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Journée mondiale des réfugiés 2020 : témoignages de la permanence asile

À l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, l’ACAT-France a choisi de mettre en lumière des témoignages émanant de la permanence d’aide juridique aux demandeurs d’asile et réfugiés.
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Crédit photo : Pixabay
Le 19 / 06 / 2020

La journée mondiale des réfugiés a été décrétée par les Nations Unies le 4 décembre 2000 pour permettre de rendre hommage, tous les 20 juin, aux nombreuses personnes qui sont contraintes de fuir leur pays en raison des persécutions qu’elles risquent d’y subir. Cette journée, qui existait déjà en Afrique à cette même date, représente depuis 2001 une occasion pour de nombreux pays à travers le monde de mettre en avant des initiatives en faveur des demandeurs d’asile, des réfugiés et des apatrides.

Le 20 juin permet également à la société civile de sensibiliser le grand public sur les questions liées au droit d’asile et d’interpeller les autorités compétentes. C’est dans cette optique que l’ACAT-France a décidé de donner la parole à celles et ceux qui font vivre la permanence asile : demandeurs d’asile et réfugiés qui s’y rendent, et bénévoles qui les reçoivent et les aident dans leurs démarches.

À l’occasion de cette journée mondiale des réfugiés, l’ACAT vous laisse ainsi découvrir différents parcours attestant des enjeux liés à l’asile en France et des obstacles rencontrés par les demandeurs d’asile et réfugiés.

 

Témoignage de M. B.D, dont la demande d’asile est en cours d’instruction et dont les difficultés d’accès à un hébergement et aux soins ont aggravé sa vulnérabilité :

« J'ai quitté mon pays pour me mettre en sécurité car j'ai reçu de graves menaces à cause de mon engagement dans un parti d'opposition. J'ai subi une violente agression au cours de laquelle est mort le candidat que je soutenais et la police n'a pas voulu recevoir ma plainte.

À mon arrivée en France, j'ai eu beaucoup de mal à démarrer la procédure de demande d'asile car j'avais plusieurs problèmes à gérer en même temps : j'étais seul et en mauvais état de santé, je consacrais beaucoup de temps et d'énergie à trouver comment manger et où dormir, je me faisais du souci pour ma famille au pays. J'ai mis du temps à obtenir un rendez-vous à la préfecture. Puis j'ai beaucoup stressé quand j'ai compris que je n'avais que 3 semaines pour trouver de l'aide pour remplir mon dossier et l'envoyer à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).  

Lorsque je me suis présenté au guichet unique pour demandeur d'asile (GUDA) pour me faire enregistrer comme demandeur d'asile, j'ai précisé que j'étais malade : une ancienne blessure à la jambe pour laquelle j'étais en attente d'une intervention. L'Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) n'en a apparemment pas tenu compte. À cette époque, j'étais à la rue, sauf quelques nuitées par-ci par-là dans un centre d'hébergement d'urgence. Or, le chirurgien m'avait dit : "Je vous opérerai quand vous aurez un toit".

L'ACAT a fait un courrier à l’OFII signalant ma vulnérabilité, mon besoin d'hébergement stable. Au bout d'un mois environ d'attente anxieuse, l'OFII m'a affecté un logement, une chambre que je partageais avec cinq autres hommes, au 2ème  étage sans ascenseur, ce qui rendait difficile mes allées et venues avec ma jambe douloureuse. J'ai dû attendre encore plusieurs mois avant d'être opéré. Pendant mes deux semaines à l'hôpital, je me suis senti très en sécurité mais je n'ai pas eu le séjour en centre de réadaptation fonctionnelle que j'espérais. Je suis maintenant de retour dans le foyer où j'étais avant l'intervention mais, gros progrès, je ne partage ma chambre qu'avec un seul homme et cette chambre est au 1er étage.

Etape suivante : je dois me préparer à l'entretien à l'OFPRA qui aura lieu ce mois-ci. Que va-t-on me demander ? Que se passera-t-il si l'OFPRA me dit non ? Je suis à la fois impatient d'arriver enfin à cet entretien, que j'attends depuis un an, et inquiet de la décision finale ».
 

Témoignage de M. D., demandeur d’asile placé sous procédure accélérée, dont la demande d’asile sera examinée avec des garanties procédurales au rabais :

"La Corée du Sud applique le régime de conscription. De ce fait, tous les garçons sud-coréens sont contraints de servir l'armée pour une durée de 18 à 21 mois. Ceux qui refusent de s’y soumettre sont considérés comme étant des objecteurs de conscience, et donc comme des traîtres ou des criminels.

Après le lycée, j’ai été soumis à un examen médical obligatoire en vue de mon recrutement au service militaire. Je me suis échappé pour la France car je ne voulais pas servir dans l’armée. Quelques années plus tard, le gouvernement sud-coréen a essayé de me contraindre à retourner dans mon pays pour effectuer le service militaire. Le seul moyen pour moi d’éviter cela, ainsi que les sanctions et la stigmatisation qui en découlent, était de faire une demande d’asile.

Lorsque je suis arrivé en France, je ne savais pas que je pouvais faire une demande d’asile sur le fondement de l’objection de conscience. Mais grâce à des recherches et des rencontres, j’ai découvert que cela était possible et j’ai fait la demande sans plus tarder.

J’ai donc été placé en procédure accélérée vu que ma demande a été déposée au-delà de 90 jours, comme l’exige la loi. Au départ, je n’avais pas bien compris les risques liés au fait d’être placé en procédure accélérée, mais ce que j’ai retenu par la suite c’était que mon dossier allait être examiné de manière moins approfondie, dans des délais plus courts. J’ai d’ailleurs été rapidement convoqué à l’OFPRA.

J’ai trouvé injuste de ne pas avoir la même opportunité que les autres demandeurs d’asile de présenter ma cause. J’ai eu l’impression que ma demande d’asile n’était pas légitime, c’était comme si elle était déjà rejetée. J’étais très angoissé, je réfléchissais sans cesse à ce que j’allais faire lorsque la décision de rejet de l’OFPRA tomberait. Pour gérer ce stress, je n’avais d’autre choix que d’essayer d’oublier que j’étais en procédure accélérée, ce que j’ai réussi à faire. Sinon, j’allais être complètement paralysé par cette angoisse. Actuellement, j’attends la réponse de l’OFPRA. Si l’OFPRA rejette ma demande d’asile, je devrai faire un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) et mon dossier sera examiné par un juge unique et non pas par une formation collégiale. J’espère que je n’aurai pas à traverser cette étape…". 
 

Témoignage de Mme D., dont la demande d’asile est en cours d’instruction mais dont le droit au maintien sur le territoire français a pris fin :  

Crédit illustration : Joaquim Rufat« J'ai quitté mon pays, la Guinée, il y a 3 ans pour fuir un mariage forcé. Depuis que je suis en France, je milite au sein d'une association qui lutte contre les mutilations génitales. Je me suis aussi engagée dans un parti politique pour contribuer à l'instauration d'un état de droit dans mon pays. J'ai choisi ce parti car son programme inclut la lutte contre le mariage forcé et les excisions.

À ce jour, je suis en cours de réexamen de ma demande d'asile. Malheureusement, l'OFPRA, qui ne m'a pas crue lors de ma première demande, a rejeté ma demande de réexamen sans même me recevoir pour un entretien. Du coup, le préfet m'a retiré le droit au séjour étant donné que la loi lui en donne la possibilité. Je me trouve donc en situation très précaire, à la merci d'un contrôle de police. De surcroit, le refus du préfet entraine le refus de l'OFII : je n'ai pas droit à une allocation, ni à un hébergement ni à la CMU. Même les services sociaux m'ont fait des difficultés pour m'apporter une aide pendant le temps du confinement.

Je suis arrivée en France très perturbée par les évènements violents que j'avais vécus chez moi. Encore maintenant, je ne dors pas. Mais j'ai trouvé beaucoup de réconfort en rencontrant ici des hommes et des femmes qui reconnaissent les injustices faites aux femmes en Guinée et dans d'autres pays où se pratiquent ces violences que sont l'excision et le mariage forcé.

Toutefois, les refus à répétition de l'OFPRA, de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), du préfet et de l'OFII me fatiguent, j'ai la tête lourde. Je dois maintenant préparer l'audience à laquelle je suis convoquée à la CNDA dans un mois mais j'ai beaucoup de mal à me concentrer sur les questions que mon avocate m'a posées par écrit.

J'ai hâte que la procédure se termine et qu'on me reconnaisse réfugiée afin que je puisse démarrer une nouvelle vie ».
 

Témoignage de M. SHOMAN qui a débuté un nouveau parcours de vie en tant que réfugié : 

« Je m’appelle Abdou Shoman. J’ai quitté le Yémen en 2014 à cause de la politique et la guerre. Je suis arrivé en France en janvier 2018. Je me suis retrouvé confronté à plusieurs difficultés pour obtenir mes papiers : avoir un logement et apprendre la langue par exemple. En venant en France, je comptais aussi finir mes études. 

J’ai obtenu le statut de réfugié en mai 2019.

Depuis, je suis étudiant. J’avais le projet d’étudier les sciences politiques, le droit, les langues étrangères appliquées Aujourd’hui, j'étudie la langue française à la Sorbonne. J'ai parallèlement présenté un dossier et ai obtenu une chambre à la cité universitaire de Paris. En dehors de cela, je suis bénévole à la Croix Rouge française, je fais de l'action sociale, je m’active avec l’antenne jeunes d’Amnesty International de Paris 1. Concrètement, cela veut dire que je sors dans la rue et je fais des maraudes avec Une couverture pour l'hiver (UCPH).J’ai continué ces activités pendant le confinement.

Dans le futur, je souhaiterai travailler avec des ONG internationales. 

Voilà ma nouvelle vie en France, il ne me manque plus que de rompre la solitude et de fonder une famille. »
 

Témoignage de Marie, bénévole sur la permanence Asile, au sujet de la réunification familiale : 

Vivre en famille : la France reconnait ce droit aux personnes qui sont reconnues réfugiées par l'OFPRA. Dans la loi française, ce droit s'appelle "réunification familiale". Il permet aux réfugiés de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants, sans condition[1], dès la reconnaissance de leur statut de réfugié.

Dans le cadre de la permanence juridique d'accueil et de soutien des demandeurs d'asile et réfugiés de l'ACAT, je reçois fréquemment des demandes de conseil et d'aide pour la constitution de dossiers de réunification familiale. A priori, la démarche parait simple et les réfugiés devraient pouvoir s'en débrouiller seuls, dès lors qu'ils savent lire et écrire le français et qu'ils ont accès à internet, ce qui est déjà une première condition pas toujours remplie. Sans compter les frais engagés pour obtenir un rendez-vous à l'ambassade en passant par un sous-traitant officiel, payer les visas (99 euros par personne, non remboursables en cas de refus), faire faire des passeports, éventuellement obtenir un jugement supplétif au tribunal en cas d'absence d'acte de naissance…

Je constate que les ambassades de France et le ministère de l'Intérieur sont très méfiants quant à l’établissement du lien familial entre le réfugié et les personnes qu'il demande à faire venir. Du coup, il faut fournir une multitude de preuves difficiles à rassembler, à défaut que les documents d'état civil soient pris au sérieux par les ambassades, et d'explications souvent négligées par la Commission de recours contre les refus de visa. Trop souvent, après plus d'un an d'attente, la démarche débouche sur un recours au tribunal administratif, ce qui peut prendre encore deux ans.

Pendant ce temps, les enfants grandissent loin de leur parent réfugié. Même quand la technologie permet la communication entre celui qui est en France et ceux qui sont restés au pays, ils deviennent un peu des étrangers les uns pour les autres et les couples s'essoufflent. Certains réfugiés avouent que la reprise de la vie commune est parfois difficile alors que tous ont investi beaucoup d'espoir dans les retrouvailles avec leur conjoint et/ou leurs enfants.

Car oui, la procédure se conclut - parfois - par des retrouvailles ! Lorsque les documents d'état civil sont litigieux, l'avocat à qui l'ACAT confie ces dossiers plaide "la possession d'état" : la preuve du lien entre le réfugié et son conjoint, entre le réfugié et ses enfants, peut être apportée par des faits matériels : preuves écrites d'envoi d'argent ou d'objets à la famille, communication par téléphone et internet, photos, documents scolaires ou de santé… Toutefois, pour bien faire, il faudrait que le réfugié garde toutes ces preuves dès son arrivée en France, alors qu'il ignore encore qu'il pourra faire un jour une demande de réunification familiale.

Mais que de moments douloureux pendant la procédure de réunification familiale ! Parfois, les membres de la famille restés au pays sont en situation difficile, harcelés voire menacés par les forces de l'ordre ou les personnes qui ont causé le départ du réfugié. Les enfants ont quelques fois été confiés en urgence aux grands-parents, voire à des voisins aux ressources limitées. Des réfugiés évoquent douloureusement une arrestation en coup de force à la maison, en présence du conjoint et des enfants eux aussi violentés, ce qui est source de culpabilité pour les réfugiés, outre leur propre traumatisme. On perçoit aussi le sentiment de culpabilité de celui ou celle qui est parti "pour sauver sa peau" sans pouvoir emmener avec lui ses proches, comme un abandon. A cela s'ajoute la solitude en pays inconnu, face à toutes sortes de difficulté de la vie quotidienne pendant la période de demande d'asile, très anxiogène du fait de l'incertitude sur l'avenir. Et l'humiliation de devoir prouver que "mes enfants sont bien mes enfants"…

Alors, quelle joie quand un réfugié vient dans les locaux de l'ACAT présenter son conjoint et/ou ses enfants enfin arrivés en France ! J'aime voir les visages heureux de ceux que j'ai attendus avec les réfugiés, avec une persévérance ponctuée de découragements et de lassitude, de nouveaux élans suscités par l'espoir émouvant de ces hommes et ces femmes réfugiés souvent pleins de reconnaissance envers la France, terre d'asile.

 

 

 

[1] à ne pas confondre avec le regroupement familial qui concerne les étrangers résidant en France et qui est soumis à des conditions de séjour, de logement et de ressources.

Illustration témoignage Mme D :  Joaquim Rufat
Illustration et photos autres témoignages : Piqsels / Pixabay

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