Le 15 décembre 2025, cinq ans après son arrestation, Jimmy Lai, figure emblématique du mouvement prodémocratique à Hong Kong, a été déclaré coupable de sédition et de collusion avec des forces étrangères. Il encourt la prison à vie à l’issue d’un procès reporté à trois reprises et entaché de graves irrégularités.
Jimmy Lai, figure emblématique de la lutte pour l’État de droit à Hong Kong
Jimmy Lai est un homme d’affaires, journaliste et éditeur, de nationalité britannique et taïwanaise, âgé de 78 ans. Il est le fondateur du média Next Digital et du journal Apple Daily, créé en 1995, l’un des premiers médias ouvertement prodémocratie à Hong Kong. En raison de sa ligne éditoriale critique à l’égard du régime de Pékin, ce journal a été soumis pendant des années à des pressions politiques et économiques, à des boycotts publicitaires ainsi qu’à des menaces visant ses journalistes et contributeurs. En 2021, Apple Daily a été contraint de cesser ses activités après le gel de ses avoirs par les autorités. En 2019 et 2020, Jimmy Lai avait déjà fait l’objet de deux condamnations pour « fraude » et pour avoir assisté à quatre manifestations pro-démocratie « non autorisées ». Finalement, à cause de ses activités, Jimmy Lai a été arrêté puis placé en détention en décembre 2020.
Une condamnation politique contre la démocratie et les libertés
Le 15 décembre 2025, cinq ans après son arrestation et son placement en détention, Jimmy Lai a été déclaré coupable de sédition et de collusion avec des forces étrangères. Bien qu’il soit officiellement condamné pour ces chefs d’accuation, Jimmy Lai a été en réalité jugé pour son engagement pacifique en faveur de la démocratie, de la liberté de la presse et de l’État de droit à Hong Kong. De nombreux experts indépendants des Nations unies, estiment que son arrestation et sa condamnation sont directement liées aux critiques qu’il a formulées à l’encontre de Pékin. Son procès, plusieurs fois ajourné, s’est déroulé dans un climat marqué par l’absence de garanties d’un procès équitable. Âgé de 78 ans, Jimmy Lai souffre de graves problèmes de santé. Son maintien en détention fait peser un risque sérieux sur sa vie et revêt un caractère inhumain et disproportionné. Les experts indépendants des Nations unies demandent, à ce titre, sa libération immédiate pour des raisons humanitaires. Malgré ces alertes et le déroulement, début janvier, de son audience en vue de l’atténuation de sa peine, il est toujours en attente du prononcé de sa peine et encourt la prison à vie.
Des atteintes graves aux droits humains
La condamnation de Jimmy Lai constitue une violation manifeste du droit international relatif aux droits de l’Homme. Elle s’inscrit dans une série d’atteintes graves aux droits humains comprenant la détention arbitraire, la violation de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, ainsi que la remise en cause de l’indépendance de la justice à Hong Kong. Les Nations unies avaient déjà appelé, le 22 janvier 2024, à sa libération immédiate et à l’abandon des poursuites. En décembre 2025, des experts indépendants de l’ONU ont de nouveau condamné ce verdict, le qualifiant de tournant dramatique dans le déclin du respect des libertés fondamentales à Hong Kong depuis 2019. La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la torture a exprimé de sérieuses inquiétudes quant à la nature des preuves retenues contre lui.
L’ACAT-France s’était déjà mobilisée en 2023 pour dénoncer le caractère arbitraire de sa détention et le risque sérieux qu’elle faisait peser sur sa vie.
Contexte
Le principe « Un pays, deux systèmes » remis en cause
Lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997 par le Royaume-Uni, les autorités chinoises se sont engagées à respecter le principe « un pays, deux systèmes », garantissant ainsi au territoire une large autonomie, le maintien de l’État de droit, une justice indépendante et la protection des libertés fondamentales jusqu’en 2047. Ces garanties ont été progressivement affaiblies, en particulier à la suite des vastes manifestations prodémocratiques de 2019 et 2020.
Déclenchées par un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine continentale, ces mobilisations ont rassemblé des millions de personnes revendiquant le respect des libertés démocratiques et de l’autonomie de Hong Kong. La réponse des autorités a été marquée par un usage excessif de la force, des arrestations massives et des poursuites judiciaires ciblant des militants, des journalistes et des responsables politiques de l’opposition. Pourtant, la loi fondamentale, équivalente à la constitution à Hong Kong, énonce expressément l’application du Pacte internationale relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) au territoire de Hong Kong.
La Loi sur la sécurité nationale : un tournant répressif
L’imposition en 2020 de la loi sur la sécurité nationale, visant officiellement à lutter contre les actes de terrorisme et imposant des peines de prison allant de trois ans à la perpétuité, a constitué un tournant majeur en matière de libertés fondamentales à Hong Kong. Cette loi, aux dispositions volontairement vagues, notamment celles relatives à la collusion avec des forces étrangères, est en réalité utilisée pour criminaliser toute forme de dissidence et réduire au silence la société civile. Elle a profondément affaibli l’indépendance de la justice et vidé de sa substance le principe « un pays, deux systèmes ». Le Comité des droits de l’homme a recommandé que la loi sur la sécurité nationale soit mise en conformité avec le PIDCP. Le Comité relève notamment « avec une vive inquiétude » les « défauts » de cette loi, au premier rang desquels le manque de clarté de la notion de « sécurité nationale », et incite les autorités de Hong Kong à « prendre des mesures concrètes en vue d’abroger l’actuelle loi sur la sécurité nationale et, en attendant (…) s’abstenir d’appliquer cette loi ».
Appel à l’action
L’ACAT-France appelle les autorités de Hong Kong à libérer immédiatement et sans condition Jimmy Lai et à garantir son accès aux soins médicaux. Nous demandons également au gouvernement chinois d’abroger la loi sur la sécurité nationale, incompatible avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel la Chine est partie et qui s’applique au territoire de Hong Kong. Plus largement, l’ACAT-France exhorte les autorités chinoises à mettre un terme à l’adoption de lois d’exception visant à réprimer toute forme de dissidence, en violation des engagements internationaux de la Chine en matière de droits humains.