Liban, Antoinette Chahine.
« Le Liban tourne enfin une page douloureuse de son histoire : il fait le choix de la vie, de la dignité humaine et d’une justice qui ne tue plus », se réjouit Antoinette Chahine, ambassadrice de l’ACAT-France au Liban et ancienne condamnée à mort, alors que le Parlement libanais vient d’abolir la peine de mort.
La loi, adoptée le 11 août 2026, met fin à la peine capitale pour tous les crimes et la remplace par la réclusion à perpétuité assortie de travaux d’intérêt général. Le Liban comptait encore 84 détenus dans le couloir de la mort. Un moratoire de fait était appliqué depuis 2004, année de la dernière exécution.
« Un engagement fort »
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a salué cette décision dans un communiqué, en déclarant qu’elle « témoigne d’un engagement fort et fondé sur des principes en faveur du droit à la vie. » Il a également appelé les autres pays qui maintiennent la peine de mort à suivre l’exemple du Liban afin de « mettre fin à cette pratique inhumaine. »
La peine capitale reste maintenue dans 85 pays dans le monde, tandis que le nombre d’exécutions en 2025 a atteint un record depuis 1981 avec 2 707 mises à mort (hors Chine). Alors que le Liban rejoint la liste des pays abolitionnistes, celle-ci atteint également son plus haut niveau avec 114 pays sur 199.
« J’espère que cette décision ouvrira la voie à d’autres avancées pour les droits humains au Liban, conclut Antoinette Chahine. Et qu’elle donnera aussi de l’espoir aux abolitionnistes dans notre région et partout dans le monde. »
Le témoignage d’Antoinette Chahine
« Ce jour est historique pour le Liban. C’est l’aboutissement de longues années de combat mené par des associations, des militants, des avocats, des parlementaires et tant de personnes qui n’ont jamais cessé d’y croire.
Pour moi, c’est un immense pas en avant pour les droits humains. Malgré toutes les difficultés que traverse notre pays, le Liban envoie aujourd’hui un message fort : la justice peut protéger la société sans ôter la vie.
En tant qu’ancienne condamnée à mort, j’ai vécu la peur et l’injustice. J’ai été emprisonnée cinq ans et demi avant d’être acquittée. Mon histoire rappelle une vérité essentielle : un juge est un être humain, et l’être humain peut se tromper. Lorsqu’un innocent est exécuté, il est trop tard pour revenir en arrière.
En tant que femme croyante, je suis profondément convaincue que personne n’a le droit d’enlever la vie à quelqu’un. On ne répare pas un crime par un autre crime.
Lorsque l’abolition a été prononcée, j’ai pensé à toutes ces années de combat et à Monsieur Robert Badinter, qui fut pour moi un véritable parrain dans ce combat. J’aurais tant aimé qu’il soit là. Par la pensée, je lui ai dit : « Nous avons réussi, Monsieur Badinter. »
Depuis ma libération, je témoigne de mon histoire à travers le monde et je défends l’abolition de la peine de mort. Depuis 2001, je participe notamment aux Congrès mondiaux contre la peine de mort organisés par ECPM. Être aujourd’hui Ambassadrice de l’ACAT au Liban est un immense honneur et me donne encore plus de force pour porter ce combat.
Cette victoire est collective. Je veux saluer toutes celles et ceux qui se sont battus pendant des années au Liban, ainsi que toutes les personnes et organisations à l’étranger qui nous ont accompagnés. Leur soutien a été précieux.
Aujourd’hui, nous célébrons cette victoire au Liban. Demain, nous continuerons ensemble le combat jusqu’à l’abolition universelle de la peine de mort. »