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CALIFORNIE : 46 ORGANISATIONS INTERNATIONALES APPELLENT LE GOUVERNEUR À COMMUER TOUTES LES CONDAMNATIONS À MORT.

  • Justice sociale
  • Peine de mort
Photo | Unsplash

Dans une lettre commune, 46 organisations, dont l’ACAT-France, demandent à Gavin Newsom, gouverneur de Californie, de commuer l’ensemble des condamnations à mort de Californie en peine de prison à vie, dans cet état qui compte le plus grand nombre de condamnés à mort des États-Unis.

Cher gouverneur Newsom,

Nous, les 46 organisations soussignées, vous écrivons aujourd’hui pour vous demander d’agir sans délai afin de mettre fin à la menace d’exécution qui pèse sur plus de 550 personnes actuellement condamnées à mort en Californie. Votre initiative visant à commuer toutes les condamnations à mort dans l’État américain comptant le plus grand nombre de condamnés à mort changerait non seulement de manière significative la donne en matière de peine de mort aux États-Unis, mais elle enverrait également un signal fort à l’échelle internationale et nous aiderait à faire avancer la cause de l’abolition à l’échelle mondiale.

Nos organisations œuvrent de concert au sein de la Coalition mondiale contre la peine de mort, présente dans toutes les régions, en tant qu’alliance regroupant notamment des personnes innocentées qui ont été condamnées à mort, des proches de condamnés à mort ainsi que des victimes de crimes, des ONG, des barreaux, des collectivités locales et des syndicats.

Nous sommes confrontés quotidiennement aux cruelles réalités de la peine de mort, ainsi qu’à une opinion publique hostile et à des appels vindicatifs à la vengeance. Nous sommes alarmés par la montée en puissance de discours déshumanisants sur la sécurité publique, dans lesquels la peine de mort est souvent exploitée par les autorités comme un instrument de peur et de contrôle, une arme tirée du répertoire autoritaire visant à consolider le pouvoir.

Nous sommes unis dans notre opposition inconditionnelle à la peine de mort, que nous considérons comme une violation des droits de l’homme, et nous rejetons catégoriquement les représentations erronées qui présentent cette peine comme un moyen de dissuasion particulièrement efficace contre la criminalité, détournant ainsi des ressources qui pourraient être consacrées à des mesures visant à s’attaquer aux causes profondes du problème et à rendre notre société plus sûre.

Nous avons suivi de près les mesures que vous avez prises concernant la peine de mort. Depuis le moratoire sur toutes les exécutions que vous avez instauré en 2019, peu après votre entrée en fonction, lorsque vous avez qualifié le système californien de peine de mort d’« inéquitable, injuste, coûteux, interminable et [qui] ne rend pas notre État plus sûr », et votre objectif ultime d’y mettre fin ; en passant par votre reconnaissance sans équivoque, devant la Cour suprême de Californie, de la discrimination omniprésente dans le système pénal de l’État ; jusqu’à votre soutien aux amendements législatifs visant à renforcer les garanties dans les affaires de peine de mort.

Dans nos rôles et responsabilités respectifs, nous faisons chaque jour le choix conscient de vivre selon nos valeurs. Nous choisissons de ne pas nous laisser définir par la peine de mort, même lorsque nous sommes confrontés à la résistance, que nous sommes mis au ban de la société et même lorsque certains d’entre nous reçoivent des menaces de mort en raison de notre militantisme.

Nous ne sommes pas seuls. Nous marchons sur les traces de géants — ceux qui nous ont précédés et qui ont tracé des chemins ineffaçables vers la justice. Ils se sont battus pour les libertés civiles, la justice raciale, la dignité humaine et les droits de l’homme. Ils ont osé imaginer un monde libéré de ce qui a été qualifié de « justice qui tue ». Robert Badinter, ministre français de la Justice (1981-1986), a évoqué ce choix lorsqu’il a mené la campagne en faveur de l’abolition de la peine de mort devant l’Assemblée nationale française :

« Le choix qui s’impose à vos consciences est donc clair : soit notre société refuse une justice qui tue et accepte, au nom de ses valeurs fondamentales – celles qui l’ont rendue grande et respectée de tous –, de mettre fin à la vie de ceux […] qui l’horrifient, et c’est là le choix de l’abolition ; soit cette société croit, malgré l’expérience de plusieurs siècles, pouvoir faire disparaître le crime avec le criminel, et c’est là l’élimination. Cette justice d’élimination, cette justice d’angoisse et de mort, décidée avec sa part d’aléatoire, nous la refusons. Nous la refusons parce qu’elle est, pour nous, une anti-justice, parce que ce sont la passion et la peur qui l’emportent sur la raison et l’humanité. » (1981)

Avant lui, le révérend Martin Luther King Jr. l’avait déclaré avec force :

« Rendre la haine par la haine ne fait que multiplier la haine, ajoutant une obscurité plus profonde à une nuit déjà dépourvue d’étoiles. Les ténèbres ne peuvent chasser les ténèbres ; seule la lumière le peut. La haine ne peut chasser la haine ; seul l’amour le peut. » (« Aimer ses ennemis », 1957).

Ces paroles continuent de nous guider, car elles nous appellent à résister au cycle de violence et de représailles dont la peine de mort est l’incarnation même.

Vos derniers mois au poste de gouverneur de Californie vous offrent une occasion unique de laisser une empreinte durable sur la question de la peine de mort aux États-Unis et à l’échelle internationale, en prenant des mesures pour commuer toutes les condamnations à mort dans cet État américain qui concentre près d’un tiers du total national.

Malgré les revers et la hausse alarmante du nombre d’exécutions à l’échelle mondiale auxquels nous avons été confrontés, nous sommes plus que jamais convaincus que nous sommes engagés dans un processus inéluctable vers l’abolition universelle. Nous comptons sur votre leadership pour lancer le processus visant à commuer toutes les condamnations à mort en Californie et ajouter ainsi une nouvelle pierre à l’édifice de notre combat collectif pour construire un monde débarrassé d’une « justice » qui tue.

Signataires

  • ACAT Belgium
  • ACAT Burundi
  • ACAT Canada
  • ACAT Chad
  • ACAT Central African Republic
  • ACAT DRC
  • ACAT France
  • ACAT Germany
  • ACAT Liberia
  • ACAT Luxembourg
  • ACAT Switzerland
  • ACAT United Kingdom
  • The Advocates for Human Rights
  • Amnesty International
  • Anti-Death Penalty Asia Network (ADPAN)
  • Balochistan Human Rights Group
  • Business Leaders Against the Death Penalty
  • Capital Punishment Justice Project (Australia)
  • Centre d’Observation des Droits de l’Homme et d’Assistance Sociale – (CODHAS-RDC)
  • Coalition of Somali Human Rights Defenders (CSHRD)
  • Colegio de Abogados y Abogadas de Puerto Rico
  • Cornell Center on the Death Penalty Worldwide
  • French Collective Libérons Mumia
  • German Coalition to Abolish the Death Penalty (GCADP)
  • Hands off Cain
  • Human Rights Dallas
  • Humanity Diaspo
  • Italian Coalition Against the Death Penalty
  • Italian Federation for Human Rights (FIDU)
  • Kenya Human Rights Commission (KHRC)
  • LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains)
  • lifespark (movement against the death penalty) – Switzerland
  • MADPET-Malaysians Against Death Penalty and Torture
  • Maldivian Democracy Network (MDN)
  • Observatoire Burundais des Prisons (OBP)
  • Parliamentarians for Global Action (PGA)
  • Paul Rougeau Committee (Italy)
  • Prison Radio/The Redwood Justice Fund
  • Redemption Pakistan
  • SOHRAM-CASRA (Centre Action Sociale Réhabilitation et Réadaptation pour les Victimes de la Torture et de la guerre)
  • Southern Methodist University Human Rights Program
  • Stand Up Jamaica
  • Society for Human Rights and Development Organization (SHRDO)
  • Transitional Justice Working Group (TJWG)
  • World Coalition Against the Death Penalty
  • Youth Safety Awareness Initiative (Crime Si Poa)

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