Victoire Ingabire, présidente du parti d’opposition non reconnu DALFA-Umurinzi, a été arrêtée à son domicile à Kigali, dans la soirée du 19 juin 2025, sans mandat valable, par des agents du Rwanda Investigation Bureau. Elle avait le jour même comparu comme simple témoin, devant la Haute cour, au procès de huit militants de son parti et d’un journaliste, arrêtés en 2021. Ces personnes avaient participé à une formation en ligne sur les méthodes de mobilisation non violente. En mars 2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait qualifié leur détention d’arbitraire. Victoire Ingabire est accusée de « création d’un groupe criminel » et de « préparation d’actes visant à provoquer des troubles au sein de la population ».
Une arrestation politique et des poursuites infondées
Cette nouvelle arrestation de Victoire Ingabire intervient alors qu’en octobre 2025 devait prendre fin sa peine de quinze ans de prison, prononcée contre elle en 2013 ainsi que les restrictions liées à la grâce présidentielle accordée en 2018 et qui lui avait permis de retrouver une liberté sous surveillance. Son arrestation en juin 2025 apparaît dès lors comme une manœuvre destinée à empêcher son retour sur la scène politique. En 2017, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples avait jugé que le Rwanda avait violé la liberté d’expression de Victoire Ingabire et son droit à un procès équitable, et avait ordonné la restauration de ses droits, une décision restée lettre morte après le retrait du Rwanda de la compétence de la Cour.
Une répression persistante de l’opposition pacifique
Depuis son retour au Rwanda en 2010, les autorités au pouvoir et leurs sympathisants l’accusent régulièrement de liens avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), sans qu’aucune juridiction n’ait jamais établi l’existence de tels liens opérationnels. La persécution dont Victoire Ingabire est victime depuis 15 ans s’inscrit dans un contexte plus large de restriction de l’espace politique au Rwanda. Le 11 septembre 2025, le Parlement européen a appelé à sa libération immédiate et inconditionnelle. Le 27 janvier 2026, le ministère français des Affaires étrangères a indiqué suivre la situation en exprimant sa « préoccupation ». Pour l’ACAT-France, Victoire Ingabire est une prisonnière politique. Notre organisation appelle à la libération immédiate et sans conditions de Victoire Ingabire, et à l’abandon des poursuites judiciaires, politiquement motivées.