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Cameroun
Appel urgent

Absence de résultats d’enquête concernant le décès en détention du journaliste Samuel Wazizi

Plus de quinze mois après la disparition forcée du journaliste Samuel Ajiekah Abuwe - connu sous le nom de Samuel Wazizi - les autorités camerounaises continuent à s’enfermer dans le silence sur les circonstances de sa détention et de sa mort, apprise début juin 2020. Selon la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL), le chef de l’Etat, Paul Biya, aurait reçu les résultats de l’enquête menée par la sécurité militaire. L’ACAT-France appelle la présidence de la République du Cameroun à rendre public le rapport d’enquête et ses conclusions.
Samuel Wazizi
Le 23 / 11 / 2020

Plus de quinze mois après la disparition forcée du journaliste Samuel Ajiekah Abuwe - connu sous le nom de Samuel Wazizi - les autorités camerounaises continuent à s’enfermer dans le silence sur les circonstances de sa détention et de sa mort, apprise début juin 2020. Selon la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL), le chef de l’Etat, Paul Biya, aurait reçu les résultats de l’enquête menée par la sécurité militaire. L’ACAT-France appelle la présidence de la République du Cameroun à rendre public le rapport d’enquête et ses conclusions.

 

Samuel Wazizi, accusé d’être un « terroriste » par les autorités du Cameroun, est arrêté par la police à Buea, le 2 août 2019. Il est détenu cinq jours avant d’être transféré le 7 août, par des éléments du 21ème bataillon d’infanterie motorisée, dans une installation militaire de la même ville, située dans la région du Sud-ouest anglophone. Son avocat, Emmanuel Nkea le voit une dernière fois avant son transfert. Le journaliste de 36 ans de Chillen Muzik and TV (CMTV) lui confie avoir été arrêté à cause de ses propos critiques, tenus sur sa chaîne, sur la gestion de la crise anglophone. A partir du 7 août 2020, Samuel Wazizi est porté disparu : plus personne ne le voit ni n’entend parler de lui, y compris les membres de sa famille et ses avocats, qui tentent désespérément d’avoir de ses nouvelles, notamment via une procédure judiciaire. Il faut attendre dix mois pour que le média indépendant camerounais Équinoxe Télévision évoque son décès sur ses ondes le 2 juin 2020. Après de fortes pressions nationales et internationales, le 5 juin 2020, le colonel Serge Cyrille Atonfack, porte-parole du ministère de la Défense, déclare que Samuel Wazizi, « actif au sein d’un groupe séparatiste », est décédé d’une infection généralisée le 17 août 2019 à l’hôpital militaire de Yaoundé. Il affirme qu’« il n’a subi aucun acte de torture ou sévices corporels » et que la famille a été prévenue.

Dans son enquête, Reporters sans frontières (RSF) a pu consulter plusieurs photos du journaliste prises à Yaoundé le 13 août 2019, jour de son arrivée dans la capitale camerounaise après un transfèrement depuis Buéa. Samuel Wazizi présente de nombreuses blessures et inflammations au niveau d’un pied, d’une main et d’une épaule, qui seraient consécutives à des actes de tortures subis sur Buéa et/ou lors de son transfèrement. Ce journaliste de 36 ans ne présentait aucun problème de santé avant son arrestation. Une mort par « infection généralisée » en quelques jours seulement est peu probable.

Pendant dix mois, les autorités camerounaises ont dissimulé sa mort et refusé de fournir la moindre information sur son sort à sa famille, ses avocats et aux ONG qui les avaient interpellé.

Dans une correspondance adressée à l’ACAT-France, le 9 octobre 2020, la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL) indique qu’une enquête a été menée par la sécurité militaire et que les résultats ont été transmis au chef de l’Etat, Paul Biya. Aucune information n’a été divulguée en ce qui concerne la méthodologie d’enquête. A-t-elle été indépendante et impartiale ? Aujourd’hui, de nombreuses questions restent en suspens faute de communication des résultats d’enquête : Y a-t-il eu une autopsie du corps ? Qu’en est-il des allégations de tortures sur Samuel Wazizi ? Pourquoi les autorités camerounaises ont elles attendu dix mois pour rendre public son décès ? La publication du rapport d’enquête pourrait éventuellement permettre de vérifier cela. Alors pourquoi les autorités ne rendent-elles pas public le rapport d’enquête en sa possession ?

Jusqu’à ce jour, le corps de Samuel Wazizi n’a pas été rendu à sa famille. Les membres de sa famille réfutent avoir été informée de son décès avant le 5 juin 2020.

Les autorités camerounaises étaient responsables de sa sécurité pendant sa détention et doivent fournir un compte-rendu complet des circonstances de sa détention et de sa mort. La transparence et l’établissement des responsabilités sont indispensables pour faire la lumière sur le décès de Samuel Wazizi.

 

 

Vous souhaitez vous mobiliser pour demander au chef de l’Etat camerounais la publication des résultats de l’enquête concernant le décès de Samuel Wazizi en détention :


- Téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et adressez-la à la Présidence de la République du Cameroun par courriel, par fax ou voie postale. Vous pouvez également adresser une copie de votre lettre à l'ambassade du Cameroun en France

- Tweetez, postez sur Facebook, faites-le savoir autour de vous !

 

CONTEXTE

 

Octobre-novembre 2016 : des avocats, enseignants et étudiants anglophones protestent contre la « francophonisation » des systèmes législatif et éducatif en vigueur dans les régions anglophones. Les autorités camerounaises répriment violemment les manifestations pacifiques. Les villes de Bamenda, Buea, Kumba et Kumbo sont particulièrement touchées par la répression. Des centaines de personnes sont arrêtées. Plus de dix manifestants sont tués par balles entre octobre 2016 et février 2017. Les autorités camerounaises tentent le « black-out » : elles interdisent des organisations de la société civile, suspendent Internet et les lignes téléphoniques pendant trois mois entre janvier et avril 2017. Des groupes de militants anglophones répondent par des stratégies de désobéissance civile (boycott des écoles et opérations « ville morte »). En octobre 2017, les forces de défense et de sécurité tirent à balles réelles sur des manifestants qui célèbrent symboliquement l’indépendance des régions anglophones. Vingt personnes sont tuées, de nombreuses autres blessées. Des centaines de personnes sont de nouveau arrêtées. Des milliers fuient. Dès lors, les voix modérées anglophones sont remplacées par les appels à la lutte armée des groupes séparatistes. La guerre civile commence. Les symboles de l’État et les forces de défense et de sécurité sont attaqués. S’ensuit une militarisation des régions anglophones – avec notamment l’arrivée du Bataillon d’intervention rapide (BIR) – et une répression tous azimuts qui renforce encore davantage l’émergence de mouvements plus radicaux et violents au sein de la société anglophone.

Entre 2016 et 2019, cette guerre de basse intensité a coûté la vie à plus de 3 000 personnes et déplacé plus de 500 000 personnes.

Aujourd’hui, la situation sécuritaire dans les régions anglophones est incontrôlable. Il s’agit d’une « No go zone » où il est dangereux de se rendre. Une partie de ce territoire est administrée par des groupes séparatistes armés, qui sèment la terreur au sein des populations civiles, notamment par des exécutions sommaires de civils considérés comme proches des autorités et des attaques d'établissements scolaires dont plusieurs meurtriers. Ces groupes opèrent également des actions de guérilla contre les forces de sécurité camerounaises. Par peur des attaques des groupes séparatistes, de nombreux fonctionnaires ont fui. Seule l’armée, dernier symbole de l’État camerounais, est présente sur quelques axes routiers, bases militaires et villes et villages d’importance stratégique. Elle lance régulièrement des opérations de contre-guérilla qui se soldent parfois par des exécutions sommaires de civils. En différents endroits, de nouveaux acteurs apparaissent sans avoir de liens avec des groupes séparatistes : il s’agit de coupeurs de route et autres groupes criminels qui profitent du chaos ambiant pour rançonner citoyens et commerçants.

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