Le programme de correspondance de l’ACAT-France compte, en 2025, 239 condamnés à mort et 440 bénévoles correspondant avec les détenus par voie postale ou par voie électronique. S’il y a eu quelques développements positifs récents, le chemin vers l’abolition de la peine de mort semble semé d’embûches.
Quarante-quatre détenus ont été exécutés depuis le début de l’année 2025 au moment de la rédaction de cet article. Huit d’entre eux faisaient partie du programme de correspondance. La Floride à elle seule a été responsable de l’exécution de 17 personnes. Il reste encore trois exécutions programmées avant la fin de l’année. Si elles ont lieu, cela portera à 47 le nombre total d’exécutions, alors que ce nombre total au cours d’une année n’avait plus atteint le seuil de 30 personnes depuis 2015.
Une année record d’exécutions
Au début de l’année 2025, 28 exécutions avait été officiellement programmées aux États-Unis. Toutefois, un « excès de zèle » de la part de procureurs partisans de la peine de mort a eu pour conséquence d’augmenter les demandes d’exécution envers des détenus dont les noms n’étaient pas initialement prévus. Ce fut le cas de David Pittman (exécuté en septembre 2025), ainsi que de Frank Walls (exécution prévue pour décembre 2025), tous deux faisant partie du programme de correspondance de l’ACAT-France. C’est d’autant plus difficile pour ces deux hommes et leurs correspondants qu’ils ont demandé à entrer en correspondance avec de nouvelles personnes, sans penser que leurs relations épistolaires allaient être rompues par des exécutions quelques mois plus tard.
En plus des conditions de détention difficiles, le paysage actuel de la peine de mort influe négativement sur le moral des détenus. Ceci est constaté dans les lettres et messages qu’ils envoient. Une baisse sensible des demandes de correspondance de leur part a été remarquée cette année. Beaucoup sont déprimés, certains préfèrent ne plus écrire, d’autres encore se réfugient dans leur foi ou des activités plus récréatives quand ils en ont la possibilité.
Des règles de correspondance en évolution
En 2025, l’Alabama a rejoint la liste grandissante des États qui suppriment le courrier traditionnel au profit d’un système d’échanges dématérialisé. Depuis 2017, les administrations pénitentiaires tendent vers une numérisation de la communication entre les prisonniers (pas seulement des condamnés à mort) et leurs proches. Désormais, plusieurs États ont recours à des entreprises privées pour la digitalisation des courriers à destination des prisonniers. Ce système impacte la correspondance de façon négative de deux façons au moins : l’instabilité des échanges, un coût financier accru et le risque d’atteinte à la vie privée.
Avant la distribution généralisée des tablettes numériques aux prisonniers, le processus de dématérialisation rallongeait le temps d’arrivée du courrier. Le délai entre l’envoi et la réception de courriers, qui s’élevait à deux et trois semaines, pouvait désormais durer jusqu’à plus d’un mois. En effet, les lettres sont envoyées à un centre de dématérialisation pour être traitées avant d’être renvoyées aux différentes prisons. Aujourd’hui, la grande majorité des prisonniers, notamment en Floride et au Texas, a accès à des tablettes personnelles sur lesquelles ils peuvent consulter leur messagerie. Cette rapidité des messages électroniques est généralement appréciée par les détenus. Toutefois, celles et ceux qui n’ont pas de tablette doivent supporter les délais rallongés.
Par ailleurs, la période de transition n’est jamais simple, particulièrement pour les correspondants qui doivent changer leurs habitudes d’échanges chaque fois qu’il y a une telle mutation. En Floride, depuis 2021, deux changements de prestataire pour l’envoi de messages et d’argent aux personnes incarcérées ont ainsi eu lieu. Les familles et les proches des prisonniers doivent se conformer aux nouvelles règles et apprendre à utiliser des plateformes numériques dont ils n’ont pas l’habitude. Cela a souvent mené à une interruption d’échanges pendant des semaines, voire des mois. Certaines personnes, n’ayant pas réussi la transition vers le numérique, ont perdu le contact avec leurs amis emprisonnés. Il est important de noter que le courrier papier a une valeur sentimentale que les messages électroniques ne peuvent remplacer. Le fait de pouvoir toucher, de sentir le parfum familier sur un papier, contribue au bien-être psychologique des personnes détenues.
Persévérer malgré les difficultés
Les systèmes de numérisation du courrier qui surveillent la correspondance des détenus soulèvent des questions relatives à la vie privée et la liberté d’expression. En effet, cette technologie permet de stocker et conserver pendant des années les données contenues dans les copies numérisées.
En outre, des organisations comme Prison Policy Initiative mettent en avant les intérêts financiers qui se cachent derrière ces initiatives. Les prestataires qui fournissent ces services de communication en tirent beaucoup de profit et, par conséquent, incitent les autorités pénitentiaires à aller vers la digitalisation. Les tablettes données « gratuitement » offrent des services qui sont tous payants et sont parfois très coûteux pour les correspondants qui doivent payer des charges sur chaque transaction.
L’ACAT-France tient à remercier tous les bénévoles qui persévèrent dans leur correspondance malgré les difficultés.
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Cet article a été publié dans la revue Humains. Vous souhaitez vous informer sur les droits humains ? Abonnez-vous !