Abdul Waheed aurait été identifié comme l’administrateur d’un site internet et d’un profil Facebook diffusant des propos satiriques sur le Prophète Mahomet, ainsi que comme le traducteur en ourdou du livre Rangeela Rasool, satire sur la vie du Prophète. Le 22 mars 2017, il a été arrêté à son domicile de Karachi par des agents de l’agence fédérale d’investigation (FIA) qui l’ont emmené le visage couvert d’un tissu noir vers une destination inconnue. Son arrestation officielle n’est actée que 24 heures plus tard à Islamabad, en violation de l’article 10 de la Constitution pakistanaise et de l’article 64 du Code de procédure pénale, qui imposent une présentation devant un magistrat sous 24 heures. Cette version des faits a été corroborée par des officiers de police, mais le tribunal a néanmoins jugé les éléments matériels rassemblés suffisants pour établir sa culpabilité.
Après près de quatre ans de détention, Abdul Waheed a été condamné le 8 janvier 2021 par le tribunal antiterroriste d’Islamabad, condamnation fondée sur des preuves indirectes récoltées en ligne. Les charges retenues relèvent des articles 295-A et 295-C du Code pénal pakistanais criminalisant l’outrage aux sentiments religieux et insulte au Prophète ainsi que de la loi antiterroriste pour incitation à la haine. Il est depuis détenu dans le couloir de la mort.
Une peine de mort obligatoire pour blasphème
Le Pakistan applique ces dispositions sur le blasphème de façon abusive, avec des accusations en ligne parfois forgées de toutes pièces. Le plus inquiétant : cette infraction est passible de la peine de mort obligatoire depuis que la Cour fédérale Shariat a jugé, dans l’arrêt Muhammad Ismail Qureshi, que seule la peine capitale, à l’exclusion de la réclusion à perpétuité pourtant prévue par le texte, est conforme au droit islamique. L’imposition automatique et obligatoire de la peine de mort pour blasphème est incompatible avec l’interdiction de la torture et la protection de la dignité humaine garanties par les articles 7 et 10 du PIDCP, que le Pakistan a ratifié. Si aucune exécution n’a été appliquée pour blasphème ces dernières années, les personnes condamnées demeurent sous la menace constante d’une exécution, dans l’attente d’appels systématiquement retardés, une incertitude prolongée qui produit à elle seule des conséquences psychologiques et physiques graves, assimilables à de la torture.