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Harcèlement d’un couple de détenus qui a dénoncé ses tortures

Il y a deux ans Cristel Fabiola Piña Jasso et son époux Leonardo de la O Ramos ont été arrêtés et torturés par des policiers de l’État de Chihuahua. Ils ont dénoncé les faits. Depuis, ils sont soumis à des menaces constantes en représailles.
Cristel
CRÉDITS : Centro ProDH
Le 24 / 08 / 2015

Il y a deux ans, le 12 août 2013, Cristel Fabiola Piña Jasso et son époux Leonardo de la O Ramos ont été arrêtés chez eux, sans mandat, et torturés par des agents de la police de l’État de Chihuahua. Les policiers les ont contraints d’avouer des rackets. Le couple et leurs proches ont dénoncé les tortures. Ils sont soumis à des menaces constantes en représailles.

Cristel et Leonardo ont été torturés physiquement, tour à tour et l’un devant l’autre, pour avouer. Cristel a également été abusée sexuellement. Dans les locaux du ministère public, le couple a été contraint de signer des aveux, en présence de la police judicaire et d’un avocat commis d’office. Le lendemain le père de Cristel, Rafael Piña, lui a rendu visite et a protesté en voyant ses hématomes, mais des policiers ont menacé de le faire accuser à son tour.

Devant le juge, Cristel s’est rétractée et a dénoncé ses tortures. Mais aucune enquête n’a été diligentée, et les aveux ont été jugés recevables. Cristel et Leonardo sont emprisonnés depuis dans l’attente de leur procès.

Une plainte a été déposée auprès de la Commission des droits de l’homme de l’État de Chihuahua. Cette dernière a beaucoup tardé pour ouvrir l’enquête et rendre visite à Cristel et Leonardo en prison. Ses conclusions n’ont toujours pas été rendues publiques.

Le couple et leurs proches subissent des menaces incessantes depuis des mois. Le 7 janvier, le père de Cristel a été suivi vingt minutes par un fourgon de la police judiciaire. Le 10 mars, les époux ont reçu des menaces de mort contre eux et leurs familles. Mi-mai, deux unités de la police judicaire sont restées postées deux heures devant le domicile du père de Cristel. Fin juin, ce dernier a reçu un appel menaçant : « On sait ce que vous faites. On sait tout. Souviens-toi que tu as des enfants... ». Leonardo est régulièrement menacé par les gardiens et des codétenus.

 

Contexte

Les ravages de la « guerre contre le crime »

La torture ne recule pas au Mexique. Pire, la pratique est en nette recrudescence depuis 2006 et la politique de « guerre contre le crime » à laquelle l’actuel président Enrique Peña Nieto est loin d’avoir mis fin. La Commission nationale des droits de l’homme a enregistré une augmentation des plaintes, au plan fédéral, de l’ordre de 600% entre 2003 et 2013. Ces chiffres ne prennent pas en compte les cas, plus nombreux et moins bien recensés encore, au niveau des États. Une minorité de victimes ose porter plainte par peur de représailles ou manque de confiance dans les institutions.

Les personnes suspectées d’appartenir au crime organisé sont les plus vulnérables. Le plus souvent, il s’agit de personnes aux faibles ressources économiques et socialement marginalisées ou discriminées : les mineurs de quartiers pauvres, les migrants centraméricains, les indigènes, les femmes. Tous constituent des coupables faciles à fabriquer et à faire avouer dans un système où la communication sur la rapidité et le taux élevé de résolution des affaires prime sur la preuve scientifique des faits.

Les épisodes de torture les plus sévères ont généralement lieu au cours des premières heures, aux mains de policiers ou de militaires.

Complicité d’opérateurs de justice et de médecins

Les services des procureurs couvrent, voire participent à ces pratiques afin de consigner des aveux dans une première déposition. Des médecins apportent leurs conseils ou dissimulent les marques a posteriori. Les avocats assistent rarement leurs clients dans la dénonciation des violations des droits de l’homme, particulièrement lorsqu’il s’agit d’avocats commis d’office (qui dépendent du ministère public). En cas d’allégations de torture, peu de juges ordonnent une enquête.

D’après le Conseil fédéral de la magistrature, seules quatre condamnations pour torture ont été prononcées entre 2005 et 2013. En 2013, l’État de Chihuahua n’avait procédé à aucune inculpation pour torture depuis 2000.

L’ACAT a déjà mené plusieurs actions en faveur de Cristel Fabiola Piña Jasso et Leonardo de la O Ramos.

 

Vous voulez agir en faveur de Cristel Fabiola Piña Jasso et son époux Leonardo de la O Ramosenvoyez cette lettre aux autorités mexicaines.

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