Retour sur action – Avocate des droits humains, Camila Zuluaga est membre des trois principales plateformes colombiennes des droits humains et travaille au sein de la Commission colombienne de juristes, une ONG qui œuvre pour la protection des défenseurs des droits humains. Dans le cadre d’une tournée de plaidoyer en Europe en novembre 2025, elle s’est entretenue avec l’ACAT-France au sujet des droits humains en Colombie.
Quelle est la situation des droits humains en Colombie actuellement ?
Camila Zuluaga : Le gouvernement actuel de Gustavo Petro, premier président de gauche en Colombie, constitue une rupture par rapport à la longue tradition de gouvernements de droite.
Si nous avons pu observer des avancées sur les droits sociaux comme la santé ou encore le droit du travail, la situation des droits humains reste compliquée. On observe encore de nombreux groupes armés dans les territoires. Les conflits subsistent et entravent la mise en œuvre de l’accord de paix conclu en 2016 entre le gouvernement et les FARC.
De fait, la Colombie est un des pays les plus dangereux au monde pour les défenseurs des droits humains. Ceux-ci subissent de nombreuses violences et sont stigmatisés, perçus comme des fauteurs de troubles. Les dispositifs légaux existants demeurent insuffisants pour garantir leur protection.
Les plus menacés sont les défenseurs de l’environnement, des communautés autochtones et les femmes défenseures. En 2025, on a reporté 109 assassinats de défenseurs des droits en Colombie. Mais ils font aussi face à des menaces, des disparitions forcées, de la torture psychologique… C’est d’autant plus dur pour les femmes défenseures qui sont victimes de dénigrement, de ternissement de leur réputation et d’attaques à l’encontre de leur famille. Elles doivent lutter deux fois plus que les hommes.
De plus, il est toujours difficile de savoir qui commet ces menaces et ces crimes. Il peut s’agir d’entreprises, d’organisations criminelles… Mais le plus grave reste l’impunité : les institutions n’enquêtent pas assez pour démasquer les coupables. Entre 2016 et 2024, sur plus de 1000 assassinats, le procureur général n’a prononcé que 17 condamnations pour meurtre.
Comment agissez-vous en faveur des défenseurs des droits humains en Colombie ?
C.Z. : Nous rapportons les violences dont sont victimes les défenseurs des droits humains, nous les rendons visibles aux yeux de la société civile, des institutions et de la communauté internationale et nous les dénonçons au plus haut niveau institutionnel.
Nous soutenons également les défenseurs des droits humains en Colombie grâce à un travail de suivi, de plaidoyer et d’assistance technique. Cela comprend la documentation des risques et des attaques dont sont victimes les défenseurs, la promotion de politiques publiques de protection conformes aux normes internationales et le dialogue avec les autorités nationales et les mécanismes internationaux, tels que les procédures spéciales des Nations Unies et les organes conventionnels. Nous accompagnons également les organisations locales, renforçons leurs capacités et contribuons à faire connaître la situation des défenseurs dans les territoires à haut risque.
Quels changements espérez-vous pour la Colombie ?
C.Z. : Notre gouvernement s’autodéfinit comme le « gouvernement du changement. » Certes, il est le premier gouvernement de gauche de Colombie. Malgré les efforts et les engagements importants annoncés, la violence demeure un défi majeur et nous n’avons pas encore constaté d’améliorations substantielles dans ce domaine.
Ce que j’espère avant tout, c’est la justice, car c’est ce que mérite la Colombie. Il faut que ceux qui commettent les violences armées soient punis et que les millions de victimes que compte le pays obtiennent réparation.
Vous êtes actuellement en tournée de plaidoyer en Europe. Qu’attendez-vous de cette visite ?
C.Z. : Nous sommes en Europe pour présenter le rapport annuel établi par les trois plateformes nationales de défense des droits humains en Colombie, dont nous sommes membres, sur l’agenda des droits humains du gouvernement de Gustavo Petro. Nous y présentons les bonnes initiatives et les défis qu’il reste à relever en matière de droits humains par le gouvernement. Le but est d’obtenir le soutien de l’Union Européenne et de l’international pour pousser le gouvernement colombien à agir.
Lors de notre passage à Paris, l’ACAT-France nous accompagne lors de rendez-vous essentiels auprès du ministère des Affaires étrangères, à l’ambassade de Colombie, à l’Assemblée nationale ou encore au siège de Reporters sans frontières.
Cette tournée de plaidoyer est un moment crucial car les élections présidentielles se tiendront en 2026 en Colombie, et nous souhaitons que les droits humains figurent dans les promesses de campagne des futurs candidats.