Le 25 avril 2026, une bombe a explosé sur la route panaméricaine, à Cajibío dans le Cauca. L’attentat a tué 21 personnes et blessé 56 autres, en majorité des civils qui circulaient sur cet axe routier. Il s’agit de l’une des attaques les plus meurtrières contre des civils en Colombie depuis plus de 20 ans. Les autorités attribuent cette attaque à l’Estado Mayor Central (EMC), principale dissidence des FARC, qui a refusé l’accord de paix de 2016.
Une attaque meurtrière contre les populations civiles
L’attentat de Cajibío s’inscrit dans une nouvelle vague de violence. En deux jours, plusieurs dizaines d’actions ont été recensées dans le Cauca. Mais, comme trop souvent dans le conflit colombien, ce sont les civils qui paient le prix lourd.
L’armée colombienne soupçonne l’EMC d’avoir mis en place un barrage routier pour attirer les forces de l’ordre et leur tendre une embuscade. Une telle méthode, dans une zone de passage civile, fait peser un risque inacceptable sur la population.
Le 28 avril, l’EMC a reconnu sa responsabilité dans l’attentat, parlant d’une «erreur tactique». Cette reconnaissance ne suffit pas. Une «erreur» qui tue 21 civils n’est pas un simple dommage collatéral : c’est une attaque grave contre la population civile, qui doit faire l’objet d’une enquête, de poursuites et de sanctions.
Le droit international humanitaire piétiné
Le droit international humanitaire interdit les attaques dirigées contre les civils, les attaques indiscriminées et les actes destinés à terroriser la population. Ces règles s’imposent à toutes les parties à un conflit armé, y compris aux groupes armés non étatiques.
L’État colombien a, lui aussi, des obligations. Il doit protéger les populations exposées à la violence des groupes armés, prévenir de nouvelles attaques, enquêter sur les faits et garantir l’accès des victimes à la justice. Cette protection ne peut pas se limiter à une réponse ponctuelle. Elle doit s’accompagner d’une présence réelle de l’État dans les territoires : justice, santé, accompagnement, protection, prévention du recrutement forcé, lutte contre l’extorsion et réponse aux déplacements forcés.
Dans le Cauca, les populations vivent depuis des années sous la pression de groupes armés qui se disputent le contrôle des routes, des économies illicites, des territoires et des populations. Les habitants ne doivent pas être abandonnés à cette violence.
Contexte
En 2016, l’État colombien a signé un accord de paix avec les FARC, la principale guérilla du pays, qui affrontait les autorités depuis plusieurs décennies. Cet accord devait mettre fin à une grande partie du conflit armé : les FARC ont officiellement déposé les armes et se sont transformées en parti politique. Mais la paix n’a pas été totale. Dans plusieurs régions rurales, l’État n’a pas réussi à reprendre le contrôle des territoires laissés par les FARC. D’autres groupes armés, qui refusent l’accord de paix, ont alors occupé ces espaces pour contrôler les routes, les populations et les économies illégales, notamment le narcotrafic.
Le Cauca est l’un des départements les plus touchés par cette recomposition du conflit. La présence de cultures de coca et de routes stratégiques alimente les disputes entre différents groupes armés, notamment l’EMC, et donc une violence persistante.
Face à cela, le gouvernement de Gustavo Petro a lancé une politique dite de «paix totale», destinée à ouvrir des négociations avec les groupes armés encore actifs. Mais plusieurs discussions ont échoué, tandis que les violences se sont intensifiées. Dans ce contexte, les populations civiles se retrouvent prises en étau entre les groupes armés, les opérations militaires, les menaces, les restrictions de circulation et les attaques contre les infrastructures.
Cette vague de violences intervient aussi dans un contexte électoral tendu, à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle. En Colombie, les groupes armés ont régulièrement tenté d’imposer leur pouvoir par la peur, notamment en période électorale. Les attaques contre les civils menacent donc le droit à la vie et à la sécurité, mais aussi la participation démocratique.
Appel à la protection immédiate des populations civiles
L’ACAT-France appelle les autorités colombiennes à garantir la protection immédiate des populations civiles dans le Cauca, à renforcer les mécanismes de prévention, à assurer une présence institutionnelle effective dans les territoires et à accompagner les victimes et leurs familles.
L’ACAT-France demande également au Parquet général de garantir une enquête rapide, indépendante et impartiale afin que l’ensemble des responsables de l’attentat soient poursuivis et jugés.
L’ACAT-France appelle enfin l’EMC et l’ensemble des groupes armés à cesser immédiatement toute attaque contre les civils et à respecter le droit international humanitaire.