Le 19 mai 2026, Jorge Huenchullán Cayul, porte-parole traditionnel de la communauté mapuche de Temucuicui, et son épouse Carolina Padilla Manquel ont été arrêtés à leur domicile lors d’une opération militaire. Tous deux ont été placés en détention provisoire. Leur famille et leur communauté dénoncent une opération destinée à criminaliser leur engagement et, plus largement, les revendications du peuple mapuche.
Une autorité traditionnelle mapuche arrêtée au cours d’une opération militaire
Jorge Huenchullán Cayul est un werken, porte-parole traditionnel de la communauté autonome de Temucuicui, située près d’Ercilla, en Araucanie. Il est également reconnu comme kimche, une personne dépositaire de connaissances et de la mémoire du peuple. Depuis de nombreuses années, il participe à la défense des droits collectifs et territoriaux de sa communauté.
Le 19 mai 2026, vers trois heures du matin, des membres de la police d’investigation et de l’armée sont entrés dans la communauté dans le cadre de l’opération « Tridente ». Des moyens considérables ont été déployés pour arrêter Jorge et Carolina : armes de gros calibre, véhicules blindés et évacuation par hélicoptère militaire. Selon leur famille, un enfant se trouvait au domicile au moment de l’intervention. Le couple a choisi de ne pas résister afin d’éviter une confrontation susceptible de mettre en danger les membres de la communauté.
Jorge faisait l’objet de mandats d’arrêt depuis 2021 pour des faits qualifiés par les autorités de trafic de stupéfiants, de détention illégale d’armes et d’usurpation non violente. Carolina était également recherchée dans le cadre d’une procédure liée à la législation sur les stupéfiants. À la suite de leur arrestation, tous deux ont été placés en détention provisoire. Jorge a été incarcéré dans le quartier réservé aux prisonniers mapuches de la prison d’Angol.
La mise en scène militaire et médiatique de leur arrestation a immédiatement présenté Jorge et Carolina comme des criminels dangereux. La famille dénonce l’utilisation de Jorge comme un « trophée médiatique » permettant aux autorités d’afficher leur contrôle sur Temucuicui. Elle conteste les accusations portées contre le couple et considère cette procédure comme une nouvelle étape de la persécution visant Jorge en raison de son rôle de werken et de son engagement territorial.
Une famille et une communauté prises pour cible
L’arrestation de Jorge et Carolina porte atteinte à l’ensemble de leur famille. Leur enfant a été directement exposé à une intervention lourdement armée et se trouve désormais privé de ses deux parents. La violence du dispositif déployé au sein même de leur domicile révèle une volonté d’intimider, au-delà du couple, les personnes vivant dans la communauté.
La situation médicale de Jorge suscite également de fortes inquiétudes. Selon ses proches, il souffre encore de séquelles liées à un Covid-long.
Jorge avait déjà été poursuivi à de nombreuses reprises. Il avait notamment été arrêté dans le cadre de l’opération « Huracán », une affaire dans laquelle de faux échanges téléphoniques avaient été fabriqués par des policiers afin d’accuser plusieurs dirigeants mapuches d’appartenir à une organisation terroriste. Cette manipulation, révélée par la justice chilienne, illustre les méthodes déjà employées pour construire artificiellement des accusations contre des représentants mapuches.
Contexte : la criminalisation des revendications du peuple mapuche
Le peuple mapuche est engagé dans un conflit historique avec l’État chilien autour de la restitution de ses terres ancestrales, de la reconnaissance de son autonomie et de la protection de son territoire. Une grande partie de ces terres est aujourd’hui occupée ou exploitée par des propriétaires privés et de grandes entreprises.
La communauté autonome de Temucuicui est devenue l’un des symboles de cette lutte territoriale. Elle a notamment participé à la récupération de terres autrefois exploitées par l’entreprise Mininco. En raison de cette mobilisation, ses autorités et ses habitants font depuis des années l’objet d’opérations policières, de poursuites pénales et d’une forte stigmatisation politique et médiatique.
Dans la région de l’Araucanie, les gouvernements successifs ont répondu au conflit territorial par le déploiement des forces armées et la reconduction de régimes d’exception. Cette militarisation expose les communautés mapuches à une surveillance permanente, à des perquisitions violentes et à l’utilisation disproportionnée de la force. Les instances internationales et les organisations de la société civile alertent constamment sur la criminalisation des mobilisations mapuches et sur l’emploi discriminatoire de la législation pénale contre leurs autorités traditionnelles.
L’arrestation de Jorge et Carolina ne constitue donc pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une politique qui transforme les revendications territoriales en menaces pour la sécurité, présente les communautés mapuches comme des ennemies intérieures et cherche à affaiblir leurs formes d’organisation et de représentation.
Appel à l’action
L’ACAT-France appelle les autorités chiliennes à libérer immédiatement Jorge Huenchullán Cayul et Carolina Padilla Manquel et à mettre fin aux poursuites engagées contre eux dans le cadre de cette opération de criminalisation.
Elle demande que Jorge bénéficie sans délai d’un examen médical indépendant et des soins nécessités par son état de santé. Elle appelle également les autorités à mettre fin à la stigmatisation publique du couple et de sa famille.
L’ACAT-France demande enfin à l’État chilien de mettre fin à la militarisation des territoires mapuches, aux opérations policières disproportionnées et à l’utilisation de procédures pénales pour réprimer les autorités traditionnelles et étouffer les revendications collectives et territoriales du peuple mapuche.