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L’opposante Néné Oussou Diallo enlevée à son domicile.

  • Détention
  • Disparitions forcées
  • Torture

Mobilisons-nous pour demander une enquête indépendante, impartiale et effective sur l’enlèvement de Néné Oussou Diallo.

Pour agir, envoyez un email et/ou téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et retournez-la par voie postale à Son Excellence Monsieur Mamadi Doumbouya, Président de la République de Guinée

« Aidez-moi, on me kidnappe ».Tels sont les derniers mots que Madame Néné Oussou Diallo a prononcés en Pular (langue peule) le vendredi 9 janvier 2026, aux environs de 09h00 du matin, avant d’être enlevée à son domicile, à Conakry par des hommes en uniformes, cagoulés et armés. Depuis lors, cette militante de l’opposition est portée disparue. Les autorités de Guinée gardent le silence sur cet enlèvement.

Qui est Néné Oussou Diallo ?

Madame Néné Oussou Diallo est une opposante politique. Elle est membre du Bureau exécutif de l’Union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG) et membre du comité national des femmes de ce parti d’opposition. Elle est considérée comme une figure active et influente au sein du parti, notamment auprès des femmes dont elle est une grande mobilisatrice. Elle aurait, à plusieurs reprises, refusé des propositions de ralliement aux autorités de transition du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), puis du Cercle des amis de Gaoual (CERAG), un mouvement dissident d’anciens membres de l’UFDG qui sont aujourd’hui proches de la Junte militaire au pouvoir, et dont le leader, Ousmane Gaoual Diallo est l’actuel porte-parole du gouvernement et ministre des Transports. Avant son enlèvement, Madame Néné Oussou Diallo avait fait part à ses proches des menaces qu’elle recevait de la part des autorités au pouvoir.

Qu’est-il arrivé à Néné Oussou Diallo ?

Le vendredi 9 janvier 2026, « aux environs de 09h00, trois Land cruisers 4×4 de couleur blanche et une voiture de couleur bleue [sans plaques d’immatriculation], sont arrivés dans le quartier [de Gbessia, à Conakry] en trombe » indique anonymement un témoin. « Néné Oussou Diallo était assise sur sa terrasse, en train de prendre son déjeuner ». Il y avait une dame avec elle. Trois hommes en uniforme, cagoulés et armés sont arrivés rapidement. « Lorsqu’ils l’ont prise, elle a voulu se débattre. [Elle a crié en langue pular « aidez-moi, on me kidnappe »]. L’un l’a prise par la gorge, l’autre par les hanches, et le troisième par les pieds ». Il l’ont transportée jusqu’à l’un des véhicules, l’ont mise dedans et sont repartis aussi vite qu’ils étaient arrivés. Le 10 janvier, l’UFDG a publié un communiqué pour dénoncer cet enlèvement. L’information a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse guinéenne et sur Radio France Internationale (RFI), le 11 janvier 2026.

Que font les autorités guinéennes ?

Plus de deux mois après l’enlèvement de Nènè Oussou Diallo, aucune information officielle n’a été communiquée par les autorités guinéennes, malgré les préoccupations exprimées par plusieurs médias, partis politiques et organisations de la société civile. Ce silence prolongé, notamment de la part des autorités judiciaires, interroge d’autant plus que le nouveau gouvernement issu de l’élection présidentielle de décembre 2025 est attendu sur le terrain du respect et de la garantie effective des droits humains. L’absence de communication des autorités nourrit une inquiétude croissante au sein de sa famille, de son parti et des organisations de défense des droits humains. Son cas s’inscrit dans une série d’enlèvements et de disparitions visant des acteurs politiques, des militants de la société civile et des journalistes guinéens.

Contexte

La Guinée est confrontée à une recrudescence inquiétante d’enlèvements. Ces faits s’inscrivent dans un schéma bien documenté d’enlèvements ciblés et de disparitions forcées, utilisés comme un instrument de répression visant à réduire au silence les voix critiques du régime militaire au pouvoir, y compris en s’attaquant à leurs familles. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 et l’arrivée au pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), la situation des droits humains en Guinée s’est progressivement dégradée. Alors que les autorités de transition avaient promis une rupture avec les pratiques autoritaires du passé, les disparitions forcées, que l’on pensait reléguées à une époque révolue, ont refait surface de manière préoccupante, suscitant une préoccupation de plus en plus grande des organisations de défense des droits humains, des médias internationaux et des mécanismes régionaux et onusiens. L’élection du putschiste franco-guinéen, Mamady Doumbouya, en décembre 2025, à l’issue d’une pseudo-transition et d’un scrutin présidentiel non transparent, n’a pas mis un terme aux enlèvements.

Une multiplication d’enlèvements ciblés

Depuis 2022, de nombreux enlèvements ont été signalés à Conakry et en provinces, visant principalement des opposants politiques, des militants de la société civile, des journalistes et, plus récemment, leurs proches lorsqu’ils ne peuvent être ciblés directement. Les modes opératoires sont récurrents : interventions souvent nocturnes, hommes armés cagoulés, absence de mandat, usage de véhicules non immatriculés assimilés à ceux de forces de défense et de sécurité et disparition prolongée sans information officielle. Parmi les cas les plus emblématiques figurent les disparitions d’Oumar Sylla et de Mamadou Billo Bah, figures du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), enlevés en juillet 2024 et toujours portés disparus. Un nombre indéterminé de militaires sont portés disparus. Plusieurs militaires qui étaient en faction à la présidence de la République lors du coup d’État de septembre 2021 ne sont jamais réapparus. Plusieurs autres militaires,considérés comme proches de factions réfractaires, ont été enlevés, dont certains alors qu’ils étaient détenus au sein de la maison centrale de Conakry, sous l’autorité de l’Etat. Plusieurs militants de l’Union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti d’opposition dont le leader, Cellou Dallein Diallo vit en exil, ont été  enlevés dans le contexte de la présidentielle, dont Mamadou Bory Barry, dit « Mabori », en septembre 2025, Néné Oussou Diallo le 9 janvier 2026 et le fils de Facinet Camara, Sékou Camara, le 18 janvier 2026. Les journalistes figurent également parmi les cibles privilégiées de cette répression. Les disparitions de Habib Marouane Camara en décembre 2024 ou de Sanassy Keita, ancien journaliste de la présidence, en novembre 2025, illustrent la vulnérabilité croissante des professionnels de l’information. L’enlèvement du père du journaliste Mamoudou Babila Keita, le 29 septembre 2025, et de quatre enfants, neveux et cousin de l’artiste engagé Élie Kamano, dans la nuit du 15 au 16 novembre 2025, marque une escalade particulièrement grave dans les enlèvements, traduisant une volonté de frapper les voix critiques en exil à travers leurs familles restées au pays. Cette pratique, assimilable à une punition collective, constitue une violation manifeste du droit international et rappelle des méthodes propres aux régimes autoritaires. Dorénavant, la stratégie de la peur repose sur l’imprévisibilité de la répression : chacun peut devenir une cible, non seulement pour ses propres prises de position, mais aussi pour celles d’un proche. Ce climat d’insécurité permanente affaiblit les contre-pouvoirs, nourrit l’autocensure et rétrécit considérablement l’espace civique, déjà sévèrement mis à mal depuis le coup d’État de septembre 2021. Seulement trois militants de la société civile enlèvés et portés disparus quelques heures ont été retrouvés vivants, la plupart à la suite de fortes pressions exercées sur la Junte par ses partenaires internationaux et la société civile : le militant Mohamed Cissé en juillet 2024, le militant Abdoul Sacko en février 2025 et Maître Mohamed Traoré en juin 2025. Tous trois ont été sévèrement torturés et ont témoigné à ce sujet.

Une justice silencieuse et menaçante

Dans la majorité des cas d’enlèvements rendus publics par les familles, les autorités judiciaires ont annoncé l’ouverture d’enquêtes « immédiates » ou « approfondies ». Toutefois, ces annonces sont restées sans suite visible : aucun bilan des enquêtes en cours, aucune mise en cause d’auteurs devant la justice, aucune sanction pénale n’a été rendue publique à ce jour. Cette inertie alimente une défiance profonde envers l’appareil judiciaire, perçu comme instrumentalisé ou paralysé par le pouvoir exécutif. Plus préoccupant encore, dans un communiqué publié début décembre 2025, le procureur général près la Cour d’appel de Conakry a averti que toute personne imputant publiquement les enlèvements ou disparitions forcées à l’État ou aux forces de défense et de sécurité s’exposerait à des poursuites pénales pour « diffamation, outrage, injure publique ou propagation de fausses nouvelles ». Cette stratégie de criminalisationvisant les familles de victimes, des journalistes, des militants de la société civile et des défenseurs des droits humains, a pour but de dissuader toute dénonciation ainsi que toute demande de vérité et de justice, instaurant un climat de peur et d’autocensure incompatible avec le droit à la liberté d’expression et l’obligation d’enquêter sur des crimes graves.

Entre violations graves du droit international et exigence de vérité et de justice

Les disparitions forcées constituent des violations graves et continues des droits humains, prohibées par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, tous deux ratifiés par la Guinée. La responsabilité de l’État est engagée non seulement en cas d’implication directe, mais aussi lorsqu’il n’enquête pas de manière diligente, ou lorsqu’il intimide celles et ceux qui réclament vérité et justice. Fin septembre 2025, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré avoir connaissance d’au moins dix personnes en Guinée dont le sort demeure inconnu après leur arrestation par les forces de défense et de sécurité, soulignant que ces pratiques semblent être en augmentation. Son bureau a notamment demandé des informations sur le sort d’Oumar Sylla, Mamadou Billo Bah, Saadou Nimaga et le journaliste Habib Marouane Camara. Dans l’affaire des quatre proches d’Elie Kamano enlevés, le 20 novembre 2025, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a exprimé sa vive inquiétude face à ce qu’il qualifie de « disparitions forcées présumées ». Le lendemain, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a également exprimé sa profonde préoccupation dans cette affaire. Le 21 novembre 2025, depuis Paris, Élie Kamano et ses avocats ont saisi officiellement le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées, afin d’obtenir des informations sur le sort des quatre personnes enlevées et de faire pression sur les autorités guinéennes pour l’ouverture d’une enquête effective.

Depuis 2024, l’ACAT-France documente regulièrement tous ces enlèvements.et n’a cessé de dénoncer le mutisme et l’naction des autorités guinéennes sur ce crime des disparitions forcées. Tant que ces disparitions forcées resteront sans réponse, la crédibilité des autorités au pouvoir et des institutions judiciaires en Guinée sera profondément remise en cause. Face à cette situation, la mobilisation au niveau international demeure indispensable pour rappeler aux autorités guinéennes et aux partenaires internationaux, dont la France, que les disparitions forcées ne peuvent être tolérées ni banalisées en Guinée.

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