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Mexique
Actualité

Menaces de mort contre des défenseur.e.s

Ces deux derniers mois, au Chiapas, des membres du Collectif des familles de prisonniers en lutte et du Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas (Frayba, partenaire de l’ACAT) ont reçu des menaces de mort et subi des intimidations très préoccupantes. Les autorités semblent minimiser les risques et ne prennent pas les mesures adéquates.
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©DR
Le 17 / 12 / 2019

Ces intimidations interviennent manifestement en représailles aux activités des défenseur.e.s en faveur de détenus autochtones tsotsiles qui protestent contre leur détention préventive abusive et les tortures et mauvais traitements subis lors de leur arrestation et en détention. L’ACAT a réalisé deux appels urgents les concernant en mars et juillet 2019. La situation s’est plus particulièrement crispée autour du cas du détenu Juan de la Cruz Ruíz qui était entré en grève de la faim pendant plus de 130 jours au printemps dernier et qui a finalement été libéré ce 9 décembre.

Les menaces ont ciblé une défenseure du Collectif de manière accrue. Le 12 novembre 2019, vers 22 heures, elle a reçu à son domicile un message composé avec des coupures de journaux qui prévenait : « Faro [nom du directeur de Frayba, ndlr] : terrible avis de recherche, Mme ... [son nom ne peut être communiqué pour des raisons de sécurité, ndlr] appelle à l’aide, elle est en danger de mort, la vie est courte, la mort est inévitable, une de plus, novembre, prends soin d’elle, essaie de lui sauver la vie. » Le 19 novembre, le matin, elle a trouvé un nouveau message avec son nom en lettres de sang ; le soir, c’était une publicité de pompes funèbres.

Après cela, Frayba a constaté une surveillance et un harcèlement accrus de toutes les familles de détenus autochtones ainsi que des organisations et collectifs qui les soutiennent.

Les autorités doivent garantir la protection des membres du Collectif des familles de prisonniers en lutte et de Frayba, ainsi que des détenus tsotsiles qui protestent contre leur condition.

 

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CONTEXTE

Les ravages de la guerre contre le crime

Depuis 2006, le Mexique traverse une très grave « crise des droits humains ». Au nom de la « guerre contre la délinquance organisée », les gouvernements successifs n’ont fait qu’ajouter des violations massives des droits humains à la violence des cartels et autres bandes criminelles.

La population civile est prise en étau. Les catégories les plus vulnérables (jeunes de quartiers pauvres, femmes, autochtones, migrants) et les défenseurs des droits humains et les journalistes paient le plus lourd tribut. Homicides, torture, arrestations arbitraires, disparitions, exécutions extrajudiciaires, etc. Tous les chiffres sont alarmants.

D’une manière générale, les autorités, souvent corrompues, ne mènent pas d’enquêtes sérieuses. Le taux d’impunité des violations des droits humains est d’environ 98 %.

Défenseur.e des droits humains, un métier à haut risque

Les défenseurs des droits humains sont constamment attaqués du fait de leurs activités. Des campagnes de discrédit et de diffamation sont régulièrement menées par des représentants politiques ou des personnes et médias proches du pouvoir à l’encontre de défenseurs et d’ONG de défense des droits humains.

Au cours des onze premiers mois de 2019, au moins 18 défenseur.e.s ont été assassiné.e.s. La majorité d’entre eux étaient impliqués sur des questions environnementales et appartenaient à des communautés autochtones.

Le mécanisme de protection des journalistes et défenseurs des droits humains mis en place en juin 2012 demeure inopérant. Le dispositif manque de soutien politique et financier, et les attaques à l’encontre des défenseurs et journalistes ne font pratiquement jamais l’objet de poursuites.

Les populations autochtones plus vulnérables

Selon les derniers chiffres de la Commission nationale des droits de l’homme, un peu moins de 7 000 hommes et 230 femmes autochtones sont actuellement détenu.e.s.

En butte à une plus grande discrimination sociale et marginalisation économique, les communautés autochtones sont plus vulnérables face aux dysfonctionnements du système pénal mexicain. Selon les propres termes de la rapporteuse spéciale sur les droits des peuples autochtones, les personnes indigènes arrêtées et faisant l’objet de poursuites pénales « sont confrontées à des violations du droit d’accès à un procès et une défense équitables à cause du manque d’interprètes, d’avocats, de défenseurs et d’opérateurs de justice qui parlent leur langue et connaissent leur culture. »

 

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