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Bahreïn
Communiqué

Lettre des organisations de défense des droits humains au PDG de la F1 avant le Grand Prix de Bahreïn

Cher Stefano Domenicali. Nous, les organisations soussignées, vous écrivons à l'approche du Grand Prix de Formule 1 (F1) Gulf Air de Bahreïn pour vous faire part de nos inquiétudes quant au fait que Bahreïn a été récompensé par un contrat de 15 ans, considéré comme le « plus long contrat de course jamais signé » , malgré les graves violations des droits humains et la répression politique qui se poursuivent à Bahreïn et qui ont déjà été signalées à la F1.
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Stefano Domenicali, Président de la F1 (CC BY-SA 4.0)
Le 15 / 03 / 2022

Cher Stefano Domenicali,

Nous, les organisations soussignées, vous écrivons à l'approche du Grand Prix de Formule 1 (F1) Gulf Air de Bahreïn pour vous faire part de nos inquiétudes quant au fait que Bahreïn a été récompensé par un contrat de 15 ans, considéré comme le « plus long contrat de course jamais signé », malgré les graves violations des droits humains et la répression politique qui se poursuivent à Bahreïn et qui ont déjà été signalées à la F1.

Votre décision de ne pas vous engager auprès de la communauté internationale des droits humains avant de signer votre contrat le plus récent avec Bahreïn ne soutient pas votre déclaration de 2021 selon laquelle la F1 prend « la violence, les violations des droits humains et la répression très au sérieux ».

Absence de dialogue avec la société civile et de reconnaissance des violations des droits au Bahreïn

En mars 2021, plus de 20 organisations internationales de défense des droits humains et syndicats, ainsi que plus de 60 membres du parlement britannique, ont appelé la F1 à reconnaître la gravité des violations des droits humains au Bahreïn, y compris celles liées à votre course. Nous avons demandé une réunion avec les parties prenantes et la mise en place d'une enquête indépendante pour examiner l'impact de la F1 sur la situation des droits humains au Bahreïn.

Vous avez écarté ces demandes en affirmant qu'il ne serait « pas raisonnable pour [la F1] de prétendre » qu'elle est en mesure de les satisfaire. En outre, vous n'avez pas pris en compte les cas que nous avons soulevés avec vous, des cas de Bahreïnis qui ont été torturés et emprisonnés en partie à cause de leurs critiques et de leur opposition pacifique à la course de F1 à Bahreïn.

Selon vos propres termes, le sport joue un rôle unique en étant « une force du bien ». Cependant, l'absence de réaction de la F1 a montré que cette affirmation ne compte pas dans le cas de Bahreïn. En réalité, la course de F1 à Bahreïn a contribué aux abus et à la souffrance d'individus par les autorités bahreïniennes, et la F1 n'a pas utilisé sa position de manière satisfaisante pour lutter contre ces abus ou pour demander publiquement réparation pour ces victimes.

Un cas pertinent que vous connaissez sans doute est celui de Najah Yusuf. En octobre 2019, la direction de la F1 a déclaré qu'elle porterait les recommandations du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (UN WGAD) pour la réparation du préjudice subi par Najah Yusuf directement auprès des autorités bahreïnies. Quatre courses plus tard, le Bahreïn n'a fait aucune démarche significative pour obliger ses agresseurs à répondre de leurs actes ou à lui accorder réparation. En outre, la famille de Salah Abbas Habib, l'homme abattu par la police la veille de la course de F1 2012 à Bahreïn, reste sans justice.

Poursuite de la répression institutionnalisée au Bahreïn

Nous sommes préoccupés par le fait que le contrat de 15 ans signé entre la F1 et Bahreïn ne prévoit pas les mécanismes de contrôle appropriés. Étant donné que les organisations de droits humains ont constaté que le Bahreïn a poursuivi sa « lourde répression » l'année dernière, « a maintenu sa violente campagne de persécution contre les dissidents politiques, a intensifié son ciblage des enfants » et a augmenté de façon spectaculaire le recours à la peine de mort au cours de la dernière décennie, ce partenariat sans précédent remet en question le rôle de la F1 dans le « sportswashing ».

Il n'y a aucun semblant de liberté d'expression dans le pays. Reporters sans frontières a classé Bahreïn à la 168ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2021 et, selon le Comité de protection des journalistes, des journalistes continuent d'être emprisonnés.

Le Dr Abduljalil Al-Singace, prisonnier politique, universitaire respecté et défenseur des droits humains, illégalement emprisonné depuis 2011 et condamné à la prison à vie, est en grève de la faim depuis plus de huit mois, depuis le 8 juillet 2021. Cette grève de la faim vise à protester contre la confiscation de ses travaux universitaires, qu'il a passé les 4 dernières années en prison à étudier et à écrire à la main. Alors que sa santé se détériore, les autorités ont arbitrairement suspendu ses appels vidéo hebdomadaires à sa famille, ce qui l'a poussé à intensifier sa protestation en refusant ses perfusions. Malgré les appels internationaux en faveur de la libération et de la cessation de la grève de la faim du Dr AlSingace, Bahreïn continue de lui refuser délibérément des soins médicaux adéquats et continue d'ignorer sa demande élémentaire de restitution de sa propriété intellectuelle.

Le Dr Al-Singace n'est pas seul. Neuf autres militants de premier plan des droits humains et de l'opposition, condamnés pour leur rôle de premier plan dans le soulèvement pro-démocratique de 2011, sont toujours incarcérés.

Deux poids, deux mesures

Alors que nous soutenons la décision de la F1 d'annuler sa prochaine course en Russie en raison de l'invasion de l'Ukraine, nous pensons qu'il y a clairement deux poids deux mesures avec les pays du Moyen-Orient. En effet, la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, qui comprend le Bahreïn et les Émirats arabes unis, continue de bénéficier du renouvellement des contrats de la F1 malgré la poursuite de sa campagne militaire de sept ans contre le Yémen, qui contribue à la création de ce que les Nations unies ont qualifié de « pire catastrophe humanitaire au monde » et qui a vu la coalition placée sur une liste noire pour les violations commises contre les enfants au Yémen.

Selon un rapport de l'ONU datant de 2021, la coalition dirigée par l'Arabie saoudite a continué à « commettre des violations flagrantes du droit international humanitaire et du droit international des droits humains, notamment des attaques aveugles contre des civils, des disparitions forcées et des actes de torture. »

Nous sommes attristés qu'en dépit des parallèles évidents entre la Russie et l'Ukraine et la coalition saoudienne et le Yémen, il semble qu'une règle soit appliquée pour les victimes de guerre en Europe et une autre pour les victimes au Moyen-Orient.

Nos demandes

Nous demandons instamment à la F1 de s'engager auprès des organisations internationales des droits humains en reconnaissant publiquement la crise des droits humains au Bahreïn et en s'abstenant de contribuer au « sportswashing » de ces abus. À la lumière de ces éléments, nous vous demandons :

  • D'utiliser votre position et votre influence auprès des autorités de Bahreïn pour obtenir réparation pour les victimes d'abus directement liés aux activités de la F1 ;
  • D'évaluer et réviser votre contrat avec Bahreïn afin d'y inclure des clauses relatives au respect du droit international des droits humains ;
  • De revoir votre politique officielle concernant les courses au Bahreïn, ainsi qu'en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, compte tenu de leur rôle dans la campagne militaire au Yémen ;
  • De reconsidérer votre position sur la volonté de la F1 de permettre la mise en place d'une commission d'experts indépendants chargée d'enquêter sur les violations des droits humains liées aux activités de la F1 au Bahreïn, avec un mécanisme de plainte permettant aux victimes de signaler les abus.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de nos salutations distinguées,

Signataires :

1.            Bahrain Institute for Rights and Democracy

2.            ACAT-France

3.            ALQST for Human Rights

4.            Americans for Democracy and Human Rights in Bahrain

5.            Arab Organisation for Human Rights in the UK

6.            Cairo Institute for Human Rights Studies

7.            CIVICUS

8.            Democracy for the Arab World Now

9.            European Centre for Democracy and Human Rights

10.          FEMENA

11.          Football Supporters Europe

12.          Global Legal Action Network

13.          Gulf Centre for Human Rights

14.          Human Rights Sentinel

15.          ILGA World

16.          International Rehabilitation Council for Torture Victims

17.          International Service for Human Rights

18.          International Trade Union Confederation

19.          MENA Rights Group

20.          Scholars at Risk

21.          Sport & Rights Alliance

22.          The Army of Survivors

23.          Transparency International Germany

24.          WHRD MENA Coalition

25.          Women’s March Global

26.          World Organisation Against Torture

27.          World Players Association, UNI Global Union

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