Nargiz Absalamova est une journaliste azerbaïdjanaise âgée de 28 ans. Depuis le 30 novembre 2023, elle est emprisonnée avec d’autres collègues pour son travail d’investigation dans l’un des derniers médias indépendants azerbaïdjanais, Abzas Media. A travers son métier, Nargiz est engagée en faveur des droits humains et contre la corruption. Depuis le début de sa détention, son état de santé s’est dangereusement dégradé. L’ACAT-France déplore les restrictions d’accès à des examens médicaux et insiste sur le droit pour toute personne détenue de recevoir des soins.
Nargiz Absalamova, journaliste indépendante engagée contre un pouvoir répressif
Nargiz Absalamova est journaliste d’investigation pour le média indépendant Abzas Media. Fondé en 2016, le média en ligne enquête sur la vie politique azerbaïdjanaise et se concentre plus particulièrement sur les affaires de corruption et les droits humains en Azerbaïdjan. Après des études de journalisme à Bakou, Nargiz Absalamova a débuté sa carrière journalistique en collaborant avec des médias tels que Toplum TV et Mikroskop Media, avant de rejoindre Abzas Media en 2021. L’ensemble de ces médias se veut indépendant, dans un paysage médiatique largement contrôlé par le pouvoir.
Au cours de ses investigations, Nargiz a notamment enquêté sur les relations privilégiées qu’entretiendraient des entreprises et des responsables gouvernementaux et la corruption du pouvoir. Également engagée sur les questions environnementales, elle a travaillé sur les risques environnementaux et sanitaires liés à l’activité de la mine d’or de Gebadek dans le district de Söyüdlü, en Azerbaïdjan.
En juin 2025, alors qu’elle est détenue depuis un an et demi et que les charges à son égard ont été alourdies, le tribunal de Bakou chargé des crimes graves condamne Nargiz à 8 ans de prison ferme en vertu de l’article 206.3.2 du Code pénal. Les principaux chefs d’accusation sont liés à une introduction illégale de devises étrangères dans le pays dans le cadre d’une association de malfaiteurs. Ce chef d’accusation est régulièrement utilisé par les autorités azerbaïdjanaise pour museler les voix critiques.
La violation des droits fondamentaux de Nargiz en détention
D’abord détenue dans le centre de détention provisoire de Bakou (Kurdakhani), Nargiz est transférée en septembre 2025 dans la prison éloignée de Lankaran. Cette prison, dans le village de Gurumba à 250 kilomètres de Bakou, isole Nargiz de ses proches et de ses avocats et ajoute au poids de la détention des contraintes financières et logistiques importantes pour lui rendre visite.
Lorsqu’elle était incarcérée à Bakou, Nargiz et deux de ses collègues, Sevinj Abbasova et Elnara Gasimova, ont dénoncé des conditions de détention inhumaines selon le groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires. Elles décrivent des cellules insalubres, avec des fuites d’eau du plafond et des murs. L’accès à des ventilateurs leur a également été refusé durant l’été alors même qu’ils étaient fournis aux autres détenus. Après une grève de la faim entamée en soutien au directeur d’Abzas Media, également détenu, les trois femmes ont été placées à l’isolement dans des cellules dépourvues de douches, de ventilation et de fenêtres donnant sur l’extérieur.
Enfin, depuis plus de 6 mois, Nargiz est privée d’examen et de soins médicaux alors qu’elle a adressé plusieurs demandes auprès des autorités pénitentiaires, qui n’ont donné à ce jour aucun résultat. Souffrant de sinusite chronique, son état de santé s’est dégradé en détention puisqu’elle souffre désormais également de graves maux de tête et de difficultés respiratoires. Cet état préoccupant nécessite des examens médicaux et notamment une IRM selon sa famille. L’administration pénitentiaire aurait déclaré, de manière officieuse, qu’elle « attendait l’approbation d’en haut. » Or, les règles Nelson Mandela relatives au traitement des détenus consacre l’obligation de l’État à fournir « des soins de santé aux détenus, ceux-ci devant recevoir des soins de même qualité que ceux disponibles dans la société. »
Contexte
L’affaire Abzas Media : la corruption du pouvoir mise en lumière
L’arrestation de Nargiz Absalamova s’inscrit dans l’affaire qui vise le média indépendant azerbaïdjanais Abzas Media, dont plusieurs de ses membres sont accusés de contrebande de devises étrangères. En effet, la loi azerbaïdjanaise exige que les organisations de la société civile obtiennent l’accord de l’Etat pour recevoir des subventions étrangères. Plusieurs membres d’Abzas Media ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire, parmi lesquels le directeur du média, Ulvi Hasanli, la rédactrice en chef, Sevinj Vagifgizi et aussi Mahammad Kekalov, Hafiz Babali, Elnara Gasimova. Ces arrestations arbitraires interviennent quelques mois après la publication d’une enquête d’Abzas sur les fortunes de personnalités publiques et notamment des proches du président Aliyev.
Le 3 avril 2026, la Cour suprême a rejeté un appel en cassation déposé par des journalistes d’Abzas Media, dans lequel ceux-ci ont dénoncé les nombreuses irrégularités dans la procédure à leur encontre qui constituent une violation du droit à un procès équitable reconnu par le droit international. La Cour a de ce fait confirmé les déclarations de culpabilité et les peines de prison. Pour autant, ces journalistes continuent de s’exprimer contre le pouvoir, à l’image de la rédactrice en chef d’Abzas Media, Sevinj Vagifgizi. Lors de sa dernière audience devant la Cour, elle a désigné le président azerbaïdjanais comme responsable direct de leur arrestation et a dénoncé : « Notre arrestation vise à nous écarter [du journalisme], car nous avons révélé les crimes de corruption d’Ilham Aliyev et de son entourage. »
Abzas Media est l’un des derniers médias indépendants en Azerbaïdjan, aux côtés de Toplum TV et Meydan TV. Cette affaire illustre le tournant autoritaire en Azerbaïdjan et la répression qui s’abat sur la presse indépendante et la société civile. Elle s’inscrit aussi dans un contexte de dégradation des relations entre l’Azerbaïdjan et les pays occidentaux.
La répression à l’égard de la presse s’intensifie en Azerbaïdjan
Selon le classement mondial sur la liberté de la presse de Reporters sans Frontières (RSF), l’Azerbaïdjan se positionne à la 171e place sur 180 pays étudiés. Depuis 2014, le président Ilham Aliyev mène une guerre contre le pluralisme et les voix dissidentes. La quasi-totalité de l’espace médiatique est sous le contrôle des autorités, et le régime pratique la censure, à l’origine justifiée par le conflit au Haut-Karabakh.
A ce jour, RSF compte 25 journalistes et professionnels des médias emprisonnés en Azerbaïdjan. Fin juin 2026, l’organisation a également dénoncé un projet de loi créant un Conseil des médias et de la radiodiffusion en Azerbaïdjan. Selon elle, ce Conseil est destiné à renforcer l’emprise de l’État sur les derniers espaces où circule une information indépendante, en particulier les plateformes numériques. »
Appel à l’action
L’ACAT-France dénonce la répression à l’égard des journalistes indépendants azerbaïdjanais.
Déjà mobilisée pour Nargiz durant la Nuit des Veilleurs, l’ACAT-France exprime à nouveau son inquiétude, notamment face à la dégradation de son état de santé en détention. L’ACAT-France demande aux autorités azerbaïdjanaises de :
- Garantir immédiatement à Nargiz Absalamova l’accès aux examens médicaux spécialisés et aux soins nécessaires.
- Libérer sans condition Nargiz Absalamova et les autres journalistes détenus dans l’affaire Abzas Media.
- Mettre fin à l’utilisation abusive du système judiciaire contre les journalistes indépendants.
- Respecter les obligations internationales de l’Azerbaïdjan relatives à la liberté de la presse et à la protection des défenseurs des droits humains.