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La journaliste Zhang Zhan condamnée à 4 ans de prison pour sa couverture du Covid-19

Une nouvelle fois, la justice chinoise a profité de la période des fêtes pour condamner une figure de la dissidence, l’avocate devenue journaliste Zhang Zhan, à une peine de prison ferme. En cause, ses écrits sur la gestion de la crise sanitaire à Wuhan, épicentre de l’épidémie, au début de l’année 2020.
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Capture d'écran d'une interview vidéo de Zhang Zhan, publiée sur la page Youtube de China Change en décembre 2020.
Le 06 / 01 / 2021

Le 28 décembre 2020, à l’issue d’un procès éclair, un tribunal de Shanghai a condamné la journaliste freelance Zhang Zhan (张展) à quatre ans de prison pour avoir « attisé des querelles et provoqué des troubles » lorsqu’elle couvrait l’épidémie de Covid-19 en direct, en février dernier à Wuhan.

Zhang Zhan, âgée de 37 ans, est une ancienne avocate devenue journaliste indépendante qui n’a pas peur de s’exprimer sur la situation des droits humains en Chine, malgré les risques que cela comporte. Déjà en 2019, après avoir publiquement soutenu les manifestants hongkongais en lutte pour leurs libertés, elle avait été brièvement détenue par la police et forcée de se soumettre à deux évaluations psychiatriques.

Cette fois-ci, c’est pour ses écrits sur l’épidémie du Covid-19, et en particulier ses articles sur le harcèlement subi par les familles des victimes et la censure prévalant à Wuhan que Zhang Zhan se retrouve aux mains de la police. Initialement disparue le 14 mai 2020, elle est formellement arrêtée le lendemain et inculpée officiellement le 15 septembre. L’acte d’accusation mentionne notamment « un nombre important de fausses informations » parmi ses publications sur les réseaux sociaux WeChat, Twitter et Youtube, et l’accuse d’avoir accordé des interviews à des médias basés à l’étranger.

Durant ces derniers mois en détention au centre de Pudong New District, à Shanghai, la santé de Zhang Zhan s’est détériorée. Selon ses avocats Wen Yu et Zhang Keke, qui ont pu lui rendre quelques visites entre septembre et décembre 2020, la journaliste aurait rapidement entamé une grève de la faim pour protester contre son arrestation, à la suite de quoi les autorités ont commencé à la nourrir de force. Les gardes du centre de détention feraient même appel à d’autres détenues pour la maintenir en place durant l’alimentation par tube nasal. Zhang Zhan souffrirait ainsi de maux d’estomacs, de vertiges et d’une tension artérielle basse.

 

Vous souhaitez soutenir Zhang Zhan ?

- Téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et adressez-la à la Mission permanente de la République populaire de Chine auprès des Nations Unies à Genève par courriel ou par voie postale. Vous pouvez également adresser une copie de votre lettre à l'ambassade de Chine en France.

- Tweetez, postez sur Facebook, faites-le savoir autour de vous !

 

CONTEXTE

Condamner des dissidents lorsque l’opinion publique internationale est moins vigilante

La Chine, comme d’autres pays, est connue pour arrêter ou condamner arbitrairement des personnalités emblématiques entre Noël et le Jour de l’an, à l’heure où les bureaux des diplomates étrangers, des journalistes internationaux et des ONG de défense des droits humains sont majoritairement désertés. Liu Xiaobo (刘晓波), prix Nobel de la paix décédé en prison en 2017, avait ainsi été condamné un 25 décembre 2009. Ces dernières années, plusieurs avocats ont également été ciblés durant les fêtes : condamnation le 26 décembre 2017 de Wu Gan (吴淦) à huit ans de prison, procès de l’avocat Wang Quanzhang 王全璋 le 26 décembre 2018, radiation du barreau de Liu Zhengqing (刘正清) le 25 décembre 2018...

En cette fin d’année 2020, de nombreuses peines ont été prononcées à l’encontre de dissidents : le 30 décembre, dix manifestants pro-démocratie hongkongais ont été jugés à Shenzhen pour avoir tenté de fuir Hong Kong. Le 17 décembre, l’artiste Liu Jinxing (刘进兴) a été condamné à 20 mois de prison pour avoir commémoré le massacre de Tiananmen. Le 14 décembre, un éleveur tibétain, Lej Dorje, a été condamné à un an de prison pour « séparatisme » pour avoir partagé des messages du Dalaï-lama sur les réseaux sociaux.

L’épidémie de Covid-19, catalyseur de la répression

Dès le déclenchement de la crise du Covid-19, les autorités chinoises ont tenté par tous les moyens de contenir et contrôler l’information en purgeant les médias autorisés de tout contenu trop critique. Des journalistes ont été dépêchés à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, avec l’ordre de produire une couverture plus « positive » des évènements. En réaction, de nombreux citoyens ont commencé à documenter sur les réseaux sociaux un autre visage de la crise : l’inquiétude et la colère des habitants de Wuhan, la mauvaise prise en charge des patients, le personnel de santé épuisé, les mises en quarantaine forcée, les corps dans les couloirs des hôpitaux... Autant d’images qui n’apparaissaient pas dans les médias traditionnels. En ligne, le pouvoir fait donc face à une fronde inhabituelle. En réaction, nombre de ces journalistes citoyens ont été intimidés ou arrêtés comme Zhang Zhan. D’autres, à l’image de Chen Qiushi (陈秋实) et Fang Bin (方斌), ont disparu depuis des mois.

Accord d’investissement UE-Chine : un timing qui ne passe pas

Deux jours à peine après le procès de Zhang Zhan, les dirigeants européens ont conclu, avec le président chinois Xi Jinping, un « accord de principe » sur les investissements UE-Chine, malgré de très faibles garanties de la part de la Chine en termes de respect des droits humains. Bruxelles semble ainsi favoriser un meilleur accès des investissements européens au marché chinois. Une décision qui déçoit énormément la société civile chinoise et internationale, qui avait notamment interpellé les dirigeants européens sur les allégations de travaux forcés et de génocide commis à l’égard de la population ouïghoure dans la région du Xinjiang.

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