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Chine
Appel urgent

Torturé alors qu’il était détenu au secret, Ding Jiaxi fournit un témoignage rare et courageux

Arrêté en décembre 2019, le défenseur Ding Jiaxi a été placé durant six mois en “résidence surveillée dans un endroit désigné” - un procédé légal de détention au secret - avant de réapparaitre dans un centre de détention à Linshu, dans la province orientale du Shandong. Dans un appel à son avocat le 3 février 2021, il a témoigné des actes de torture subis durant cette période. Si la torture dont il fait état est loin d’être inédite en Chine, il est rare que des prisonniers encore aux mains des autorités et dans l’attente de leur procès osent en parler publiquement, par peur des représailles.
Ding Jiaxi (c) Luo Shengchun
(c) Sophie Luo / Luo Shengchun, épouse de Ding Jiaxi
Le 24 / 02 / 2021

Ding Jiaxi 丁家喜, est un ancien avocat, spécialisé dans la défense des droits humains, et un membre actif du Mouvement des nouveaux citoyens (新公民运动), un réseau informel de militants cherchant à promouvoir la transparence des affaires publiques et à dénoncer la corruption. Il avait été arrêté à Pékin au lendemain de Noël en 2019 pour avoir participé à une rencontre non officielle de militants et d’avocats à Xiamen, une ville de la côte sud-est de la Chine, et inculpé pour “incitation à la subversion de l’Etat”.

Le 20 janvier 2021, l’avocat de Ding Jiaxi, Peng Jian 彭剑, a été informé par le parquet populaire de Linyi que les faits reprochés à son client avaient été requalifiés en “subversion de l’État” (颠覆国家政权), infraction pour laquelle Ding Jiaxi pourrait être condamné à la réclusion à perpétuité si le tribunal estime qu’il a joué un rôle de “meneur”. La date du procès n’a pas été fixée et Ding Jiaxi ne peut toujours pas communiquer avec ses proches.

Néanmoins, dans l’après-midi du 3 février 2021, Ding Jiaxi a pu échanger avec son avocat par appel vidéo pour la première fois depuis son arrestation. A la suite de cette rencontre virtuelle, l’épouse de Jiaxi, Luo Shengchun 罗胜春 - qui vit aux Etats-Unis avec leurs filles - a publié un compte-rendu des révélations faites par ce dernier sur la torture qu’il a subie lors de sa détention en “résidence surveillée dans un endroit désigné” (指定居所监视居住 “residential surveillance at a designated location”, ou RSDL) entre décembre 2019 et juin 2020. Dans ce texte, l’avocat fait notamment état de pratiques d’affaiblissement physique, de privations de sommeil et d’hygiène et de privations sensorielles. Si le lieu exact de sa détention est toujours inconnu, c’est le bureau de la sécurité publique de la municipalité de Yantai dans la province du Shandong qui était responsable de sa détention.

Six mois de torture constante en détention au secret

Dès son arrestation le 26 décembre 2019, Ding Jiaxi a rapporté avoir été soumis à des privations de sommeil et des interrogatoires intensifs durant 73 jours. Puis, à la fin du mois de janvier 2020, les autorités ont diffusé le film de propagande “La stratégie de gouvernance de Xi Jinping  : les cinq dernières années en Chine” (习近平治国方略:中国这五年) dans sa cellule au volume maximal, 24 heures sur 24, durant dix jours. Selon le défenseur des droits humains, il n’a pas vu la lumière du soleil en six mois, et une lampe fluorescente était allumée en permanence, jour et nuit, dans sa cellule. Pas une fois n’a-t-il été autorisé à se laver les dents ou se doucher. Lorsqu’il sortait de sa cellule pour aller aux toilettes, son visage était couvert d’un sac en toile noire.

Ding Jiaxi a indiqué avoir refusé de fournir des informations durant les 103 premiers jours de sa détention en RSDL. Puis, entre le 1er et le 8 avril 2020, le défenseur aurait été interrogé à l’aide d’une “chaise du tigre” (老虎凳), un outil de torture physique souvent utilisé en Chine dont le Comité contre la torture a demandé l’interdiction en 2016. Il s’agit d’un siège métallique permettant d’immobiliser les pieds et les mains du détenu et d’enserrer sa poitrine, rendant la respiration très difficile. Par groupes de deux, ce sont en tout huit agents qui se relayaient pour l’interroger de 9h du matin à 6h le lendemain. Puis de 6h à 9h, il était autorisé à manger, faire quelques pas et se rendre aux toilettes, mais pas à dormir. A force de devoir rester assis dans la “chaise du tigre” durant de longues heures, ses pieds étaient très enflés et douloureux. Le matin du 7 avril 2020, Ding Jiaxi a finalement dit qu’il répondrait aux questions de ses interrogateurs, à quatre conditions : qu’il ne parle que de la rencontre de Xiamen en décembre 2019, pour laquelle il a été arrêté ; qu’il acceptait de parler des faits mais ne reconnaissait pas sa culpabilité ; qu’il n’acceptait pas d’être représenté par des avocats désignés par les autorités ; et à condition qu’il soit autorisé à dormir. Ses bourreaux ont dans un premier temps accepté ses demandes, mais sur demande de leur responsable, ils ont recommencé à l’interroger jour et nuit dès le 28 avril 2020, et ce jusqu’au 6 mai. Durant cette période, il n’aurait été autorisé à dormir que quatre heures par nuit. Devenu très faible, Ding Jiaxi se serait évanoui à deux reprises et subit des pertes de mémoire.

Mauvais traitements en centre de détention

Ce n’est qu’en juin 2020 que les autorités reconnaîtront formellement avoir arrêté Ding Jiaxi et indiqueront à sa famille sa détention à Linshu, dans la province du Shandong, sans toutefois les autoriser à lui rendre visite. Là-bas, Ding Jiaxi a dans un premier temps été affamé par les autorités, qui lui interdisaient d’accéder à l’argent envoyé par sa famille pour s’acheter de la nourriture. Les co-détenus qui tentaient de l’aider étaient réprimandés. Il n’a reçu aucune attention médicale depuis son arrestation, ce qui constitue une violation grave des droits des personnes détenues, et a récemment perdu une dent à cause de déficiences en calcium. Ding Jiaxi n’a pas non plus été autorisé à lire les 21 lettres que son épouse lui a envoyées et n’a accès à aucun livre ni journal. Seule la chaîne d’Etat CCTV tourne en boucle sur la télévision de sa cellule, qu’il partage avec 17 autres prisonniers.

A présent que la période d’enquête est terminée et que Ding Jiaxi a été formellement inculpé pour “subversion de l’Etat”, ce dernier est dans l’attente de son procès. Étant donné le traitement réservé à Ding Jiaxi en 2020, il est fort à craindre qu’il ne soit à nouveau soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements.

 

Vous souhaitez soutenir Ding Jiaxi ?
- Téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et adressez-la au Procureur général du parquet populaire de Linyi par voie postale. Vous pouvez également adresser une copie de votre lettre à l'ambassade de Chine en France.
- Tweetez, postez sur Facebook, faites-le savoir autour de vous !

 


CONTEXTE

Une décennie d’activisme

Âgé de 53 ans, Ding Jiaxi a débuté son activisme en 2010 en se mobilisant notamment pour défendre les droits des enfants des travailleurs migrants et réclamer une plus grande transparence des affaires publiques. En 2012 et 2013, il a participé à plusieurs petites manifestations à Pékin pour appeler les autorités chinoises, dont le président Xi Jinping et son premier ministre Li Keqiang, à révéler leur patrimoine personnel. Au sein du Mouvement des nouveaux citoyens, il appelait également le gouvernement à ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), signé par la Chine en 1998. En 2014, Ding Jiaxi a été condamné à trois ans et demi d’emprisonnement pour “organisation d’un rassemblement dans le but de troubler l’ordre public”. En 2018, on lui a refusé l’accès à un avion en partance pour les États-Unis, où vivent son épouse et ses filles. En 2019, les autorités l’ont empêché de se rendre à Hong Kong, affirmant qu’il “pourrait menacer la sécurité et l’intérêt de la Nation”.

Une légalisation de la détention arbitraire et secrète

Le placement en “résidence surveillée dans un endroit désigné” (RSDL) est un euphémisme qui masque une réalité brutale : la disparition forcée d’un·e individu·e suivie de sa détention à l’isolement dans des “prisons noires”. Ce système spécial, conçu pour encadrer la détention de suspects considérés comme une menace pour la sécurité nationale, prive les détenus de leurs droits et est très souvent associé à l’usage de la torture. Le code de procédure criminelle chinois fixe à six mois la durée maximum de ce régime particulièrement sévère, qui est notamment utilisé pour briser physiquement et mentalement les défenseurs des droits humains en amont de leur procès. Depuis l’entrée en vigueur en 2013 du système RSDL, des milliers de personnes, dont de nombreux défenseurs des droits et journalistes, ont été détenus jusqu’à six mois en isolement, sans pouvoir accéder aux services d’un avocat ou à des soins médicaux. Les jeunes blogueurs Wei Zhili, Ke Chengbing et Yang Zhengjun, les avocats Yu Wensheng et Xie Yang ou encore la journaliste féministe Huang Xueqin comptent parmi les victimes de ce système.

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