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Birmanie : des élections législatives orchestrées par la junte.

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Photo | Unsplash

Dans le monde – Sous le masque d’une parodie de démocratie et cinq ans après un coup d’État sanglant, la junte militaire birmane organise des élections législatives du 28 décembre 2025 et le 25 janvier 2026. Ce scrutin, bien plus qu’une simple formalité, a pour objectif de légitimer sur la scène internationale, un régime contesté dans un pays dévasté par la guerre civile. Alors que les Birmans se rendent aux urnes, tiraillés entre espoir et désillusion, ils s’interrogent sur la véritable nature de leur nouveau Parlement : à quel prix cette légitimité sera-t-elle acquise ?

 Un contexte de répression et un rétrécissement de l’espace civique

Depuis sa prise de pouvoir le 1er février 2021, nombreuses sont les exactions commises par la junte contre les populations civiles : tueries de masse, arrestations et détentions arbitraires, pratique de la torture, recours aux violences sexuelles, attaques dans des zones de conflits, persécution systématique des membres de la minorité rohingya…

Le scrutin en cours se déroule dans une absence totale de pluralisme politique. La Ligue nationale pour la démocratie (NLD), victorieuse des élections de 2015 et 2020, a été dissoute par les putschistes le 29 mars 2023, tandis que son ancienne dirigeante et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est toujours détenue. Le principal bénéficiaire de ce scrutin est l’Union Solidarity and Development Party (USDP), parti favorable aux militaires et soutenu par le régime dirigé par le général Min Aung Hlaing.

Sur le terrain, de nombreux témoignages font état de pressions exercées par l’armée sur la population pour l’obliger à voter. En parallèle, un large arsenal législatif antidémocratique et une répression systématique ciblent militants prodémocratie, journalistes, défenseurs des droits humains et responsables politiques, à l’image de Ko Htet Myat Aung pour qui l’ACAT-France s’est récemment mobilisée.

Depuis le coup d’État de 2021, plus de 30 000 personnes ont été arrêtées pour des motifs politiques et plus de 1 800 détenus seraient morts en détention à la suite de torture, de mauvais traitements ou de conditions carcérales inhumaines.

Une crise de gouvernance au cœur d’une catastrophe humanitaire

Depuis 2021, la Birmanie est ravagée par un conflit qui oppose le régime militaire au pouvoir à une multitude de forces armées révolutionnaires. Les autorités mènent des frappes aériennes répétées qui ont fait plusieurs milliers de victimes civiles tandis que près de 22 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire.

D’après les médias contrôlés par les autorités, l’USDP aurait remporté près de 90% des sièges à la chambre basse du Parlement lors de la première phase du scrutin. Des résultats qui ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la nation : 65 cantons sur 330 ont été exclus des élections par la junte.

« L’armée n’a pas d’autorité dans ces territoires où la guerre civile fait rage » indique Neïla Mebtoul, chargée de programme et plaidoyer Asie à l’ACAT-France. En 2024, elle contrôlait moins d’un quart du pays.

Un Vernis démocratique, perçu comme tel par la communauté internationale

Alors que le général Min Aung Hlaing est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité pour la déportation et les violences commises à l’encontre de la minorité Rohingya, les élections législatives visent à redorer l’image du régime. Le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Birmanie, Tom Andrews, a appelé à rejeter ces élections, les qualifiant d’« imposture ». « Par tous les critères, il ne s’agit ni d’élections libres, ni équitables, ni légitimes », a-t-il déclaré. Malgré ces condamnations, les réactions internationales demeurent limitées et fragmentées. 

L’ACAT-France appelle la communauté internationale à ne pas légitimer ces élections, dont l’issue prévue le 25 janvier ne modifiera ni la réalité du conflit, ni la situation des civils, en raison du manque d’indépendance de leur organisation et de la répression persistante de l’opposition.

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