Condamné pour avoir critiqué la famille royale
Mongkol « Busbas » Thirakhot, 32 ans, est un activiste thaïlandais pro-démocratie originaire de Chiang Rai, dans le nord de la Thaïlande. Depuis 2020, il participe à des manifestations pacifiques et critique ouvertement la monarchie thaïlandaise ainsi que les atteintes à la liberté d’expression. En 2021, il partage sur Facebook des extraits de l’émission américaine Last Week Tonight se moquant de la famille royale. Il entame la même année une grève de la faim devant la cour d’assises de Bangkok pour demander la libération des prisonniers politiques condamnés pour crime de lèse-majesté, infraction qui punit quiconque insulte, diffame ou menace le roi, la reine, l’héritier ou le régent. Ȧ la suite de ces faits, il est poursuivi pour crime de lèse-majesté et pour crimes en ligne. Condamné en première et en deuxième instance à 50 ans de prison (la plus longue peine jamais prononcée pour lèse-majesté) son cas a été dénoncé par plusieurs experts indépendants des Nations unies, qui l’ont qualifié d’atteinte à la liberté d’expression et à l’activisme politique. Cette condamnation se fonde sur 27 publications éditées entre mars et avril 2021. Malgré ces réactions, le 12 décembre 2025, il est définitivement condamné par la Cour suprême thaïlandaise à 46 ans de prison, sans possibilité d’appel.
Le crime de lèse-majesté, instrument de répression
La Thaïlande applique l’une des lois de lèse-majesté les plus sévères au monde, prévue par la section 112 du code pénal. Cette disposition est régulièrement utilisée pour réprimer les opposants politiques, les défenseurs des droits humains et les militants pro-démocratie, transformant la lèse-majesté en un véritable instrument de contrôle politique. Entre le 19 novembre 2020 et le 1er septembre 2025, 284 personnes, dont de nombreux défenseurs des droits humains et 20 mineurs, ont été inculpées en vertu de cette disposition. Si l’article prévoit une peine allant de trois à quinze ans d’emprisonnement, le juge thaïlandais a la possibilité de cumuler les différents chefs d’accusations, conduisant à des condamnations extrêmement longues qui équivalent de facto à des peines de prison à vie.
Depuis le coup d’État militaire de 2014, la proximité institutionnelle entre la famille royale et l’armée a renforcé la répression malgré le rétablissement formel d’institutions civiles.