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Cameroun
Appel à mobilisation

Le militant Abdul Karim Ali doit être libéré !

Abdul Karim Ali est arbitrairement détenu depuis le 11 août 2022 pour avoir critiqué publiquement les actes de tortures commis par un officier militaire camerounais dans le Sud-Ouest et être en possession de preuves vidéos.
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© Photo Nicolas lascourrèges - Montage Coralie Pouget/ACAT-France
Le 21 / 06 / 2023

Mobilisons-nous pour demander la libération immédiate du militant Abdul Karim Ali !

Téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et retournez-la par voie postale, par voie électronique au président République du Cameroun ou directement en ligne sur le site internet de la Présidence.

Qui est Abdul Karim Ali ?

Abdul Karim Ali, 42 ans, est un défenseur des droits humains camerounais. Il a dispensé de nombreuses formations sur la paix et la sécurité au Cameroun et à l’étranger lorsqu’il dirigeait le Centre de recherche pour la paix (CRP). Depuis le début de la crise dans les régions anglophones du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun, il s’est exprimé en faveur de la paix et du respect des droits humains.

Une arrestation arbitraire

Abdul Karim Ali a été arrêté sans mandat le 11 août 2022 par des gendarmes dans le quartier de Ntamulung à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest, puis placé en détention à la gendarmerie locale. Il y est resté détenu 84 jours – dont plusieurs au secret – dans une cellule de six mètres carrés dépourvue de fenêtre, de toilette et de matelas, en compagnie de 12 autres détenus. Durant plusieurs jours, il a été privé de nourriture et d’eau. Alors qu’aucune raison officielle ne lui a été fournie pour expliquer sa garde à vue, il a été interrogé au sujet d’une vidéo enregistrée le 9 juillet 2022 et publiée sur les réseaux sociaux, vidéo dans laquelle il accusait un officier militaire camerounais – Ewome John Eko, surnommé « Moja Moja », leader d’une milice progouvernementale – d’avoir torturé des civils.

Une procédure judiciaire inique

Début novembre 2022, il a été transféré au Service central de recherches judiciaires (SCRJ) du secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé. Le 7 novembre 2022, il a été conduit pour la première fois devant le tribunal militaire de Yaoundé. Fin janvier 2023, il a été transféré à la prison centrale de Kondengui. En mars 2023, après avoir passé plus de 200 jours en détention sans inculpation, en violation du droit camerounais et des normes internationales relatives aux droits humains, Abdul Karim Ali a été officiellement inculpé pour « hostilités contre la patrie, sécession, défaut de déclaration et rébellion ». Depuis lors, plusieurs comparutions devant le juge d’instruction du tribunal militaire ont été menées. Son procès en cours devant le tribunal militaire de Yaoundé est une aberration. Posséder des vidéos de militaires en train de commettre des violations des droits humains n’est ni un crime ni un délit et le droit international interdit le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils.

Contexte

Octobre-novembre 2016 : des avocats, enseignants et étudiants anglophones protestent contre la « francophonisation » des systèmes législatif et éducatif en vigueur dans les régions anglophones du Nord-ouest et Sud-ouest et contre la marginalisation de leur territoire. Les autorités camerounaises répriment violemment les manifestations pacifiques. Les villes de Bamenda, Buea, Kumba et Kumbo sont particulièrement touchées par la répression. Des centaines de personnes sont arrêtées. Plus de dix manifestants sont tués par balles entre octobre 2016 et février 2017. Les autorités camerounaises tentent le « black-out » : elles interdisent des organisations de la société civile, suspendent Internet et les lignes téléphoniques pendant trois mois entre janvier et avril 2017. Des groupes de militants anglophones répondent par des stratégies de désobéissance civile (boycott des écoles et opérations « ville morte »). En octobre 2017, les forces de défense et de sécurité tirent à balles réelles sur des manifestants qui célèbrent symboliquement l’indépendance des régions anglophones. Vingt personnes sont tuées, de nombreuses autres blessées. Des centaines de personnes sont de nouveau arrêtées. Des milliers fuient. Dès lors, les voix modérées anglophones sont supplantées par les appels à la lutte armée des groupes séparatistes. La guerre civile commence. Les symboles de l’État et les forces de défense et de sécurité sont attaqués. S’ensuit une militarisation des régions anglophones – avec notamment l’arrivée du Bataillon d’intervention rapide (BIR) – et une répression tous azimuts qui renforce encore davantage l’émergence de mouvements plus radicaux et violents au sein de la société anglophone.

De crise à conflit

Entre 2016 et 2019, cette guerre de basse intensité a coûté la vie à plus de 3 000 personnes et déplacé plus de 500 000 personnes. Aujourd’hui, la situation sécuritaire dans les régions anglophones est incontrôlable. Il s’agit d’une « No go zone » où il est dangereux de se rendre. Une partie de ce territoire est administrée par des groupes séparatistes armés, qui sèment la terreur au sein des populations civiles, notamment par des exécutions sommaires de civils considérés comme proches des autorités et des attaques d'établissements scolaires dont plusieurs meurtriers. Ces groupes opèrent également par des actions de guérilla contre les forces de sécurité camerounaises et utilisent de plus en plus d’engins explosifs improvisés faisant régulièrement des victimes. Par peur des attaques des groupes séparatistes, de nombreux fonctionnaires ont fui. L’armée lance régulièrement des opérations de contre-guérilla qui se soldent parfois par des exécutions sommaires de civils. Lorsque des militaires sont tués lors d’embuscades menées par des séparatistes, il n’est pas rare que des opérations de représailles soient menées et ciblent les civils, considérés comme sympathisants des groupes armés : incendies de bâtiments, exécutions sommaires, arrestations suivies d’actes de tortures… Les forces armées peuvent s’appuyer localement sur des milices pro-gouvernementales qui assurent la sécurité et le renseignement dans certains territoires. En différents endroits, de nouveaux acteurs apparaissent sans avoir de liens avec des groupes séparatistes : il s’agit de coupeurs de route et autres groupes criminels qui profitent du chaos ambiant pour rançonner citoyens et commerçants.

Depuis 2017, ce conflit interne a provoqué une crise humanitaire de grande ampleur à laquelle les autorités camerounaises n’apportent que peu d’aides. Au contraire, elles restreignent la liberté des associations humanitaires présentes sur le terrain. Aujourd’hui, les civils n’ayant pas pu fuir la région sont régulièrement pris pour cible par les deux parties au conflit.

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