Le 24 août 2026, six corps d’hommes ont été découverts dans une fosse commune à Sabakhouré, dans la sous-préfecture d’Allassoyah, préfecture de Forécariah. Les victimes avaient les yeux bandés et les mains ligotées. Deux mois après cette découverte, les autorités guinéennes n’ont pas communiqué d’informations suffisantes sur l’avancement de l’enquête, l’identification des victimes et les circonstances de leur décès. L’ACAT-France appelle à une enquête indépendante, impartiale et transparente afin que les familles obtiennent vérité et justice.
Une découverte macabre sans réponses suffisantes
Le 24 août 2026, des jeunes à la recherche de bois de chauffe découvrent à Sabakhouré une fosse commune comprenant six corps d’hommes. Les victimes ont les yeux bandés et les mains ligotées. Pour les villageois, il s’agit de personnes inconnues des environs. Les autorités locales et le procureur de la République sont rapidement informés et ces derniers se rendent sur place dans la journée même. Les corps sont exhumés et transférés vers l’hôpital de Forecariah. Le parquet de Forécariah indique ouvrir une enquête judiciaire. Cette affaire est très vite médiatisée en Guinée comme à l’international. Rapidement, des voix s’élèvent au sein de la société civile et de l’opposition politique pour demander une enquête indépendante et impartiale tout en faisant un lien possible avec les nombreuses disparitions forcées survenues en Guinée ces dernières années.
Le 29 août, la Commission nationale de défense et de sécurité (CNDS), placée sous l’autorité du ministère de la Défense nationale, indique qu’ « aucune conclusion définitive ne peut être tirée » en raison des investigations en cours, tout en assurant que les dispositions nécessaires sont prises pour faire la lumière sur l’affaire. Avec cette déclaration, la CNDS prend, au moins symboliquement, en main l’affaire au détriment de la justice. Le lendemain, vingt organisations de la société civile en Afrique appellent, à nouveau, à une enquête indépendante, impartiale et transparente avec le concours d’experts médico-légaux indépendants, nationaux et internationaux, afin de garantir l’identification des victimes et la détermination des causes du décès. Sur place, à Sabakhouré, les populations vivent dans la crainte. Il est vrai que dans les environs, à Kalia, les forces spéciales ont un camp au sein duquel des membres de la société civile pensent que des prisonniers pourraient être détenus de manière illégale.
Au cours des deux derniers mois écoulés, les autorités guinéennes (CNDS comme autorités judiciaires ou gouvernement) ont gardé le silence sur cette affaire. Aucune information sur les investigations conduites, sur les examens médico-légaux réalisés et sur les éventuelles autres démarches engagées pour identifier les six victimes n’a été rendue publique. Durant ce laps de temps, des déclarations publiques venant de voix critiques à la Junte au pouvoir ont fait état d’une possible réinhumation des corps sans autopsie ni identification préalable. Ces informations ont été démenties par les autorités. Mais ces allégations soulèvent des inquiétudes réelles quant à la préservation des preuves sur le terrain et sur les corps et des préoccupations légitimes quant à la possibilité d’établir les causes véridiques des décès partant du principe que toutes les enquêtes menées sur des affaires de disparitions forcées en Guinée n’ont rien donné et ont toutes été couronnées d’un silence des autorités judiciaires et du gouvernement guinéen.
Le 2 septembre 2026, les avocats du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) ont saisi les mécanismes compétents des Nations unies afin de demander un appui international indépendant aux investigations. Le 24 septembre 2026, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a exprimé sa préoccupation et appelé les autorités guinéennes à mener une enquête indépendante, impartiale, approfondie et transparente.
L’identification scientifique des victimes est essentielle pour établir les circonstances de leur mort et déterminer si certaines d’entre elles pourraient figurer parmi les personnes portées disparues en Guinée.
Il est indispensable que la justice guinéenne garantisse la collecte et la conservation des preuves, l’identification des victimes, l’information de leurs familles et la poursuite des personnes contre lesquelles des éléments de preuve suffisants seraient réunis, dans le respect du droit à un procès équitable. En sa qualité de ministre de la Justice et des Droits de l’homme, le ministre guinéen doit veiller à ce que l’enquête sur la fosse commune d’Allassoyah soit menée avec toute la rigueur nécessaire, l’appui international technique requis, et que les conclusions des investigations soient rendues publiques.
Contexte
La découverte d’Allassoyah intervient dans un contexte marqué par des disparitions forcées et des atteintes aux droits humains récurrentes depuis le coup d’État du 5 septembre 2021. Selon l’association Tournons La Page-Guinée, 35 cas de disparitions forcées ont été documentés depuis cette date, un bilan très vraisemblablement inférieur à la réalité. Des voix critiques à l’égard du pouvoir militaire, parmi lesquelles des civils et des militaires, ont été victimes d’enlèvements suivis de disparitions dont les circonstances restent à élucider.
En octobre 2025, quatre corps ligotés et cagoulés avaient déjà été découverts dans une fosse clandestine dans la préfecture de Forécariah. Les résultats d’une éventuelle enquête sur cette première découverte n’ont pas été rendus publics. La répétition de ces découvertes, sans communication claire sur les suites judiciaires, renforce les craintes d’impunité.
L’article 4 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples protège le droit à la vie. L’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) impose également aux autorités de protéger ce droit. Lorsque des morts potentiellement illégales sont suspectées, les autorités doivent mener des investigations effectives, indépendantes et impartiales, afin d’établir les faits et de déterminer les responsabilités.