Mexique
Appel à mobilisation

La lutte pour la libération de Yonny Ronay continue !

Yonny Ronay a été condamné au Chiapas à une très lourde peine de prison sur la base d'aveux obtenus sous la torture et de preuves fabriquées. Récemment, un juge a reconnu des irrégularités dans son procès pénal et a ordonné de le rétablir. Une nouvelle sentence en appel devra être émise, ce qui pourrait ouvrir la voie à sa libération.
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© Photo Nicolas lascourrèges - Montage Coralie Pouget/ACAT-France
Le 07 / 12 / 2023

Mobilisons-nous pour demander la libération de Yonny Ronay !

Téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et retournez-la par voie postale ou par voie électronique à Guillermo Ramos Pérez, Président de la Cour supérieure de justice au Chiapas

Qu'est-il arrivé à Yonny Ronay ?

Le 13 mars 2019, tandis qu’il rentrait chez lui à Cintalapa, Yonny Ronay Chacón Gonzalez a été arrêté à un barrage de police à Tuxtla Gutiérrez où il étudiait. Il a été embarqué sans raison puis conduit dans les installations de la Division des enquêtes spéciales du Bureau du procureur de l’État. Là, il a subi les premières tortures pour le forcer à avouer un vol : maintien à genoux, gifles, coups avec une planche et un chiffon enroulé, simulacre de noyade et chocs électriques.

Le lendemain, on l’a fait apparaître dans la presse locale et sur les réseaux sociaux à côté d’armes lourdes pour le présenter comme un membre de gang et l’auteur d’un homicide dans une autre ville du Chiapas, celle de Villaflores. Le surlendemain, alors qu’il devait être libéré (le dossier contre lui étant vide), des policiers sont venus le chercher pour le transférer vers les services du procureur de Villaflores. Les tortures ont repris, cette fois-ci pour le forcer à avouer l’homicide évoqué dans les médias la veille.

Des certificats médicaux et des enquêtes attestent des tortures physiques et psychologiques utilisées pour le faire avouer et produire de fausses preuves contre lui. Plusieurs témoins ont affirmé que le jeune homme ne se trouvait pas à l'endroit où le meurtre dont il est accusé a été commis. Malgré cela, le 6 septembre 2021, Yonny a été condamné à 31 ans et six mois de prison.

En attente d’une justice équitable

Face à cette situation alarmante, le Centre des droits humains Frayba, partenaire d'ACAT-France au Mexique, a déposé un recours, demandant une évaluation exhaustive des violations des droits à un procès équitable et une analyse du fond de l’affaire. Il faut noter qu’un certain nombre d'incohérences ont été identifiées dans le dossier de Yonny Ronay, qui suscitent de sérieux doutes quant à la validité des preuves présentées à son encontre.

Récemment, le juge chargé de résoudre ce recours a ordonné le rétablissement du procès pénal de Yonny Ronay, reconnaissant des irrégularités dans la manière dont il s'était déroulé. De nouveaux magistrats doivent être nommés pour statuer à nouveau sur l'appel. La mobilisation doit se poursuivre pour que l'innocence de Yonny et les actes de torture et de fabrication de preuves dont il a fait l'objet soient enfin reconnus !

Contexte

Crise des droits humains à Mexique

Depuis 2006, le Mexique est le théâtre de graves violations des droits humains, voire de crimes contre l'humanité. Plusieurs états connaissent une augmentation de la présence des groupes armés qui recourent à la violence pour exercer un contrôle social, politique, économique et territorial. Les catégories les plus vulnérables paient le plus lourd tribut : homicides, torture, arrestations arbitraires, disparitions, exécutions extrajudiciaires sont le résultat de l’augmentation de cette violence. Les autorités, souvent corrompues, ne mènent pas d’enquêtes sérieuses. L’impunité est la norme.

On constate également une remilitarisation et un abus de pouvoir croissants de la part des forces de l'ordre. Les droits des peuples indigènes sont relégués au second plan, les projets de développement et la construction d'infrastructures militaires sur leurs territoires étant considérés comme relevant de la sécurité nationale. L'armée mexicaine est consolidée comme un pouvoir dominant, capable de contrôler toutes les sphères de la vie, et laisse la porte ouverte au développement d’un modèle favorisant l’extraction de ressources naturelles. Ce scénario laisse le champ libre à de graves violations des droits humains à l'encontre des communautés autochtones.

Fabrication de coupables au Chiapas : quand l'injustice remplace la justice

Au Chiapas, la fabrication de preuves remplace des enquêtes scientifiques, diligentes et respectueuses des droits humains. En effet, elle suit un schéma systématique où diverses autorités collaborent pour créer des mises en scène incriminant des personnes innocentes. Ce processus commence par des arrestations arbitraires dans la rue, souvent pour des délits tels que la possession de drogue. Pendant la détention, les personnes sont faussement accusées et soumises à des actes de torture, à l'isolement ou à des disparitions forcées. Cette période est exploitée pour fabriquer des preuves, souvent par l'anticipation d'une version des faits. Malgré les incohérences dans les preuves, les personnes sont condamnées, et dans de nombreux cas, les défenses publiques ne parviennent pas à mettre en lumière ces irrégularités.

Cette politique d’État, enracinée depuis l'ancien système pénal inquisitoire, persiste dans le système actuel, consolidé au Chiapas depuis 2016. Les personnes les plus touchées sont celles qui appartiennent aux secteurs vulnérables de la population et qui, en raison de leur situation socio-économique, ont moins de moyens juridiques et politiques pour se défendre. Au Chiapas et dans d'autres États du sud du Mexique, comme Oaxaca et Guerrero, cette situation affecte tout particulièrement la population indigène, qui fait l'objet d'une discrimination structurelle.

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