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Droits de l'homme à l'école : un projet pédagogique collectif

Parce qu'elle participe à la formation des futurs citoyens, l'école joue un rôle d'éducation aux droits de l'homme. Petit à petit, cet enseignement est devenu transversal, en impliquant tous les acteurs des établissements scolaires.
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Crédit : radio-londres.fr
Le 03 / 07 / 2017

« Acceptation de la différence », « Égalité et discriminations », « Atteintes à autrui » : voici quelques enseignements qui ont fait leur entrée dans les programmes scolaires en 2015. Le regroupement de ces thématiques au sein d’un nouveau socle de connaissances, de compétences et de culture, intitulé « Enseignement moral et civique » (EMC), a pour objectif d’aller vers une meilleure codification, mais aussi vers un renforcement de l’éducation aux droits de l’homme à l’école. Cette volonté se traduit par une approche plus collective et transversale de cet enseignement au sein des établissements scolaires, y compris dans l’enseignement professionnel.

Au-delà de l'histoire-géo

Jusqu’ici, l’éducation aux droits de l’homme était l’apanage du professeur d’histoire-géographie et d’éducation civique, à travers, par exemple, l’enseignement des différents rouages de la démocratie ou de l’histoire de la République. À présent, l’EMC fait de l’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté un « enseignement dont la responsabilité est partagée par la totalité des équipes enseignantes et éducatives », selon Denis Paget, membre qualifié du Conseil supérieur des programmes. « Rien ne serait pire que de laisser croire aux élèves que l’éducation morale et civique ne relève que d’un seul champ », précise-t-il, prenant comme exemple les débats autour de la bioéthique et de la manipulation du vivant : « Qui est le mieux placé pour le faire ? C’est plutôt le professeur de sciences, voire le professeur de philosophie en classe de terminale. »

Si l’éducation aux droits de l’homme à l’école est l’affaire de tous, c’est aussi parce qu’elle se vit au quotidien. Tout d’abord, à travers le respect du règlement intérieur qui organise la vie de la communauté à l’échelle de l’établissement. Y sont en jeu des valeurs qui relèvent directement des droits de l’homme. « Le règlement intérieur comporte les embryons d’une réglementation de la vie en société. Il engage les élèves et leur permet de comprendre que, sans les règles, il n’y a pas de vie sociale possible », détaille Denis Paget. Ensuite, à travers le projet pédagogique. Véritable feuille de route de la politique éducative de l’établissement, il permet de relier les enseignements entre eux, dans une démarche interdisciplinaire et en s’adaptant au public des élèves accueillis.

Besoins éducatifs

« Au sein de notre établissement, il y avait des besoins éducatifs flagrants sur, par exemple, la place et l’image de la femme, le vivre ensemble, la citoyenneté et le respect des cultures », développe Floriane Richard, documentaliste au collège Gabriel Havez, à Creil (Oise). Dans cet établissement qui accueille majoritairement une population issue de l’immigration, mais également des élèves tout juste arrivés sur le territoire, le projet pédagogique visait pendant de nombreuses années à leur apprendre à vivre leur double culture. Ainsi, la lutte contre les idées reçues sur les origines a irrigué plusieurs projets menés par l’équipe éducative, dont l’organisation d’une journée annuelle de la diversité. En 2016, a été montée avec une classe de 4è une pièce de théâtre sur les préjugés, en lien avec des dramaturges. L’Office régional de promotion du cinéma a réalisé un film sur les clichés avec une classe de 6è en 2017.

Dans le cadre de ces projets transversaux, l’intervention d’acteurs extérieurs (voir p. 34 à 37) à l’établissement fut une évidence pour la documentaliste : « Ils ouvrent les élèves sur l’extérieur » et « apportent une autre légitimité » que celle des enseignants. Ancienne professeur d’histoire géographie et responsable du projet social pour les classes de première et terminale d’un lycée parisien, Arielle Rogé insiste sur l’importance du témoignage que ces intervenants délivrent.

Liberté, inégalité ?

Plusieurs critiques peuvent toutefois être adressées à l’éducation nationale. D’une part, la réduction des moyens qui a forcément un impact sur l’éducation aux droits de l’homme, comme sur les autres enseignements. D’autre part, « l’inégalité des territoires fait que ce sujet n’est pas traité de la même manière dans un établissement isolé et avec peu de moyens, qu’au sein d’un établissement mieux doté », ajoute Hubert Tison, secrétaire général de l’association des professeurs d’histoire géographie (APHG). Une inégalité qui peut être aggravée par la possibilité laissée aux équipes éducatives de choisir leurs projets, notamment en fonction des moyens mis à leur disposition.

L’équilibre est donc à trouver entre la liberté de choisir sa politique éducative et la nécessité d’apporter le même enseignement à tous les élèves. Une première piste à suivre est, peut-être, de renforcer la place des droits de l’homme dans la formation des professeurs. La seconde se trouve sûrement dans la sensibilisation et l’implication des parents « qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants », rappelle Caroline Saliou, présidente nationale de l’association de parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL). « Il faut que les droits de l’homme puissent se vivre à la maison (…) Lorsque l’on inculque quelque chose aux enfants, mais qu’on ne le fait pas avec les parents, il y aura des familles où la prise de conscience ne se fera pas. » Dans cette optique, l’APEL organise des rencontres parents/écoles afin de faire débattre les adultes de la communauté éducative sur une thématique comme, par exemple, l’accueil de la différence. Car si l’éducation aux droits de l’homme doit être portée par l’Éducation nationale, c’est l’ensemble de la société qui doit y prendre part. En premier lieu, parce qu’il s’agit de permettre aux élèves de « devenir de libres citoyens et pour leur donner les moyens de faire entendre leur voix dans le monde actuel », selon les mots d’Hubert Tison. L’enjeu est de taille.


Par Anna Demontis, chargée de projet éditorial à l'ACAT

Article issu du dossier « Humains de demain », du Humains n°01

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