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Mobilisons-nous pour demander la libération de Sandra Muhoza !

Pour agir, envoyez un email et/ou téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et retournez-la par voie postale à Son Excellence Monsieur Arthémon Katihabwa, Ministre de la Justice, des droits de la personne humaine et du genre

Le 14 janvier 2026, la journaliste burundaise Sandra Muhoza a été condamnée à quatre ans de prison ferme à l’issue d’une procédure judiciaire inique et opaque. Cela va bientôt faire deux années qu’elle est arbitrairement détenue au Burundi pour avoir simplement exercé sa liberté d’expression dans un fil de discussion privé. L’ACAT-France dénonce la condamnation et la poursuite de sa détention arbitraire.

Qu’est-il reproché à Sandra Muhoza ?

La journaliste burundaise Sandra Muhoza, correspondante à Ngozi pour le média en ligne “La Nova Burundi”,  et qui travaille notamment sur le droit des femmes au Burundi. est détenue arbitrairement depuis avril 2024 pour avoir partagé, dans un groupe WhatsApp privé de journalistes, des informations faisant état d’une distribution présumée de machettes à des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure.

Arrêtée à Ngozi le 12 avril 2024, elle est transférée quelques jours plus tard au Service national de renseignement (SNR) à Bujumbura. Elle y est interrogée pendant plusieurs jours, puis incarcérée à la prison centrale de Mpimba. Durant cette période de détention au SNR, elle est battue, maintenue menottée les yeux bandés et privée d’un accès suffisant à la nourriture, des faits constitutifs d’actes de torture et de mauvais traitements.

Le 16 décembre 2024, le Tribunal de grande instance de Mukaza, à Bujumbura,  condamne Sandra Muhoza à 21 mois de prison pour « atteinte à l’intégrité du territoire national » et « aversion raciale ». Cette décision est frappée d’appel. En juin 2025, la Cour d’appel de Mukaza se déclare territorialement incompétente, ce qui annule la procédure et aurait dû conduire à sa libération immédiate. Au lieu de cela, les autorités burundaises ouvrent une nouvelle procédure à Ngozi, maintenant Sandra Muhoza en détention. Malgré quatre demandes de liberté provisoire, toutes rejetées, et un état de santé préoccupant, elle reste emprisonnée. Le 14 janvier 2026, le Tribunal de grande instance de Ngozi la condamne à quatre ans de prison ferme et à une amende de 200 000 francs burundais (environ 60 euros), sur la base des mêmes accusations, illustrant un acharnement judiciaire manifeste.

Acharnement judiciaire et dégradation de la santé en détention

Dès son arrestation, Sandra Muhoza a été soumise à une détention prolongée sans fondement légal valable. Les poursuites engagées contre elle reposent sur une interprétation abusive du droit pénal, alors que les propos incriminés ont été tenus dans un cadre strictement privé, sans diffusion publique ni intention de provoquer la haine. Aucun élément concret dans le dossier ne permet d’établir de manière formelle une atteinte à l’intégrité du territoire national ni une aversion raciale.

Dans cette affaire, seule Sandra Muhoza a été poursuivie, alors que d’autres journalistes ayant participé aux échanges sur WhatsApp n’ont fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire, ce qui constitue un traitement discriminatoire manifeste. Malgré l’annulation de la première procédure et son état de santé fragile, les autorités ont refusé systématiquement toute liberté provisoire, démontrant un acharnement judiciaire à son encontre.

La santé de Sandra Muhoza se dégrade continuellement en détention. Elle éprouve de plus en plus des difficultés à se déplacer et son accès aux soins reste limité. Ses proches ont peur de lui rendre visite, craignant des représailles.

Pour l’ACAT-France, qui a déjà mobilisé ses militants (appels à mobilisations en juillet 2024 et janvier 2025, appel du mois en avril 2025 et nuit des veilleurs en juin 2025), l’affaire Sandra Muhoza illustre une justice instrumentalisée  utilisée pour réprimer les voix critiques et intimider les journalistes afin de les dissuader d’entreprendre toute enquête indépendante critique sur les autorités en place. Sandra Muhoza est la seule femme journaliste détenue arbitrairement en Afrique subsaharienne. Elle est le symbole du recul de la liberté de la presse au Burundi.

Contexte

L’incarcération de Sandra Muhoza constitue une atteinte directe à la liberté d’expression et envoie un signal alarmant à l’ensemble des journalistes burundais. Cette affaire illustre à quel point la liberté de la presse reste gravement menacée dans le pays et démontre que la justice, censée être indépendante, est instrumentalisée par le pouvoir pour museler les voix critiques.

Un climat de répression persistante contre la liberté de la presse

Depuis la tentative de coup d’État de mai 2015, les autorités burundaises ont instauré un climat de répression à l’encontre de la société civile et des voix dissidentes. Une centaine de journalistes ont été contraints à l’exil, tandis que la plupart des médias indépendants ont été fermés ou interdits. Depuis 2018, deux lois liberticides régissent le travail des associations et des médias, offrant aux autorités burundaises un contrôle renforcé sur les activités de la société civile. L’élection d’Evariste Ndayishimiye en 2020 avait suscité quelques espoirs, notamment avec la réouverture de certains médias comme Iwacu. Cependant, ces avancées restent fragiles. Le Conseil National de la Communication (CNC), censé garantir la liberté de la presse, fonctionne souvent comme un organe de contrôle visant à censurer les débats critiques. En 2025, le Burundi se classe 125ᵉ sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse. Les accusations vagues liées aux atteintes à la « sécurité de l’État » sont régulièrement utilisées pour criminaliser les journalistes, obligeant ces derniers à pratiquer l’autocensure par crainte de représailles. Un exemple de cette répression est l’affaire Floriane Irangabiye, condamnée à dix ans de prison en janvier 2023, avant d’être graciée après plus de 700 jours de détention arbitraire, grâce à une forte mobilisation internationale dont celle de l’ACAT-France.

Pression continue sur les défenseurs des droits humains

Les défenseurs des droits humains sont confrontés à une pression constante : surveillance, menaces et poursuites judiciaires arbitraires. De nombreuses organisations de la société civile ont été dissoutes ou contraintes de poursuivre leurs activités depuis l’exil. Douze défenseurs et journalistes burundais en exil, dont Armel Niyongere, président de l’ACAT-Burundi, font encore l’objet de condamnations à des peines de prison à perpétuité. Ces personnes avaient fui le pays en 2015 après avoir été menacées par le régime de l’ancien président Pierre Nkurunziza, qui souhaitait briguer un troisième mandat malgré la limite constitutionnelle de deux mandats. Ces acteurs dirigeaient des associations et médias menant des enquêtes sur les violences commises par les forces de défense et de sécurité contre les dissidents. Leurs organisations ont été interdites d’exercer au Burundi. L’ACAT-Burundi a été radiée par le ministère de l’Intérieur en octobre 2016, après la fermeture de ses comptes bancaires en novembre 2015. En janvier 2017, Maître Armel Niyongere et trois autres avocats-défenseurs des droits humains ont été radiés de l’ordre des avocats.

Malgré ces obstacles, l’ACAT-Burundi poursuit son travail depuis l’étranger, continuant à documenter les violations des droits humains et à plaider pour la justice auprès des instances internationales. En octobre 2024, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a souligné la persistance de la répression des opposants politiques, des professionnels des médias et des défenseurs des droits humains au Burundi, ainsi que l’impunité généralisée des auteurs de violations. Dans une décision historique, datant du 21 novembre 2025, le Comité des Nations unies contre la torture (CAT) a reconnu que le Burundi avait commis des actes de représailles contre quatre avocats : Dieudonné Bashirahishize, Armel Niyongere, Vital Nshimirimana et Lambert Nigarura, ayant collaboré avec les Nations unies. Ces représailles comprenaient leur radiation du barreau, la suspension de leur exercice professionnel, des menaces et la confiscation de leurs biens, les contraignant à l’exil. Le Comité a ordonné au Burundi de rétablir les droits des plaignants et lever toutes les interdictions professionnelles, d’accorder une réparation et de mettre en place des mesures pour prévenir toute représailles contre les personnes coopérant avec les mécanismes des Nations unies. Cette décision, non encore appliquée par les autorités burundaises, établit un précédent dans le système des droits humains des Nations unies, affirmant que les représailles contre les défenseurs des droits humains peuvent constituer des traitements cruels, inhumains ou de la torture.

D’autres mécanismes internationaux ont, ces dernières années, alerté sur l’usage régulier de la torture commis par des agents du Service National de Renseignement (SNR) et sur l’absence d’enquêtes effectives. Dans le cas de Sandra Muhoza, aucune investigation indépendante n’a été ouverte au Burundi malgré des allégations graves et crédibles de violences durant sa détention au sein du SNR.

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