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Cameroun
Communiqué

Au Cameroun, tuer des manifestants, c’est de la légitime défense !

Au Cameroun, tuer des manifestants par balles, c’est de la légitime défense, voilà le message que les autorités camerounaises vont bientôt faire entendre aux instances des Nations unies, les 24 et 25 octobre prochain, devant le Comité des droits de l’homme. Une position intolérable qui doit être condamnée par les Nations unies.
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Le 05 / 10 / 2017

 

Paris, le 5 octobre 2017 : Au Cameroun, tuer des manifestants par balles, c’est de la légitime défense, voilà le message que les autorités camerounaises vont bientôt faire entendre aux instances des Nations unies, les 24 et 25 octobre prochain, devant le Comité des droits de l’homme. Une position intolérable qui doit être condamnée par  les Nations unies.

 

Pour empêcher toute manifestation d’opposition dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun, les forces de défense et de sécurité ont fait un usage excessif de leurs armes létales, le dimanche 1er octobre 2017. Bilan : plusieurs dizaines de personnes tuées par balles. Dix selon les autorités camerounaises et au moins trente-huit pour le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC).

En février 2008[1], les forces de défense et de sécurité avaient fait de même dans les mêmes régions, ainsi qu’à Yaoundé et Douala, provoquant la mort de plus de 139 personnes[2].

 

Au Cameroun, la légitime défense justifie les homicides extrajudiciaires

 

Les 24 et 25 octobre prochain, l’Etat camerounais va affirmer devant le Comité des droits de l’homme, qu’en février 2008, « les forces de maintien de l’ordre ont agi en état de légitime défense »[3]. Pour les autorités camerounaises, l’usage des armes était justifié face aux violences et « voies de faits graves et généralisées » des manifestants. Ainsi, les autorités camerounaises n’ont ni enquêté, ni poursuivi en justice ni sanctionné les membres des forces de sécurité, auteurs de tirs mortels sur plus d’une centaine de manifestants. Il est fort probable que les autorités camerounaises indiquent que les événements récents dans les régions anglophones relèvent également de la légitime défense.

« En instrumentalisant le concept de légitime défense pour justifier des homicides extrajudiciaires, les autorités camerounaises croient qu’elles ne violent pas les instruments internationaux auxquels ce pays est partie, ce qui est absolument faux » affirme Clément Boursin, Responsable Afrique à l’ACAT.

L’ACAT rappelle par ailleurs qu’en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) -  paragraphe 2, article 4 - aucune circonstance exceptionnelle, comme l'instabilité de la situation politique intérieure ou tout autre état d'urgence, ne peut être invoquée pour justifier une quelconque dérogation au droit à la vie.

 

Aucune enquête impartiale et crédible possible au Cameroun

 

Au Cameroun, on peut tuer des manifestants en toute impunité.  Cette impunité, qui est la norme depuis des décennies, laisse le champ libre aux forces de défense et de sécurité pour commettre en divers endroits du pays - particulièrement dans l’extrême-nord du pays en proie à un conflit interne avec la secte Boko Haram et dans les régions anglophones en dissidence - de nombreuses violations graves des droits de l’homme.

« Il est illusoire de penser que les autorités camerounaises vont enquêter de manière impartiale sur les violences commises dans les régions anglophones. Elles ne l’ont pas fait en février 2008. Elles ne le feront pas aujourd’hui » indique Clément Boursin, Responsable Afrique à l’ACAT. Seul le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies serait en mesure d’entreprendre une telle enquête. Aura-t-elle lieu ? Le Cameroun fait en effet l’objet de mansuétude de la part de la communauté internationale, particulièrement de ses alliés occidentaux comme la France et les Etats-Unis. Le silence international sur la répression sanglante à huis clos en février 2008 risque de se répéter.

L’ACAT appelle par conséquent le Comité des droits de l’homme des Nations unies à :

  • condamner l’usage excessif de la force et les homicides extrajudiciaires commis par les autorités camerounaises le 1er octobre 2017 et en février 2008 ;
  • appeler le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies à entreprendre une enquête sur les allégations de recours excessif à la force par les forces de sécurité, d’homicides extrajudiciaires, de tortures et de mauvais traitements commis dans les régions anglophones depuis novembre 2016.

Une telle enquête internationale ne se fera que sous la pression des États par leurs sociétés civiles.

 

 

Contacts :

Clément Boursin, Responsable des programmes Afrique, ACAT, clement.boursin@acatfrance.fr , + 33 1 40 40 02 11

 

[1] Des dizaines de milliers de personnes étaient à cette époque descendues dans les rues pour dire non à la volonté du président Paul Biya de faire modifier la Constitution et son article 6 qui l’empêchait alors de se présenter à la présidentielle de 2011.

[2] Rapport de l’ONDH « Cameroun : 25-29 février 2008 – Une répression sanglante à huis clos », https://www.fiacat.org/IMG/pdf/ACAT-Cameroun_Rapport_2008_SITE.pdf

[3] Cinquième rapport périodique du Cameroun au Comité des droits de l’homme des Nations unies http://tbinternet.ohchr.org/_layouts/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=CCPR%2fC%2fCMR%2f5&Lang=fr

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