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Cameroun
Communiqué

intimidations à l’encontre du REDHAC

Pour la quatrième fois en deux ans, les locaux du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale ont été cambriolés, dans la nuit le 13 juin 2014
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Crédits : REDHAC
Le 23 / 06 / 2014

Pour la quatrième fois en deux ans, les locaux du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC) - association qui contribue à assurer la protection des défenseurs des droits de l’homme dans l’exercice de leurs activités - ont été cambriolés, dans la nuit le 13 juin 2014, mettant à nouveau l’organisation de défense des droits de l’homme dans une situation difficile : plusieurs dossiers et du matériel de travail, dont des ordinateurs et autres appareils numériques, ont été subtilisés. Depuis décembre 2008, Maximilienne Ngo Mbe, la Directrice exécutive du REDHAC, fait l’objet d’incessants actes d’intimidations et de harcèlements du fait de ses prises de parole sur des violations des droits de l’homme commises au Cameroun.

« Nous nous inquiétons de cette répétition de cambriolages qui, à chaque fois, prive le  REDHAC de moyens de travail et le  met dans l’incapacité de venir en aide aux victimes de violations des droits de l’homme » indique Clément Boursin, responsable Afrique à l’ACAT-France.

L’ACAT-France et l’ACAT-Littoral appellent les autorités camerounaises à garantir, en toutes circonstances, au REDHAC et à ses membres, de pouvoir travailler librement et en toute sécurité.  À cet effet, « les nombreuses plaintes déposées par Maximilienne Ngo Mbe depuis six ans doivent faire l’objet d’un suivi plus rigoureux de la justice afin que les auteurs et responsables du harcèlement dont elle fait l’objet elle et sa famille répondent de leurs actes devant la justice camerounaise » affirme Maxime Bissay, coordinateur de l’ACAT-Littoral.

Une suite de cambriolages inexpliqués

Dans la nuit du 12 au 13 juin 2014, aux environs de trois heures du matin, huit hommes en tenue civile, dont trois armés, sont arrivés aux abords des locaux du  REDHAC avec trois motocyclettes. Ils ont cassé la chaîne qui fermait le portail et ont rapidement mis en joug le gardien en lui pointant  l’arme sur la tête afin qu’il ne mette pas en alerte le voisinage. Les cambrioleurs l’ont ensuite ligoté et l’ont tenu en respect à l’arrière du bâtiment avec une arme pointée sur la tempe. Pendant ce temps, les autres cambrioleurs ont cassé les différentes serrures et cadenas fermant les diverses portes des locaux et ont commencé une fouille systématique des bureaux : « Des dossiers relatifs à des affaires de violations des droits de l’homme ont été subtilisés. Une importante somme d’argent a été volée et la plupart de nos appareils numériques ont été dérobés : postes de télévision, ordinateurs, tablette, caméra, appareil photo » indique Maximilienne Ngo Mbe, directrice exécutive  du REDHAC. Moins d’un mois auparavant, dans la nuit du 18 au 19 mai, des personnes avaient déjà tenté de s’introduire dans les bureaux du REDHAC. Le gardien avait alors entendu du bruit et alerté les voisins. Les cambrioleurs s’étaient alors enfuis en moto.

Une organisation qui gêne les autorités camerounaises ?

Le jour du cambriolage, le REDHAC a dénoncé plusieurs arrestations arbitraires suivies d’actes de torture et d’extorsions survenues les semaines précédentes dans la région de l’Extrême-Nord en proie à une vaste opération militaire de l’armée camerounaise contre la secte religieuse Boko Haram. Selon le REDHAC, le 18 mai 2014, M. Alhadji Modou Kori a été arrêté et torturé par des militaires qui l’auraient soupçonné d’être un membre de Boko Haram, avant d’être libéré le 24 mai. Les 1er et 2 juin, dix personnes auraient été arrêtées, torturées et abattues par des militaires camerounais après que ces derniers aient trouvé dans leurs téléphones portables des numéros de ressortissants nigérians et des images de dégâts causés par la secte Boko Haram. Le REDHAC, en rendant publique de telles informations, dérange le pouvoir en place. « Les autorités camerounaises n’apprécient généralement pas qu’on ébruite hors du pays des faits qui peuvent écorner l’image du pays qu’ils essayent de façonner à l’étranger » indique Clément Boursin.

D’incessantes menaces depuis décembre 2008

Par le passé, l’ACAT-France et l’ACAT-Littoral sont intervenues à plusieurs reprises pour dénoncer les menaces de mort dont Maximilienne Ngo Mbe et sa famille ont fait l’objet. Le 5 avril 2013, son fils a fait l’objet d’une tentative d’enlèvement à Douala alors qu’il se trouvait à l’école. Du 18 au 22 mars 2013, le REDHAC avait hébergé un séminaire du réseau panafricain des défenseurs des droits de l’homme, dans lequel des éléments des services de renseignement avaient tenté de s’introduire. À la suite de cette rencontre, Mme Ngo Mbe avait reçu des menaces par téléphone et SMS. Le 22 mars, un SMS lui signalait : « Tes enfants paieront à ta place ».

À la suite de l’interview accordée le 11 juillet 2011 à Radio France internationale à propos du meurtre d’un défenseur des droits de l’homme survenu à Kousseri en juin 2011, Mme Ngo Mbe avait fait l’objet de nombreuses formes d’intimidation : écoutes téléphoniques, menaces, filature, vol de ses papiers et de documents de travail. En septembre 2012, sa nièce avait été enlevée et violée à la sortie de l’école. Les agresseurs l’avaient confondu avec sa fille.

En mars 2010, elle avait reçu une lettre anonyme indiquant : « Tu dois te taire. Sinon, même ton travail se terminera. Tu paieras cher tout ce que tu fais pour ternir l’image du président de la République ». En février de la même année, son fils avait reçu deux appels téléphoniques de menaces. En décembre 2008, l’un de ses enfants avait reçu par téléphone la menace suivante : « Je viens vous chercher ta mère et vous ».

Les différentes plaintes déposées auprès de la police et du délégué à la sûreté nationale par Mme Ngo Mbe, pour ces menaces de mort et autres actes d’intimidation, sont jusqu’à ce jour restées sans suite. Les enquêtes concernant les cambriolages n’ont jamais rien donné.  Malgré cette accumulation de menaces, ni Mme Ngo Mbe ni le REDHAC n’ont fait l’objet de protection policière.

Contact presse :

Pierre Motin, ACAT-France, 01 40 40 40 24 / 06 12 12 63 94 pierre.motin@acatfrance.fr  

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