Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran connaît une nouvelle vague de révolte populaire qui s’étend désormais à l’ensemble des 31 provinces, tant dans les villes que dans les zones rurales. En réaction, le régime des mollahs a intensifié la répression, plongeant le pays dans un nouveau cycle de violence. Cette brutalité à l’encontre des manifestants a déjà causé de nombreuses pertes humaines et un grand nombre de blessés. Dans ce contexte alarmant, l’ACAT-France, aux côtés d’autres organisations de défense des droits humains, appelle la République islamique d’Iran à mettre un terme immédiat à ces nouvelles effusions de sang.
De la vie chère à la révolte politique
Le samedi 27 décembre 2025, des commerçants du Grand Bazar à Téhéran ont fermé leurs boutiques en signe de protestation contre l’hyperinflation, la dépréciation de la monnaie et le marasme économique. Ce mécontentement s’est rapidement répandu à travers le pays et s’est transformé en manifestations touchant les 31 provinces et environ 120 villes, y compris des grandes villes stratégiques telles que Téhéran, Machhad, Tabriz et Kermanchah. Dès le 1er janvier 2026, des heurts ont été signalés dans des villes de taille moyenne, où des dizaines de milliers d’habitants se sont mobilisés.
Initialement axées sur des revendications économiques, ces protestations ont pris une tournure politique, marquées par des appels en faveur du respect des droits humains, de la dignité et de la liberté. Elles se sont progressivement transformées en demandes de départ du « dictateur », de chute de la République islamique et de retour de la dynastie Pahlavi, qui a régné sur l’Iran pendant 54 ans avant l’avènement de la République islamique en 1979. Les commerçants du Grand Bazar de Téhéran ont également rejoint le mouvement de contestation, et, pour la première fois depuis le début des troubles, des incidents ont éclaté entre manifestants et policiers dans ce poumon économique du pays.
Face au courage du peuple iranien, le régime répond par une répression sanglante à huis clos
Comme il le fait toujours lorsqu’il se sent menacé par ce qu’il considère comme une menace existentielle, le gouvernement de Massoud Pezechkian a intensifié sa répression face à la détermination des manifestants qui ne faiblit pas. Dans le discours des dirigeants iraniens, les manifestants ont d’abord été présentés comme des « personnes légitimement mécontentes » en raison des problèmes économiques, qu’il fallait écouter, et distingués des « émeutiers ». Depuis le vendredi 9 janvier, les médias d’État et les responsables politiques et judiciaires les qualifient d’« agents terroristes » au service des États-Unis et d’Israël. Ce changement sémantique a ouvert la voie à une répression sanglante.
Selon les données fournies le 14 janvier 2025 par l’ONG Iran Human Rights (IHRNGO), au moins 3 428 manifestants dans 15 provinces ont été tués depuis le début des manifestations, parmi lesquels des femmes et des enfants. Il convient de noter que ce chiffre ne comprend que les cas vérifiés directement par l’IHRNGO ou par deux sources indépendantes et est soutenu par la documentation des hôpitaux et des morgues. Des sources au ministère de la Santé ont déclaré à l’IHRNGO qu’entre le 8 et le 12 janvier seulement, environ 3 500 personnes ont été tuées, y compris des manifestants et des forces affiliées à l’État. Étant donné que les médias d’État avaient précédemment rapporté la mort d’au moins 121 membres des forces militaires, policières, de sécurité et judiciaires, cela signifie que la mort d’au moins 3 379 manifestants a été enregistrée durant cette période de cinq jours. Les rapports indiquent que la plupart des tués avaient moins de 30 ans, et au moins 15 avaient moins de 18 ans, bien que l’IHRNGO travaille encore à obtenir une documentation confirmant les âges exacts de toutes les victimes.
Parallèlement, des chiffres non vérifiés faisant état de 2 000 à 5 000 décès ont été rapportés. Les évaluations des services de renseignement israéliens estiment à 5 000 le nombre de décès, tandis que la rédaction de la chaîne Iran International TV affirme que plus de 12 000 personnes ont été tuées rien que les 8 et 9 janvier. La chaîne américaine CBS News a également rapporté, en citant deux sources à l’intérieur de l’Iran, que le bilan pourrait atteindre environ 20 000.
La vérification indépendante de ces chiffres est actuellement extrêmement difficile mais tout semble indiquer que la machine répressive de la République islamique d’Iran est belle et bien implacable envers le peuple iranien.
Usage illégal de la force et des armes à feu, arrestations arbitraires, disparitions et aveux forcés
Selon plusieurs ONG dont Human Rights Watch, les forces de sécurité iraniennes font un usage disproportionné de la force et ont effectué des arrestations arbitraires massives de manifestants, y compris des mineurs âgés d’à peine 14 ans. De nombreux manifestants ont été soumis à des disparitions forcées et à des détentions au secret, ce qui les expose à un risque accru de torture et de mauvais traitements. Ces arrestations ont eu lieu lors de la dispersion des rassemblements et pendant les raids nocturnes dans les habitations, ainsi que dans des hôpitaux. Des « aveux » auraient été obtenus sous la contrainte. Par ailleurs, des images et des témoignages font état de tirs à balles réelles.
Les forces de sécurité iraniennes ont mis en place une répression systématique, ciblant non seulement les manifestants sur le terrain, mais aussi toute voix dissidente. Cette situation a été aggravée par une coupure d’Internet imposée le 9 janvier, bloquant 90 % du trafic vers le pays et rendant difficile la vérification des informations. C’est une mesure stratégique vise à isoler la population et à empêcher toute documentation sur les violences policières, les tueries, et à entraver l’organisation des manifestations.
Le climat de peur s’est intensifié avec des déclarations publiques des responsables iraniens, qui ont désigné les manifestants comme des « Mohareb », c’est-à-dire des ennemis de Dieu, émettant de facto des condamnations à mort générales. Les autorités ont promis de traiter « ces affaires » sévèrement dans des tribunaux révolutionnaires, créant ainsi un environnement judiciaire où les droits fondamentaux sont systématiquement bafoués.
Pour permettre aux Iraniens de faire connaître au monde la répression sanglante de leurs manifestations, la société Starlink a ouvert gratuitement son réseau de communication par satellite. Cependant, les autorités iraniennes parviennent tout de même à brouiller ces communications, en utilisant une technologie à laquelle la société d’Elon Musk n’avait pas encore été confrontée.
Contexte
Exécutions capitales et extrajudiciaires, tortures et mauvais traitements en détention, arrestations arbitraires, violations des droits des femmes et des enfants, disparitions forcées, répression de la liberté d’expression, restrictions sur la liberté de la presse, interdiction des rassemblements pacifiques, surveillance et contrôle numérique, discrimination ethnique et religieuse : telle est la stratégie de la République islamique d’Iran, depuis des années pour étouffer toute forme de contestation et d’opposition.
La vague actuelle de répression contre les manifestations n’est pas un phénomène nouveau. C’est un continuum qui s’inscrit dans un schéma alarmant de répression des voix dissidentes, intensifié depuis septembre 2022, à la suite de l’assassinat de Mahsa Amini, battue à mort par la police des mœurs pour un hijab mal porté. Ce tragique événement a marqué un tournant décisif et le début d’un soulèvement généralisé des Iraniens contre le régime, dont l’intensification ne faiblit pas. Malgré la répression, les manifestants continuent courageusement d’exprimer leur mécontentement envers le régime.
Un régime en déclin face à une révolte populaire
La République islamique d’Iran fait face à l’un de ses plus grands défis depuis sa proclamation, il y a quarante-sept ans. Ce nouveau soulèvement révèle un système en déclin et un affaiblissement inédit du régime des mollahs, tout en ouvrant de nouvelles perspectives. Depuis juin 2025, les attaques israéliennes contre l’Iran ont servi de prétexte aux autorités pour intensifier encore plus, la répression. Sous couvert de sécurité, elles ont multiplié les arrestations arbitraires, les procès expéditifs et les condamnations iniques. L’année dernière, le recours à la peine de mort a explosé, avec plus de 1300 exécutions entre janvier et octobre. Aujourd’hui, les mêmes schémas de violence et tactiques brutales utilisés contre le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022 sont toujours en vigueur. Les minorités, en particulier, restent ciblées, plongées dans un cycle d’oppression et de violence. Contrairement aux mouvements précédents, toutes les sphères de la société iranienne, y compris des acteurs économiques traditionnellement proches du pouvoir, sont concernées. Cette situation conduit les experts à parler de véritable révolution.
Appel à l’action
L’ACAT-France documente régulièrement les graves violations des droits humains perpétrés par la République islamique d’Iran. Mais en l’absence d’enquêtes pénales efficaces, impartiales et indépendantes, les autorités iraniennes continuent de bénéficier d’une impunité totale. Il est temps que la communauté internationale pose des actes forts et que cesse l’impunité. La République islamique d’Iran, signataire du Pacte international sur les droits civils et politiques (PIDCP) des Nations unies, doit respecter ses obligations internationales et rendre des comptes. C’est pourquoi, en vertu du principe de compétence universelle, l’ACAT-France appelle les autorités judiciaires d’autres États à ouvrir des enquêtes pénales. Il est essentiel que le gouvernement iranien puisse répondre aux allégations de torture et de traitements inhumains et dégradants formulées à l’encontre de ses forces de sécurité.
Nous exhortons les autorités iraniennes à cesser tout recours illégal à la force et aux armes à feu, ainsi que les arrestations arbitraires massives contre les manifestants. Le plus haut organe iranien en charge de la sécurité, le Conseil suprême de sécurité nationale, doit ordonner aux forces de l’ordre de mettre un terme à ces pratiques illégales. Nous demandons la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes détenues arbitrairement, la garantie de l’accès aux soins pour toutes les personnes qui en ont besoin, et la protection de tous les détenus contre la torture et les mauvais traitements.