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S’opposer à la peine de mort en correspondant avec des condamnés américains

Depuis plus 20 ans, l’ACAT propose de briser l’isolement et la souffrance psychique des condamnés à mort aux États-Unis en répondant à leurs demandes de correspondances épistolaires.
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Crédits : Thomas Hawk / Flickr Creative Commons
Le 09 / 10 / 2014

Membre de la Coalition mondiale contre la peine de mort, l’ACAT s’associe à la journée mondiale contre la peine de mort, consacrée à la dénonciation de la l’application de la peine capitale au mépris de la santé[W1]  mentale. Depuis plus 20 ans, l’ACAT propose de briser l’isolement et la souffrance psychique des condamnés à mort aux États-Unis en répondant à leurs demandes de correspondances épistolaires.

Les Etats-Unis, un poids lourd de la peine de mort

En 2014, les États-Unis se classent toujours au cinquième rang du nombre d’exécutions dans le monde, derrière la Chine, l’Iran, l’Irak et l’Arabie saoudite. La peine de mort peut encore être prononcée dans 32 États fédérés ainsi que par la justice civile fédérale et par la juridiction militaire. Ce 10 octobre 2014, 1 389 détenus ont été exécutés depuis le rétablissement de la peine capitale aux États-Unis en 1977, 30 depuis le début de l’année. 147 détenus des couloirs de la mort ont été innocentés depuis 1973.

En avril 2014, 3 054 personnes étaient en attente de leur exécution aux États-Unis. Entre la condamnation, les procédures d’appel et l’exécution, il s’écoule de nombreuses années. En moyenne, les condamnés à mort passent plus d’une décennie en prison avant d’être exécutés, dans certains cas cela va au-delà de 20 ans. Les conditions de détention de ces condamnés sont particulièrement dures. Ils passent le plus souvent 23 heures par jour à l’isolement et sont exclus des programmes d’éducation et de travail. Toute la sécurité autour d’eux est renforcée, les visites et les promenades sont très limitées. Beaucoup ont été rejetés par leur famille et leurs proches. Dans certains États, comme le Texas, tout contact physique est proscrit, les visites ont lieu derrière une vitre.

Pour certains condamnés, cet isolement ajouté au syndrome du couloir de la mort – passer sans cesse par des émotions contraires entre l’espoir et le désespoir de pouvoir en sortir, assister de façon impuissante à l’exécution de codétenus - entraîne une grave détérioration de leur état mental. Sans compter qu’une bonne partie des condamnés à mort sont, à la base, des personnes souffrant de maladies et de désordres mentaux. En 2002, dans le cadre du jugement Atkins contre l’État de Virginie, la Cour suprême a interdit l’exécution de ces personnes ; leur handicap peut les rendre plus vulnérables à la pression de criminels cherchant à les entraîner dans leurs activités ou de policiers les interrogeant afin d’obtenir des aveux. Cependant, selon Stephen Greenspan, un psychologue qui témoigne régulièrement devant la justice américaine dans des affaires de peine de mort, actuellement moins d’un accusé sur quatre qui plaident le handicap mental est finalement exempté. Il dénonce par ailleurs le manque de précision et de constance dans l’évaluation du handicap mental ainsi que l’abaissement des critères d’applicabilité : « Il y a le problème du seuil de quotient intellectuel : dans les années 1960, il était fixé à 85, aujourd’hui c’est 70. Si votre QI est de 69, vous pouvez vivre, s’il est de 71, vous pouvez mourir, bien que ce nombre ne soit pas très fiable. »

La correspondance avec un condamné, une expérience riche et unique

L’ACAT propose d’établir des correspondances par courrier avec les détenus des couloirs de la mort qui en ont fait la demande. Une expérience particulièrement enrichissante pour les deux parties. Pour les condamnés, ces correspondances répondent au besoin de se projeter hors d’eux-mêmes et de lutter contre le processus de déshumanisation des couloirs de la mort. L’échange revêt aussi parfois une dimension spirituelle, et peut permettre une réelle communion entre le correspondant et le condamné, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent. Pour les prisonniers, la relation directe ainsi que l’amitié des correspondants est essentielle pour rester debout. De nombreux prisonniers sont dans l’attente d’un tel échange (l’ACAT compte une soixantaine de condamnés sur liste d’attente en permanence).

Aucune compétence particulière n’est requise pour correspondre avec un condamné à mort en dehors du fait que les échanges se font en anglais ou en espagnol. Les correspondants doivent bien mesurer l’importance d’un tel engagement ainsi que les difficultés auxquels les détenus peuvent faire face. Parfois les prisonniers sont physiquement ou moralement affaiblis et ne peuvent pas répondre de façon régulière. C’est dans ces moments qu’un soutien continu leur est indispensable. Il s’agit d’un engagement à long terme, d’une responsabilité qu’on ne peut abandonner en cours de route, et qui, bien souvent, se conclut par l’exécution de la personne avec laquelle se sont noués des liens affectifs forts.

Une correspondance suivie constitue une expérience riche et unique pour la personne qui accompagne le condamné. C’est aussi d’un engagement à long terme, parfois éprouvant. Mais avant tout, il s’agit d’un soutien moral inestimable pour les détenus des couloirs de la mort.

Anne Boucher, responsable des programmes Amériques à l’ACAT

Renseignements au 01 40 40 42 43 et en suivant ce lien

Témoignage de Charles Flores, condamné à mort au Texas

« Cette maison de la torture est un obscur secret: la façon dont les prisonniers sont traités est inhumaine et les responsables ne veulent pas que les informations filtrent. Ils ne veulent pas que vous voyiez comment ce confinement solitaire prolongé continue à briser les esprits, les corps et les âmes de tous ces prisonniers contraints de souffrir dans une cellule de 2,7 m sur 3,6 m, 22 heures par jour, pour le restant de leur vie. (...) une situation si terrible qu’un de mes amis proches a été brisé par cet enfer et a choisi de se désister de ses appels pour se porter volontaire à l’exécution. »

« Un individu condamné à mort est considéré comme un sous-homme (...). Quand je repense à mes débuts dans le couloir de la mort au Texas, par moments je commençais vraiment à croire ce mensonge. (...) Puis je me suis mis à écrire, à me faire des amis et à créer des liens durables, j’ai entrevu le mensonge caché derrière tout ça. Je suis humain et je mérite de vivre. Ma valeur transparaît dans les lettres que mes précieux amis m’envoient. »


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