Aliou Bah, opposant politique guinéen et président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), est actuellement détenu à la maison centrale de Conakry après avoir été condamné à deux ans de prison pour « offense au chef de l’État ». Arrêté en décembre 2024, il est aujourd’hui victime d’une détention arbitraire qui illustre les atteintes graves à la liberté d’expression en Guinée. Malgré les alertes répétées de ses soutiens, sa situation reste largement ignorée par la communauté internationale.
Une condamnation pour ses opinions politiques
Le 7 janvier 2025, Aliou Bah est condamné à deux ans de prison ferme pour « offense et diffamation » envers le chef de la junte militaire au pouvoir, le général Mamadi Doumbouya, qui s’était constitué partie civile dans la plainte. Le 14 décembre 2024, Aliou Bah avait déplorait, lors d’une conférence de presse, le silence des chefs religieux face à la répression menée par la junte, et notamment les enlèvements et disparitions forcées de voix critiques : « Conseillez les mauvais Guinéens. Dites-leur de revenir sur le droit chemin, qu’ils soient dirigeants ou quelles que soient leurs responsabilités. […] Les religieux ne doivent pas continuer de se taire. La religion n’autorise pas un dirigeant de kidnapper ses enfants, de tuer les populations ». Douze jours plus tard, le 26 décembre 2024, l’opposant était arrêté pour ses propos. Après cinq jours de garde à vue dans des conditions insalubres, il est présenté devant le juge du Tribunal de première instance de Kaloum qui l’inculpe pour « offense et diffamation envers le chef de l’État ». A l’issue d’un procès rapide, dénoncé par de nombreux acteurs politiques et de la société civile comme une « farce judiciaire » et une atteinte grave à la liberté d’expression, Aliou Bah, qui a plaidé non-coupable, est condamné.
Cette condamnation intervient alors qu’Aliou Bah reprochait au chef de la Junte militaire d’avoir trahi sa promesse de rendre le pouvoir aux civils avant le 31 décembre 2024. Aliou Bah affirme alors être un « prisonnier » du pouvoir en place. Son parti dénonce une instrumentalisation de la justice visant à faire taire l’une des dernières voix politiques critiques vivant encore en Guinée, les principaux leaders de l’opposition ayant été contraints à l’exil.
Un procès en appel marqué par de graves irrégularités
En avril 2025, le procès en appel d’Aliou Bah s’est tenu dans des conditions fortement contestées. Les audiences se sont déroulées en partie à huis clos, suscitant l’indignation de ses avocats. L’accès à la salle a été strictement limité : diplomates, journalistes et observateurs indépendants se sont vu interdire l’entrée ou ont été soumis à des restrictions sévères, notamment l’interdiction d’équipements électroniques. Le ministère public a requis cinq ans de prison ferme, dans un climat qualifié d’« excès de zèle » par la défense. Les avocats ont dénoncé des accusations infondées et des arguments « tirés par les cheveux », ainsi qu’une procédure entachée d’irrégularités. Le 29 mai 2025, la cour d’appel a confirmé la condamnation à deux ans de prison.
Cette décision renforce les inquiétudes quant à l’indépendance de la justice et au respect des droits de la défense en Guinée. Aliou Bah est détenu à la maison centrale de Conakry. Ses avocats ont saisi des juridictions régionales, notamment la Cour de justice de la CEDEAO, afin de contester la légalité de son emprisonnement. Les conditions de sa détention et l’impact de cet emprisonnement prolongé suscitent de vives inquiétudes chez ses soutiens qui dénoncent un silence préoccupant de la communauté internationale.
L’ACAT-France considère que la détention d’Aliou Bah est arbitraire. Pour notre association, les charges qui ont été retenues contre lui reposent uniquement sur l’expression pacifique d’opinions politiques critiques à l’égard d’autorités arrivées au pouvoir de manière non constitutionnelle. Les nombreuses restrictions observées lors de son procès en appel, ainsi que le caractère disproportionné des poursuites engagées à son encontre, témoignent d’une volonté manifeste de réduire au silence un opposant politique. Cette situation constitue une violation des engagements internationaux de la Guinée en matière de liberté d’expression et de défense des droits humains. Sa condamnation et son emprisonnement s’inscrivent dans un contexte plus large de répression des voix dissidentes en Guinée.
Contexte
Un climat de répression politique constant
Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire à la suite d’un coup d’Etat en septembre 2021, les libertés fondamentales sont de plus en plus restreintes en Guinée. Les opposants politiques, les journalistes et les membres de la société civile font face à des pressions croissantes, allant des intimidations aux enlèvements et disparitions forcées, en passant par des poursuites judiciaires. Le cas d’Aliou Bah illustre les dérives du système judiciaire guinéen. Les irrégularités relevées lors de son procès, notamment le huis clos des audiences et les restrictions d’accès, soulèvent de sérieuses préoccupations quant au respect des garanties d’un procès équitable. L’utilisation de chefs d’accusation vagues à son encontre a contribué à criminaliser l’expression politique et à affaiblir l’État de droit.
Un signal inquiétant pour la liberté d’expression
L’emprisonnement d’Aliou Bah depuis décembre 2024 a envoyé un message dissuasif à l’ensemble des citoyens guinéens : exprimer une opinion critique peut conduire à la prison. Cette situation, combinée aux enlèvements et disparitions de plusieurs voix critiques, a contribué à instaurer un climat de peur et à réduire l’espace civique.
Face à cette dérive, il est essentiel de se mobiliser pour exiger sa libération et rappeler que la liberté d’expression ne doit jamais être criminalisée.