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Afrique : « La confusion entre bonne gouvernance et démocratie est préjudiciable »

Les relations entre les nouvelles sociétés civiles africaines et les pays occidentaux achoppent notamment sur la confusion entre bonne gouvernance et alternance démocratique. Entretien avec Yann Gwet, journaliste camerounais.
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En Afrique, la lutte contre la corruption est l'une des revendications majeures des populations pour une bonne gouvernance. Crédit : Flickr - futureatlas.com
Le 25 / 11 / 2017

Quelles relations les mouvements citoyens africains entretiennent-ils avec la communauté internationale ?

Yann Gwet : Il y a des prises de contact, voire des relations réelles qui se créent. Mais il y a aussi des tentatives de déstabilisation pour torpiller des mouvements qui ont un potentiel révolutionnaire et qui ont donc la possibilité de renverser l’ordre établi, contre les intérêts occidentaux. L’attitude des puissances occidentales est liée à leurs intérêts, qui ne répondent pas forcément de la même logique que les objectifs des mouvements citoyens africains.

En quoi ces logiques diffèrent ?

Y. G : Au départ, les revendications de ces mouvements portent sur la bonne gouvernance. Elles concernent des problèmes d’électricité, d’eau, de corruption, etc. Puis, elles basculent vers une simple demande de démocratisation lorsqu’ils commencent à travailler avec des groupes d'intérêts qui représentent les puissances occidentales. Cette confusion entre bonne gouvernance et démocratie est préjudiciable. La question de la démocratie est centrale en Afrique, mais quand on voit comment elle a été conçue et imposée, la manière dont elle fonctionne aujourd’hui en se résumant uniquement à la tenue d’élections, on constate qu’elle est structurée de manière à perpétuer le statu quo. S’ils veulent casser ce statu quo, les mouvements citoyens doivent porter des discours fidèles aux aspirations des populations africaines. Dès lors qu’ils abandonnent la rhétorique de la bonne gouvernance et qu’ils privilégient une demande un peu artificielle de démocratie, ils n’ont plus le bon logiciel pour changer les choses.

Comment ces mouvements composent-ils avec l’héritage colonial de leurs pays respectifs ?

Y. G : Dans la mesure où ces mouvements s’opposent à des régimes jugés néo-coloniaux, qui entretiennent des liens étroits avec les puissances occidentales, ils se retrouvent en porte-à-faux. D’une part, ils sont soutenus par des groupes d’intérêts issus des sociétés civiles occidentales, d’autre part, ils s’opposent aux régimes en place soutenus par les puissances occidentales. L’initiative de parrainage d’activistes congolais par des eurodéputés [présentée le 26 septembre 2017 au Parlement européen, ndlr] a montré les lignes de fracture qui peuvent apparaître entre les mouvements concernant les relations à avoir avec les anciennes puissances coloniales. Filimbi, qui a accepté le parrainage, et la LUCHA, qui l’a refusé, ont été en désaccord dès qu’il y a eu une intervention extérieure.

Les relations avec les puissances occidentales peuvent-elles leur porter préjudice ?

Y. G : Il ne faut pas être trop dogmatique. Dans l’histoire de l’Afrique, il y a eu des partenariats fructueux entre des mouvements contestataires africains et des groupes d'intérêts occidentaux, comme entre les indépendantistes et le Parti communiste français lors de la décolonisation. Mais il est vrai que ces accointances peuvent avoir des conséquences pour les mouvements. Alors qu’ils sont basés sur une ligne revendicative, politisée, éventuellement révolutionnaire, ils risquent de modifier leurs discours et de perdre leur potentiel de changement. Pour s’en préserver, ils doivent identifier les bons partenaires parmi les sociétés civiles occidentales, s’organiser et choisir des responsables capables de résister aux tentatives de déstabilisation.


Propos recueillis par Anna Demontis, chargée de projet éditorial à l'ACAT

Article issu du dossier« Afrique : jeunes et indignés », du Humains n°03

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