Andrew Armando Córdova a passé dix-sept ans en détention après avoir été arrêté arbitrairement et torturé. Bien qu’il ait récemment été placé en assignation à résidence, il attend toujours d’être acquitté et d’obtenir réparation pour les graves violations de ses droits. Son cas illustre les défaillances du système judiciaire mexicain et l’impunité persistante face aux actes de torture.
Une arrestation arbitraire suivie de torture
Andrew Armando Córdova avait 21 ans lorsqu’il a été arrêté le 26 avril 2008 à Tijuana, dans l’État de Basse-Californie, accusé d’appartenir à un groupe criminel. Citoyen américain, il a été blessé lors d’un affrontement armé auquel il n’avait pas participé. Après avoir été transporté à la Croix-Rouge puis à l’hôpital pour être soigné, il y a été arrêté par les autorités.
Il a ensuite été transféré dans un bâtiment militaire, connu sous le nom d’«Aguaje de la Tuna», où il a été soumis à des actes de torture physique et psychologique. Pendant trois jours, il a été maintenu au secret, sans accès à aucune assistance juridique et consulaire. Sous la contrainte, il s’est auto-incriminé. D’autres personnes torturées ont également été forcées de l’accuser.
Une détention prolongée malgré l’absence de preuves
Andrew a été transféré dans plusieurs prisons fédérales de haute sécurité, notamment les centres pénitentiaires d’Altiplano, de Guasave et d’Hermosillo, ainsi que dans la prison dite « El Hongo » en Basse-Californie. Les faits pour lesquels il était poursuivi étaient passibles d’une peine maximale de huit ans de prison. Malgré cela, Andrew est resté détenu pendant dix-sept ans en détention préventive, bien au-delà de la peine encourue. Au cours de la procédure, les juridictions ont elles-mêmes reconnu l’absence de flagrant délit lors de son arrestation et l’absence de preuves établissant sa responsabilité dans les faits qui lui étaient reprochés. Les éléments de preuve légalement recueillis ne démontrent aucune implication d’Andrew dans les crimes pour lesquels il a été accusé.
Une affaire reconnue au niveau international
Plusieurs instances ont reconnu les violations graves dont Andrew a été victime. En 2022, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu que son arrestation et sa détention étaient arbitraires. En 2023, la Commission nationale des droits de l’Homme du Mexique a également établi que des agents du ministère de la Défense et de la justice de Basse-Californie avaient commis des actes de torture à son encontre.
Après plusieurs demandes de révision de sa détention, Andrew a finalement obtenu le 23 décembre 2025 une assignation à résidence. Il reste toutefois poursuivi et doit encore démontrer son innocence dans une procédure judiciaire entachée d’irrégularités.
Contexte
L’affaire d’Andrew s’inscrit dans un contexte plus large de violations graves des droits humains liées à la militarisation de la sécurité publique au Mexique. Dans les États frontaliers comme la Basse-Californie, les opérations menées par les forces armées ont donné lieu à de nombreuses arrestations arbitraires, détentions au secret et actes de torture.
Le cas d’Andrew illustre l’impunité persistante face à ces pratiques : détention prolongée sans preuves, obtention d’aveux sous la torture et absence de réparation pour les victimes.
Un combat pour la réparation et la reconnaissance des victimes
Malgré les conclusions d’organismes nationaux et internationaux, Andrew et sa famille doivent aujourd’hui faire face à de nombreux obstacles pour obtenir réparation. La Commission exécutive d’aide aux victimes refuse notamment de reconnaître que les dix-sept années de détention constituent une conséquence directe de l’arrestation arbitraire subie en 2008.
Cette position nie le continuum de violations de droits humains dont Andrew et sa famille ont été victimes. Pendant ces années, ses proches ont subi de lourdes conséquences : précarisation économique, déplacement de leur lieu de vie pour pouvoir suivre la procédure judiciaire, atteintes à la santé et destruction de leurs projets de vie.
Appel à l’action
L’ACAT appelle les autorités mexicaines à garantir un procès équitable pour Andrew Armando Córdova et à reconnaître pleinement les violations graves de ses droits fondamentaux. Elle demande également l’ouverture d’enquêtes effectives sur les actes de torture commis par les agents impliqués, ainsi que la mise en place d’une réparation intégrale pour Andrew et sa famille.