Duannis León Taboada a été arrêté le 16 juillet 2021 après avoir participé aux manifestations nationales du 11 juillet 2021 à Cuba. Condamné le 27 mai 2022 à quatorze ans de prison pour « sédition », il est aujourd’hui détenu au Combinado del Este, à La Havane. Depuis son incarcération, il subit violences, isolement, absence de soins et conditions de détention alarmantes. En janvier 2026, la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) a estimé que sa vie, son intégrité et sa santé se trouvaient en danger.
Une détention marquée par la violence
Duannis León Taboada a été détenu au secret pendant trois semaines après son arrestation, sans que sa famille ne soit informée de son lieu de détention. Depuis, il aurait été frappé à plusieurs reprises par plus de dix gardiens, aspergé de gaz poivre, placé en cellule disciplinaire durant des mois et soumis à la méthode de la « carretilla », qui lui a causé une luxation de la clavicule. Ses protestations en prison lui ont également valu des menaces et des interrogatoires violents.
Un état de santé dégradé
Son état de santé est particulièrement préoccupant. En plus d’hypertension chronique et de problèmes rénaux, il souffrirait d’une perte de vision à l’œil gauche, de vertiges, vomissements, douleurs abdominales, insomnies sévères, amaigrissement extrême et d’une forte détresse psychique. Après une grève de la faim de douze jours en juillet 2025, les autorités s’étaient engagées à lui faire passer des examens approfondis, sans que ceux-ci aient été réalisés. Il a un besoin urgent de traitements, notamment en ophtalmologie, néphrologie, cardiologie et hématologie.
Une affaire reconnue au niveau international
Le 19 janvier 2026, dans sa résolution 5/2026 rendue publique le 22 janvier, la CIDH a accordé des mesures conservatoires en faveur de Duannis León Taboada et de sa mère, Yenisey Taboada Ortíz. Elle a demandé à l’État cubain de protéger leur vie, leur intégrité et leur santé, de garantir des conditions de détention conformes aux standards internationaux, d’assurer une évaluation médicale immédiate et de prévenir toute violence ou intimidation supplémentaire. La Commission a aussi relevé que l’État cubain n’avait pas répondu à sa demande d’informations dans le délai imparti. Sa mère, elle aussi, est visée par les représailles. La Commission indique qu’elle a subi menaces, harcèlement et détentions en raison de ses démarches pour dénoncer les abus commis contre son fils et réclamer des soins. Elle estime que tous deux se trouvent dans une situation de particulière vulnérabilité et d’absence totale de protection face aux risques encourus.
Une nouvelle alerte en avril 2026
Début avril 2026, des informations publiques relayées par la mère de Duannis indiquaient qu’il avait de nouveau été placé en cellule isolée après avoir inscrit sur les murs des slogans tels que « liberté » et « justice ». Il menait depuis plusieurs mois une protestation pacifique consistant notamment à refuser l’uniforme pénitentiaire, les appels et certaines obligations imposées par l’administration carcérale. Ces éléments renforcent les inquiétudes déjà exprimées par les instances interaméricaines.
Contexte
Le cas de Duannis León Taboada s’inscrit dans un contexte plus large de répression des personnes arrêtées à la suite des manifestations du 11 juillet 2021 et, plus largement, des voix dissidentes à Cuba. Dans sa résolution, la CIDH rappelle qu’au moins 543 personnes restent privées de liberté pour leur participation à des manifestations, et que nombre de condamnations auraient été prononcées au terme de procès dépourvus de garanties. Elle fait également état de restrictions à la liberté d’expression et de réunion, ainsi que de conditions carcérales inhumaines, marquées par la surpopulation, le manque d’eau, l’insuffisance des soins et l’isolement des prisonniers politiques. Début avril 2026, alors que Cuba a annoncé la libération de plus de 2 000 détenus à l’occasion de la Semaine sainte, Reuters rapportait qu’aucune libération de prisonniers liés aux manifestations politiques n’avait encore pu être confirmée parmi les premiers cas observés.
Un combat pour la liberté et la dignité
Au-delà de son cas individuel, l’affaire de Duannis León Taboada illustre la criminalisation de la contestation, l’usage de la prison comme instrument de répression et l’absence de garanties pour les détenus politiques à Cuba. Elle montre aussi combien les familles, en particulier les mères qui dénoncent publiquement les abus, sont elles-mêmes exposées à des intimidations et à des violences.
Appel à l’action
L’ACAT appelle les autorités cubaines à libérer immédiatement et sans condition Duannis León Taboada, à garantir sans délai son accès à des soins médicaux et à mettre fin aux violences, menaces et mesures disciplinaires arbitraires dont il fait l’objet en détention. Elle demande également la pleine mise en œuvre des mesures conservatoires ordonnées par la CIDH, ainsi que la protection de sa mère, Yenisey Taboada Ortíz. Elle invite enfin les autorités diplomatiques étrangères à Cuba à soulever son cas dans leurs échanges bilatéraux et multilatéraux avec l’État.