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« Ce sont des batailles que nous allons gagner »

Dans le monde arabo-musulman, les féministes luttent contre les codes de la famille ou les codes de statut personnel. Entretien avec Nadia Chabaane, ancienne député à l’assemblée constituante de Tunisie.
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Crédit : Flickr - Amine Ghrabi.
Le 30 / 08 / 2017

Pourquoi luttez-vous contre les codes de la famille, aussi appelés code du statut personnel ?

Nadia Chabaane : Ces codes de la famille régissent la vie privée et sociale des femmes, portent atteinte à leur dignité et font d’elles des citoyennes de deuxième catégorie, qui n’ont pas les mêmes droits que les hommes. En Algérie, les féministes demandent l’abrogation du code de la famille. Au Liban et en Jordanie, elles viennent d’obtenir l’abrogation de la possibilité pour un violeur d’épouser sa victime. En Égypte, les femmes se mobilisent contre l’excision, les violences, la polygamie, etc. Certains pays tolèrent encore les crimes d’honneur et autorisent les mariages précoces.

Que dit le code du statut personnel tunisien ?

N.C. : Dès sa promulgation, le 13 août 1956, le code du statut personnel tunisien était en rupture avec la charia. Les symboles qu’étaient la polygamie et la répudiation ont été abolis, tout comme la tutelle du père. Le consentement au mariage a été introduit. L’égalité a ensuite été confirmée par la constitution de 2014, alors que les islamistes voulaient imposer la « complémentarité ». Son article 21 garantit l’égalité des citoyennes et des citoyens et l’article 46 vise à mettre fin aux discriminations. Il reste toutefois la dot, qui inscrit le mariage dans un rapport marchant, l’autorité parentale qui n’est pas partagée – le chef de la famille reste l’homme – et l’inégalité face à l’héritage. Mais ce sont des batailles que nous allons gagner car il s’agit de rendre le droit conforme à la constitution.

Quelles sont vos victoires récentes ?

N.C. : Le 26 juillet 2017, a été votée la loi intégrale de lutte contre les violences faites aux femmes, qui protège mieux les victimes et oblige la mise en place de dispositifs de prévention. Le 8 septembre, la circulaire interdisant le mariage entre une musulmane et un non musulman a été abrogée. Je tiens aussi à citer la parité, inscrite dans la constitution de 2014, qui est primordiale pour garantir la représentation politique des femmes. Enfin, le 13 août 2017, le président de la République a annoncé sa volonté d’aller vers la suppression de l’inégalité face à l’héritage. 

Ces avancées juridiques sont-elles suivies en pratique ?

N.C. : Nous sommes dans une situation similaire à la France en ce qui concerne les violences : les femmes saisissent la justice, mais certains juges et policiers banalisent les violences faites aux femmes. C’est pourquoi la nouvelle loi prévoit la prise en charge des victimes par des personnes qualifiées, au sein d’espaces dédiés dans les postes de police. Il y a un rejet de la violence à l’égard des femmes en Tunisie, qui se constate à travers l’augmentation du nombre de plaintes : les femmes osent de plus en plus de porter plainte, notamment parce qu’elles sont mieux soutenues par leurs familles. 

Quel regard portez-vous sur l’idée que le corps de la femme est dépositaire de l’honneur familial, qui est l’un des fondements de ces codes de la famille ?

N.C. : Quand des victimes de viol doivent épouser leur violeur uniquement pour sauver l’honneur de leur famille, cela pose problème. Mais les jeunes générations portent un regard nouveau et les mentalités évoluent. Le fait d’avoir supprimé la possibilité pour un violeur d’épouser sa victime, en Tunisie, en Jordanie et au Liban par exemple, a rendu ce crime irréversible. Ce n’est plus quelque chose que l’on peut « sauver ». À cet égard, l’évolution du droit est précieuse, mais il faut avant tout un travail de fond et sur le long terme d’éducation à l’égalité.

 


Propos recueillis par Anna Demontis, chargée de projet éditorial à l'ACAT

Article issu du dossier « Femmes : Des hommes comme les autres », du Humains n°02

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