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Première visite virtuelle en trois ans pour l’avocat Yu Wensheng

Après trois ans de silence imposé, l’avocat et défenseur des droits humains Yu Wensheng a enfin pu parler à son épouse à travers un écran.
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L'avocat Yu Wensheng (gauche) avant son arrestation en 2018. Son épouse Xu Yan (droite) devant le centre de détention de Xuzhou le 14 janvier 2021. Photos partagées sur le compte Twitter de Xu Yan.
Le 28 / 01 / 2021

Mise à jour du 3 février 2021 : il a été confirmé à l'épouse de Yu Wensheng que ce dernier avait été transféré dans une prison à Nanjing, soit à plus de 800 kilomètres de Pékin où vivent son épouse et son fils. 


Le 14 janvier 2021, pour la première fois en trois ans, l’avocat Yu Wensheng a été autorisé à s’entretenir avec son épouse Xu Yan via un appel vidéo depuis le centre de détention de Xuzhou, dans la province du Jiangsu. Cette dernière n’avait pas vu son mari depuis son arrestation en janvier 2018 pour “subversion”.

Selon Xu Yan, Yu Wensheng était menotté durant l’entretien. Il est apparu le crâne rasé, le visage pâle et les traits creusés. L'entretien a duré une vingtaine de minutes, en présence de gardes du centre de détention.

Sa condamnation ayant été confirmée en appel le 26 décembre 2020, Yu Wensheng devrait bientôt être transféré dans une prison. Lors de l’entretien vidéo, l’avocat a indiqué à Xu Yan avoir demandé à être transféré dans une prison à Pékin, où résident sa femme et son fils. Jusque-là, Wensheng était détenu au centre de détention de la ville de Xuzhou, à plus de 800 kilomètres de sa famille.

En attendant, son état de santé se détériore.Yu Wensheng souffre de maux de dents, dont plusieurs ont été retirées, lui causant des difficultés pour mâcher et manger. Sa main droite tremble de façon incontrôlée à cause de blessures qui lui auraient été infligées en détention provisoire. Yu Wensheng a également indiqué à son épouse souffrir de douleurs le long de la colonne vertébrale et dans le bas du dos après avoir été forcé de rester assis par terre sans bouger, les jambes croisées, durant de longues heures en détention.

L' ACAT-France demande à ce que Yu Wensheng ait immédiatement accès à des soins médicaux adaptés, notamment pour sa main et ses dents. Priver délibérément un·e détenu·e de traitement médical reviendrait à enfreindre de nombreux standards internationaux, dont la Convention contre la torture, ratifiée par la Chine en 1988, ainsi que l’Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus adopté en 2015 par l’Assemblée générale des Nations unies (règle 24). La Constitution chinoise garantit par ailleurs aux citoyens l’aide matérielle de l’État en cas de maladie (article 45).

Nous demandons également à ce que les autorités chinoises accèdent à la requête de Yu Wensheng et transfèrent ce dernier dans une prison proche du domicile de sa famille à Pékin, en vertu notamment du principe 20 de l’Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement adopté par les Nations unies en 1988 et de la règle 59 de l’Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus.

 


 

Avocat sans peur

Yu Wensheng, aujourd’hui âgé de 53 ans, travaillait avant son arrestation en tant qu’avocat à Pékin. Il représentait des pétitionnaires, des militants pour les droits civils, des adeptes de Falun Gong ainsi que ses confrères avocats victimes de la répression, dont Wang Quanzhang. Pour son travail en faveur des droits fondamentaux, il fait partie des trois finalistes du prix Martin Ennals 2021 des défenseurs des droits humains.

La veille de son arrestation à Pékin le 19 janvier 2018, il avait publié une lettre ouverte comprenant des recommandations d’amendements à la Constitution chinoise, notamment sur la mise en place d’élections libres et démocratiques.

Une affaire marquée par le secret

Arrêté alors qu’il emmenait son fils à l’école, Yu Wensheng avait immédiatement été placé en « résidence surveillée à un endroit désigné », une spécificité chinoise permettant de maintenir un détenu au secret de manière légale au nom de la sécurité nationale. Durant cette période, ses avocats et sa famille n’avaient pas été autorisés à le voir. Les autorités en avaient profité pour le radier du barreau de Pékin. Trois mois plus tard, les autorités confirmaient sa détention à Xuzhou, dans la province du Jiangsu, à 800 km de chez lui.

En février 2019, Yu Wensheng était formellement inculpé pour « subversion ». Son procès s’est tenu au secret le 9 mai 2019, sans que sa famille et ses avocats n’aient été prévenus. La justice chinoise n’a annoncé son verdict qu’un an plus tard, le 17 juin 2020 : quatre ans de prison suivis de trois ans de privations de droits politiques.

La peine de Yu Wensheng a été officiellement confirmée en appel le 26 déc 2020, après une audience le 13 décembre. Quelques semaines plus tard, le 15 janvier 2021, l’un des avocats chargé de sa défense, Lu Siwei, a été radié du barreau.

Les avocats des droits humains fortement affaiblis depuis 2015

Si la plupart des avocats des droits humains ciblés par la « répression 709 » de 2015 ont été libérés après des mois, voire des années, de détention illégale et restent sous surveillance, d’autres, à l’image de Wu Gan, purgent toujours leurs peines de prison. Comme Yu Wensheng, la plupart ont été radiés du barreau et sont dans l’impossibilité d’exercer leur métier. Par ailleurs, nombre d’entre eux souffrent de séquelles physiques et psychologiques suite aux mauvais traitements et actes de tortures subis en détention.

 


 

Retrouvez les actions de l’ACAT en faveur de Yu Wensheng et Xu Yan :

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