Maître Anacleto Micha Ndong Nlang, avocat et défenseur des droits humains équato-guinéen, est arbitrairement détenu depuis le 26 janvier 2024. Malgré un avis du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire concluant, en novembre 2025, que sa privation de liberté est contraire au droit international et appelant à sa libération immédiate, les autorités de Guinée équatoriale continuent de le maintenir en détention au secret. Son cas illustre la répression persistante exercée contre les défenseurs des droits humains, les avocats et les voix dissidentes dans le pays.
Une détention arbitraire et une disparition forcée de fait
Le 26 janvier 2024, Anacleto Micha Ndong Nlang est arrêté, de manière violente, à son domicile de Malabo par quatre agents des forces de l’ordre en tenue civile, sans mandat d’arrêt. Son arrestation intervient peu après que le défenseur ait déposé une plainte contre de hauts responsables gouvernementaux, dénonçant l’enlèvement et les actes de torture qu’il avait subis lors d’une précédente détention entre septembre 2022 et juin 2023.
Détenu au secret pendant plus d’un mois dans les locaux de la gendarmerie, sans être informé des charges retenues contre lui, Anacleto Micha Ndong Nlang finit par apprendre qu’il est poursuivi pour diffamation en raison de ses dénonciations d’actes de torture.
Le 1er mars 2024, il est transféré à la prison de Black Beach, à Malabo. Le 15 avril 2024, son avocat est autorisé à lui rendre visite en prison. Sur place, l’avocat est informé que Anacleto Micha Ndong Nlang ne s’y trouvait plus. Le 24 juillet 2024, un juge informe ses avocats que Anacleto Micha Ndong Nlang a été transféré à la prison de haute sécurité d’Oveng Azem, qui se situe à plus de 300 kilomètres de Malabo, sur le continent, où il demeure jusqu’à ce jour détenu au secret. Cette information n’a jamais été confirmée officiellement par la justice de Guinée-équatoriale.
Depuis le 22 mars 2024, aucun membre de sa famille ni aucun de ses avocats n’a pu voir Anacleto Micha Ndong Nlang ou communiquer avec lui. L’absence prolongée d’informations sur le sort du défenseur et sur son lieu officiel de détention s’apparente en droit à une disparition forcée. Son maintien en détention au secret, dans un établissement pénitentiaire réputé pour ses conditions particulièrement dures, renforce les inquiétudes quant à son intégrité physique et psychologique. Le 23 décembre 2024, deux rapporteurs des Nations unies s’en inquiètent auprès des autorités de Guinée-équatoriale, qui ne répondent pas au courrier reçu. Le 13 novembre 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, après analyse du dossier, rend son avis n° 70/2025, qui conclue que la détention d’Anacleto Micha Ndong Nlang est arbitraire et demande sa libération immédiate ainsi que l’octroi d’une réparation intégrale pour les violations subies. Malgré cette décision, les autorités équato-guinéennes refusent toujours de le libérer.
Un défenseur pris pour cible en raison de son engagement
Avocat et défenseur des droits humains, Anacleto Micha Ndong Nlang est connu pour son engagement en faveur de la défense des droits fondamentaux et de l’État de droit en Guinée équatoriale. Ses prises de position publiques contre les violations des droits humains et ses dénonciations d’actes de torture lui ont valu de multiples arrestations, poursuites et actes de harcèlement de la part des autorités. Sa détention actuelle apparaît comme une mesure de représailles directement liée à ses activités légitimes de défense des droits humains et à la plainte qu’il a déposée.
Une mobilisation internationale en faveur de sa libération
Le 4 juin 2026, plusieurs organisations de défense des droits humains, parmi lesquelles l’ACAT-France, Amnesty International, la FIDH, l’OMCT, la Human Rights Foundation, ont adressé une lettre ouverte au président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo afin de demander la mise en œuvre immédiate de l’avis du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, à savoir la libération sans condition d’Anacleto Micha Ndong Nlang.
Pour l’ACAT-France, le maintien en détention d’Anacleto Micha Ndong Nlang constitue une violation grave des obligations internationales de la Guinée équatoriale. Son emprisonnement et son isolement prolongé visent à réduire au silence un défenseur des droits humains ayant exercé pacifiquement ses libertés fondamentales. Les autorités de Guinée équatoriale doivent se conformer sans délai à l’avis du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, le libérer immédiatement et mettre fin au harcèlement judiciaire visant les défenseurs des droits humains, les avocats et les opposants pacifiques.
Contexte
Une répression persistante de l’espace civique
La détention d’Anacleto Micha Ndong Nlang s’inscrit dans un contexte de répression généralisée de toute voix critique en Guinée équatoriale. Dirigé depuis le coup d’État de 1979 par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le pays est soumis à un système politique extrêmement centralisé, dominé par le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE). Le régime au pouvoir exerce un contrôle étroit sur les institutions, les forces de défense et de sécurité, la justice et les médias, tandis que les élections se déroulent dans un contexte marqué par l’absence de véritable pluralisme politique. Dans ce contexte autoritaire, les défenseurs des droits humains, les journalistes, les avocats, les militants de la société civile et les opposants politiques sont régulièrement victimes d’arrestations arbitraires, de détentions au secret, de disparitions forcées, de poursuites judiciaires abusives, de torture et d’autres mauvais traitements. Les autorités invoquent fréquemment des accusations vagues telles que « activités illégales », « outrage », « troubles à l’ordre public » ou « diffamation » afin de criminaliser l’exercice pacifique des libertés d’expression, d’association et de réunion. Les organisations indépendantes rencontrent par ailleurs de grandes difficultés pour obtenir une reconnaissance légale, ce qui permet aux autorités de qualifier leurs activités d’illégales et de justifier de nouvelles mesures de répression.
En décembre 2025, l’ACAT-France s’est mobilisée en faveur du défenseur des droits humains Joaquín Elo Ayeto, membre de la plateforme citoyenne Somos+ et militant du parti d’opposition Convergence pour la démocratie sociale (Convergencia para la democracia social, CPDS). Arrêté le 1er août 2024, il a d’abord été détenu à la prison de Black Beach, à Malabo, avant d’être transféré à la prison d’Oveng Azem, près de Mongomo, le 13 août 2024. Depuis son transfert, sa famille, son avocat et ses proches sont privés de tout contact avec lui et les autorités refusent de fournir la moindre preuve de vie. Sa situation est équivalente à celle d’Anacleto Micha Ndong Nlang.
En tant qu’État membre des Nations unies et partie à plusieurs traités internationaux relatifs aux droits humains, la Guinée équatoriale est tenue de respecter ses obligations internationales et de coopérer de bonne foi avec les mécanismes internationaux de protection des droits humains. La Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme de 1998 reconnaît le droit de toute personne à promouvoir et protéger les droits humains sans subir de représailles. Le maintien en détention au secret d’Anacleto Micha Ndong Nlang, comme celle de Joaquín Elo Ayeto, envoie un signal particulièrement préoccupant à l’ensemble de la société civile équato-guinéenne visant à empêcher toute contestation pacifique. Ces détentions arbitraires renforcent le climat de peur, d’intimidation et d’autocensure.