7 octobre 2026
Le Vietnam doit libérer les défenseurs des droits humains norvégien et australien enlevés au Cambodge
Nous, organisations soussignées, condamnons dans les termes les plus fermes l’enlèvement de trois défenseurs des droits humains par les autorités vietnamiennes au Cambodge et leur détention arbitraire subséquente au Vietnam.
Le gouvernement vietnamien doit libérer immédiatement et sans condition Nguyen Duc Thuan, citoyen norvégien, Tran Hiep (Ho Pham Hiep Huy), citoyen australien, ainsi que Thai Cong Truong Son, ressortissant vietnamien vivant au Cambodge. Dans l’attente de leur libération, les autorités consulaires norvégiennes et australiennes doivent bénéficier d’un accès immédiat à M. Thuan et à M. Hiep.
Contexte
M. Thuan et M. Hiep ont disparu dans la matinée du 18 septembre 2026 alors qu’ils se rendaient dans la région de Kaoh Andaet, au Cambodge. Pendant dix jours, ils ont été détenus au secret, sans contact avec l’extérieur.
Le 28 septembre, le ministère vietnamien de la Sécurité publique a annoncé que les trois hommes avaient été arrêtés pour être entrés « illégalement au Vietnam » par le poste-frontière de My Quy Tay le 18 septembre. Ils font actuellement l’objet d’une enquête pour « terrorisme ».
Leurs familles et leurs proches contestent fermement cette version des faits. Toutes les informations disponibles indiquent qu’ils ont été enlevés sur le territoire cambodgien puis transférés de force au Vietnam.
Nous sommes particulièrement préoccupés par la sécurité de M. Son, qui est particulièrement vulnérable en l’absence de toute protection consulaire étrangère.
Âgé de 52 ans et pharmacien de profession, M. Thuan vit à Oslo. Depuis de nombreuses années, il plaide en faveur des droits humains au Vietnam auprès de parlementaires norvégiens et européens.
M. Hiep, 51 ans, ingénieur informatique installé à Melbourne, œuvre depuis longtemps dans des initiatives liées à la justice sociale et à la lutte contre la traite des êtres humains.
Tous deux sont membres de Viet Tan, une organisation pro-démocratie, et sont visés uniquement en raison de leur engagement pacifique en faveur des droits humains et de la démocratie au Vietnam.
M. Thuan souffre de diabète et a besoin d’insuline quotidiennement. Toute interruption de son traitement met gravement sa vie en danger.
Pourquoi cette affaire dépasse le cadre du Vietnam
La disparition forcée de deux citoyens étrangers sur le territoire cambodgien constitue un acte flagrant de répression transnationale. Elle envoie un message inquiétant à tous les militants, journalistes et personnes en exil : aucune frontière, aucun passeport étranger ne protège de la portée répressive du régime vietnamien.
Pendant dix jours, les autorités vietnamiennes ont détenu M. Thuan et M. Hiep au secret tandis que leurs familles cherchaient désespérément des informations sur leur sort. Cette situation contrevient aux obligations du Vietnam au titre de la Convention de Vienne sur les relations consulaires, qui impose de notifier sans délai les États concernés et de permettre l’accès consulaire à leurs ressortissants.
Les accusations de terrorisme semblent politiquement motivées et s’inscrivent dans une pratique de longue date des autorités vietnamiennes à l’encontre de leurs détracteurs. Des experts des Nations unies ont à plusieurs reprises dénoncé l’utilisation de lois antiterroristes vagues et excessivement larges ainsi que la désignation arbitraire d’organisations de défense des droits humains basées à l’étranger comme « organisations terroristes », en violation du droit international des droits humains.
Une tendance inquiétante et croissante
Cet enlèvement constitue le dernier épisode d’une campagne croissante de répression transnationale menée par les autorités vietnamiennes en Europe et en Asie du Sud-Est.
En 2017, des agents vietnamiens ont enlevé l’ancien responsable Trinh Xuan Thanh à Berlin, poussant l’Allemagne à expulser des diplomates vietnamiens.
Le blogueur Truong Duy Nhat a été arrêté en Thaïlande en 2019 avant d’être condamné à dix ans de prison au Vietnam.
Le blogueur et réfugié reconnu par le HCR Duong Van Thai a été enlevé en Thaïlande en 2023 puis condamné à douze ans d’emprisonnement.
En novembre 2025, la Thaïlande a remis aux autorités vietnamiennes le réfugié reconnu par le HCR Y Quynh Bdap, aujourd’hui emprisonné au Vietnam.
Aujourd’hui, Hanoï franchit une nouvelle ligne rouge en s’en prenant à des citoyens norvégien et australien. Si la communauté internationale ne réagit pas fermement, cela enverra le signal que le Vietnam peut continuer à enlever des ressortissants étrangers en toute impunité.
Nos demandes
Au gouvernement vietnamien
– Libérer immédiatement et sans condition Nguyen Duc Thuan, Tran Hiep et Thai Cong Truong Son, et abandonner toutes les charges retenues contre eux.
– Accorder sans délai aux autorités consulaires norvégiennes et australiennes un accès régulier à leurs ressortissants, conformément à la Convention de Vienne sur les relations consulaires.
– Révéler le lieu de détention des trois hommes et leur garantir l’accès à leurs familles ainsi qu’à des avocats de leur choix.
– Garantir à M. Thuan un accès continu à son traitement à l’insuline et aux soins médicaux nécessaires.
Aux gouvernements de la Norvège et de l’Australie
– Exiger un accès consulaire immédiat et régulier à Nguyen Duc Thuan et Tran Hiep, et tenir leurs familles informées de toute évolution, y compris en cas de refus ou de retard.
– Porter cette affaire au plus haut niveau politique auprès du gouvernement vietnamien et appeler publiquement à la libération immédiate de leurs ressortissants.
– Mobiliser les gouvernements partenaires afin qu’ils interpellent les autorités vietnamiennes et demandent des comptes concernant ces actes de répression transnationale.
Nous exprimons notre pleine solidarité avec les familles de Nguyen Duc Thuan, Tran Hiep et Thai Cong Truong Son. Nous continuerons à nous mobiliser jusqu’à ce que les trois hommes retrouvent leur liberté.
Organisations signataires
ACAT Belgique
ACAT Burundi
ACAT Côte d’Ivoire
ACAT France
ACAT Allemagne
ACAT Sénégal
ACAT Suisse
ACAT Tchad
Alternative ASEAN Network on Burma (ALTSEAN)
Article 19
Asia Human Rights and Labour Advocates (AHRLA)
Cambodian Center for Human Rights (CCHR)
Freedom House
Human Rights Foundation (HRF)
Judicial Reform Foundation
Justice Abroad
Khmer Movement for Democracy (KMD)
Law and Democracy Support Foundation (LDSF)
Lawyers’ Rights Watch Canada
Lawyers Against Transnational Repression
Manushya Foundation
Myanmar Peace Museum
Rohingya Maìyafuìnor Collaborative Network
SOS Torture Burundi
Southeast Asia Freedom of Expression Network (SAFEnet)
Tibet Initiative Deutschland e.V.
Transitional Justice Working Group (TJWG)
Viet Tan
World Liberty Congress (WLC)
Contact : Neïla Mebtoul, Responsable Asie, ACAT-France, plaidoyer-asie@acatfrance.fr