Yonny Ronay, jeune étudiant originaire du Chiapas, a été arrêté arbitrairement et torturé le 13 mars 2019. Condamné à 31 ans et 6 mois de prison sur la base d’aveux extorqués sous la torture et de preuves dont la fabrication est aujourd’hui fortement soupçonnée, il demeure en détention à ce jour. Son cas illustre les défaillances du système judiciaire mexicain, la fabrication de coupables et l’impunité face aux actes de torture.
Une arrestation arbitraire suivie de torture
Yonny, jeune étudiant, a été arrêté le 13 mars 2019 alors qu’il rentrait chez lui, à Cintalapa, depuis Tuxtla Gutiérrez, où il étudiait. Interpellé à un barrage de police, il a été embarqué sans motif puis conduit dans leurs locaux. Il y a subi des actes de torture afin de lui extorquer des aveux dans une affaire de vol : gifles, coups, maintien à genoux et simulacres de noyade. Lors d’un second épisode, il a également été soumis à des asphyxies à l’aide d’un sac plastique enduit de piment.
Le 14 mars, il a été exhibé dans la presse locale et sur les réseaux sociaux aux côtés d’armes de gros calibre, présenté comme membre supposé d’un groupe criminel et auteur d’un homicide commis à Villaflores. Le 15 mars, alors qu’une procédure distincte sur des faits liés aux armes avait abouti à sa libération faute d’éléments, il a été immédiatement arrêté de nouveau, cette fois pour homicide. Les tortures ont repris afin de le forcer à reconnaître les faits évoqués dans les médias la veille.
Une condamnation fondée sur des preuves fabriquées
Dès les premières audiences, Yonny a dénoncé ces actes de torture devant le juge et a directement désigné un agent de la fonction publique parmi les auteurs. Plusieurs éléments, dont des certificats médicaux et des témoignages, corroborent ses allégations. Il a également affirmé à plusieurs reprises qu’il se trouvait à Cintalapa au moment de l’homicide de Villaflores qui lui est reproché. Malgré cela, la justice a ignoré ces violations graves de ses droits et l’a condamné à 31 ans et 6 mois de prison, condamnation ensuite confirmée en appel en juin 2022.
Le cas de Yonny révèle également un usage de preuves fabriquées. En février 2020, un procureur fédéral l’a interrogé à propos d’un témoignage qu’il aurait produit dans une autre affaire de vol et de port d’arme. Or, Yonny ne pouvait pas être témoin de ces faits, puisqu’il était déjà détenu à cette date. Il a alors appris que des policiers avaient utilisé la copie de son permis de conduire, saisie lors de son arrestation, pour l’intégrer dans un autre dossier.
Détenu à Villaflores, Yonny a ensuite été transféré en décembre 2022 au centre pénitentiaire n°15 de Copainalá, dans le Chiapas, où il demeure incarcéré à ce jour.
Une affaire reconnue au niveau international
En 2023, un recours en amparo direct a été introduit devant le pouvoir judiciaire fédéral pour dénoncer les nombreuses violations de droits humains commises au cours de son arrestation, de sa détention et de son procès. En 2024, un juge a reconnu de sérieuses irrégularités dans la procédure pénale et a ordonné la révision de son procès.
En janvier-février 2026, son cas a été mis en avant dans le cadre de la troisième visite officielle au Mexique du Sous-comité des Nations unies pour la prévention de la torture (SPT). L’ONG partenaire Frayba a remis au SPT des éléments sur la torture, les traitements cruels et les conditions carcérales dans prisons du Chiapas, citant Yonny Ronay parmi les cas documentés entre 2010 et 2025. Le SPT a insisté sur la persistance de graves problèmes dans l’enquête effective sur les actes de torture et dans la lutte contre l’impunité.
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Contexte
L’affaire de Yonny s’inscrit dans un contexte plus large de violations graves des droits humains dans les prisons de l’État du Chiapas. Frayba a recensé au moins vingt cas de torture et de violations des droits humains dans les prisons du Chiapas entre 2010 et 2025.
Dès l’arrestation, de nombreuses personnes privées de liberté sont soumises à des actes de torture et à des traitements cruels, inhumains et dégradants, selon des schémas de fabrication de coupables et de répression politique. Une fois incarcérées, elles sont confrontées à des travaux forcés, une alimentation insuffisante, l’absence de soins médicaux adaptés, la surpopulation carcérale et des menaces constantes.
Le cas de Yonny illustre l’impunité persistante face à ces pratiques : détention prolongée sur la base d’aveux extorqués sous la torture, fabrication de preuves et absence d’enquête effective.
Un combat pour la révision du procès et la reconnaissance des violations subies
Malgré la reconnaissance par un juge fédéral, en 2024, de graves irrégularités entachant son procès, Yonny demeure aujourd’hui détenu au centre pénitentiaire n°15 de Copainalá. Sept ans après son arrestation, il continue de purger une peine de 31 ans et 6 mois de prison fondée sur des aveux extorqués sous la torture et sur des preuves dont la fabrication est fortement suspectée. Il attend toujours que de nouveaux magistrats réexaminent son dossier et que justice lui soit rendue.
Appel à l’action
L’ACAT demande l’ouverture d’enquêtes effectives, indépendantes et impartiales sur les actes de torture subis par Yonny ainsi que sur la fabrication de preuves dont il a été victime, et exige que les responsables soient identifiés et sanctionnés. Elle appelle enfin les autorités du Chiapas à mettre fin aux pratiques de torture et de fabrication de coupables dans les centres de détention de l’État.