Le 14 décembre 2025, Ko Htet Myat Aung, étudiant et figure majeure du mouvement prodémocratie birman, a été arrêté et torturé par la junte militaire. Depuis, il est détenu au secret par les forces de sécurité. Des témoignages font état d’un risque grave et imminent pour sa vie, certaines sources redoutant qu’il ait succombé aux actes de torture subis lors de son interrogatoire.
Ko Htet Myat Aung, visage emblématique de la jeunesse birmane en quête de démocratie
Âgé de 24 ans, Ko Htet Myat Aung est l’un des visages les plus connus de la mobilisation prodémocratie non violente à Mandalay. Originaire de cette ville, il s’engage dès 2018 dans la défense des droits des étudiants au sein de l’Union des étudiants de l’Université de Yadanabon (YDNBUSU), dont il devient successivement secrétaire général puis président.
À la suite du coup d’État militaire de février 2021, alors qu’il n’avait que 18 ans, il joue un rôle central dans la résistance civile pacifique, coordonnant manifestations, grèves générales et actions de désobéissance civile. Il est membre actif de plusieurs structures de coordination de la résistance, notamment le General Strike Coordination Body (GSCB) et le Anti-Junta Forces Coordination Committee (AFCC) de Mandalay.
En décembre 2025, il figure parmi les principaux organisateurs de mobilisations contre les élections factices organisées par la junte militaire. Ces manifestations réclament notamment la libération des prisonniers politiques, le boycott du scrutin et la fin de la conscription forcée dans l’armée.
Arrestation arbitraire, torture et détention au secret
Le 3 décembre 2025, Ko Htet Myat Aung a organisé à Mandalay un flash mob (rassemblement soudain et souvent temporaire dans un lieu public) non violent, appelant à une « grève du silence » afin de dénoncer l’imposture que constituent les élections. Cette action pacifique a été perçue par le régime comme une menace directe.
À la suite de cette mobilisation, les autorités militaires ont émis un mandat d’arrêt à son encontre, assorti d’une récompense financière en cas de dénonciation en vertu d’une loi récemment amendée criminalisant toute critique du processus électoral. Le 14 décembre 2025, il a été arrêté à Mandalay. Selon des témoignages concordants de ses proches et de membres de la résistance, il a été violemment battu et torturé lors de son interpellation et pendant son interrogatoire. Depuis son arrestation, sa famille n’a reçu aucune information officielle concernant son lieu de détention ni son état de santé, laissant craindre qu’il soit victime de disparition forcée. Des témoignages font également état d’un risque grave et imminent pour sa vie, certaines sources redoutant qu’il n’ait succombé aux actes de torture subis lors de son interrogatoire.
Contexte
Des violations graves et systématiques des droits humains
Depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021, la Birmanie est plongée dans une crise humanitaire d’une ampleur exceptionnelle.
Plus de 20 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire, 3,6 millions sont déplacées et des alertes à la famine se multiplient, dans un quasi-silence international.
En outre, la junte militaire, dirigée par le général Min Aung Hlaing, mène une répression systématique contre toute forme de dissidence, en particulier à l’encontre des militants prodémocratie, des journalistes, des défenseurs des droits humains et des responsables politiques. Plus de 30 000 peronnes ont été arrétées et 22 000 prisonniers politiques demeurent à ce jour détenus arbitrairement. Plus de 1 800 détenus seraient morts en détention à la suite de torture, de mauvais traitements ou de conditions carcérales inhumaines, en violation du droit international relatif aux droits de l’Homme.
Des élections législatives factices
Dans ce contexte de répression généralisée, la junte organise des élections législatives factices visant à légitimer son maintien au pouvoir. Afin d’éliminer toute opposition réelle, elle a mis en place un arsenal juridique répressif restreignant sévèrement les libertés fondamentales : interdiction des rassemblements pacifiques, criminalisation du travail des journalistes, lois sur la cybersécurité limitant la liberté d’expression en ligne, exclusion des partis d’opposition du processus politique, et adoption d’une loi dite de « protection des élections » prévoyant jusqu’à 10 ans de prison pour toute critique du scrutin.
Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Birmanie, Tom Andrews, a qualifié ce processus d’« imposture », soulignant l’impossibilité d’un scrutin libre et équitable dans un climat de peur et de répression.
L’arrestation, la torture et la détention au secret de Ko Htet Myat Aung s’inscrivent pleinement dans cette stratégie de persécution systématique des militants prodémocratie, en violation du droit international.
Appel à l’action
L’ACAT-France exhorte l’Union Européenne à demander publiquement des informations sur le sort et le lieu de détention de Ko Htet Myat Aung afin de mettre un terme à sa disparition forcée et d’exiger sa libération immédiate et inconditionnelle. Nous appelons également l’Union Européenne à adopter des mesures concrètes et efficaces visant à renforcer la pression sur la junte militaire et les differents organes de contrôle associés, en réponse aux violations graves des droits humains infligées à la population. Ces mesures devraient inclure des actions diplomatiques, des enquêtes indépendantes sur les violations des droits humains, ainsi que le soutien à des initiatives de justice internationale. Enfin, nous demandons à l’Union Européenne de s’abstenir de toute légitimation de processus électoral en cours en Birmanie, notamment par l’envoi d’observateurs indépendants.