Ouzbékistan
Communiqué

Rencontre en catimini entre Laurent Fabius et le ministre ouzbek des Affaires étrangères

Jeudi 6 et vendredi 7 novembre, le ministre ouzbek des affaires étrangères devrait rencontrer discrètement Laurent Fabius. L’ACAT et l’Association des droits de l’homme en Asie centrale expriment leur surprise et leur profonde préoccupation concernant cette rencontre avec le représentant d’un régime où la torture est pratiquée de manière systématique.
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Le 06 / 11 / 2014

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Jeudi 6 et vendredi 7 novembre, le ministre ouzbek des affaires étrangères devrait rencontrer discrètement Laurent Fabius ainsi que des membres du Sénat et de l’Assemblée nationale. L’ACAT et l’Association des droits de l’homme en Asie centrale expriment leur surprise et leur profonde préoccupation concernant cette rencontre avec le représentant d’un régime où la torture est pratiquée de manière systématique.

Aucune information n’apparait sur l’agenda officiel de Laurent Fabius [1], de l’Assemblée nationale ou du Sénat. L’ACAT et l’Association des droits de l’homme en Asie centrale ont découvert cette information sur l’agenda officiel du ministère ouzbek [2]. Celui-ci indique que la délégation ouzbèke emmenée par Abdoulaziz Kamilov, le ministre des affaires étrangères, doit rencontrer son homologue français, des membres du Sénat et de l'Assemblée nationale ainsi que des représentants des milieux d'affaires français. Seul le Medef international annonce cette rencontre [3].

Selon Christine Laroque, responsable Asie à l’ACAT, « La plupart des dirigeants occidentaux évitent, à juste titre, de rencontrer les dignitaires ouzbeks. Il est surprenant et choquant de voir aujourd’hui les plus hautes instances françaises organiser de telles rencontres dans le plus grand secret. Le silence autour de cette visite témoigne d’un embarras politique de leur part, et d’un manque de transparence de la part du pouvoir politique vis-à-vis de la société civile française. »

Selon Nadejda Atayeva, présidente de l’Association des droits de l’homme en Asie centrale, « Depuis l’arrivée au pouvoir d’Islam Karimov il y a 25 ans, le gouvernement ouzbek est l’un des pires régimes tortionnaires et répressifs au monde. La torture y est systématique dans les postes de police et dans les prisons. » Le Comité des Nations unies contre la torture a très sévèrement critiqué l’Ouzbékistan il y a un an [4].

Des dizaines de défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des militants pacifiques y sont détenus sur le fondement de motifs politiques. Des milliers de personnes y sont enfermées pour avoir simplement exercé leur religion de façon pacifique, aussi bien des chrétiens que des musulmans.

Le Comité international de la Croix rouge a mis fin depuis 2013 à ses visites en détention car le gouvernement refusait de respecter les procédures de visites du CICR. Depuis près de 12 ans, aucun expert des Nations unies n’a pu entrer dans le pays pour examiner la situation des droits de l’homme. Aucune ONG internationale n’est présente depuis l’expulsion de Human Rights Watch en 2011.

Les défenseurs ouzbeks des droits de l’homme prennent des risques considérables, parfois au prix de leur vie, comme Abdurasul Hudoynazarov, un prisonnier longtemps soutenu par l’ACAT. Ce militant connu pour son travail mené contre la corruption des policiers et des forces de sécurité a passé 8 ans en prison sous la torture. Privé de soins médicaux et soumis à des sévices, sa santé s’est gravement détériorée. Il a été libéré en mai 2014 pour raisons médicales avant de décéder quelques semaines plus tard, le 26 juin dernier, le jour international de soutien aux victimes de torture.

Depuis le massacre d’Andijan en 2005, au cours duquel les forces de l’ordre ont tiré sur une foule de manifestants pacifiques, tuant des centaines de personnes dans cette ville, aucune enquête indépendante n’a été menée et aucun responsable n’a jamais été poursuivi. Par conséquent, la France avec les autres États de l’UE avaient imposé, entre 2005 et 2009, des sanctions à l’encontre du gouvernement ouzbek, qui étaient conditionnées au respect des droits de l’homme.

L’ACAT et l’Association des droits de l’homme en Asie centrale estiment que de telles rencontres, qui impliquent des négociations économiques et éventuellement des coopérations stratégiques et militaires avec les autorités françaises, devraient avoir lieu uniquement lorsque le gouvernement ouzbek aura montré les preuves crédibles de son intention de garantir l’application des droits de l’homme. L’ACAT et l’Association des droits de l’homme en Asie centrale leur demandent d’utiliser au moins cette occasion pour exprimer publiquement et directement au ministre ouzbek les préoccupations de la France à propos de la situation des droits de l’homme en Ouzbékistan.

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