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Peine de mort : déclin ou recrudescence ?

A la fin de mai 2015, l’Arabie saoudite avait déjà exécuté 90 condamnés : autant que durant toute l’année précédente. Le recours accru à la peine capitale en Arabie saoudite, hélas, n’est pas un cas isolé. La peine de mort est-elle vraiment condamnée à disparaître ?
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Crédits : peppergrass / Flickr Creative Commons
Le 23 / 09 / 2015

« Recrute huit bourreaux pour exécuter les peines de mort et les amputations. » L’annonce en apparence anodine postée en mai 2015 par les autorités saoudiennes pour recruter – au plus bas salaire de l’administration – des « fonctionnaires religieux » chargés d’exécuter les condamnés, fait froid dans le dos. A la fin de mai 2015, l’Arabie saoudite avait déjà exécuté 90 condamnés : autant que durant toute l’année précédente. Le recours accru à la peine capitale en Arabie saoudite, hélas, n’est pas un cas isolé. La peine de mort est-elle vraiment condamnée à disparaître ?

Récemment, on a assisté à un recours accru à la peine de mort dans de nombreux pays ces dernières années: le Pakistan et la Jordanie ont repris les exécutions. Aux Maldives, la peine capitale a été rétablie l’année dernière… pour les mineurs. Au Nigeria et en Egypte, les tribunaux ont prononcé en 2014 des condamnations collectives dans des contextes de conflit interne et d’instabilité politique. Dernier en date : le Tchad, dont le Parlement a réintroduit la peine capitale fin juillet 2015, afin de punir les auteurs d’actes « terroristes ». Peut-on croire sérieusement que des terroristes prêts – ou même désireux – de mourir en martyrs soient dissuadés par la peine de mort ? Rien n’y fait : la lutte contre le terrorisme est prétexte dans de multiples pays à un recours accru aux condamnations à mort.

500 de plus !

Pourtant, les exécutions ne sont pas dissuasives en ce qui qui concerne les terroristes, pas plus qu’elles ne permettent de lutter efficacement contre le narcotrafic, alors que de nombreux états en font l’outil numéro 1 de leur lutte anti-drogue, comme le rappelle la condamnation très médiatisée de Serge Atlaoui. Elle n’infléchit pas non plus la courbe générale de la criminalité.  Aux Etats-Unis, les Etats qui pratiquent la peine de mort connaissent un taux d’homicide plus important que les Etats abolitionnistes : 5,26 meurtres pour 100 000 habitants en 2009 contre 3,9. La peine de mort ne sert à rien : la punition d’un crime par un autre crime est tout simplement contradictoire.

En 2014, au moins 2466 condamnations à mort ont été prononcées : plus de 500 en plus par rapport à  2013 ! Au moins 603 personnes ont été exécutées, sans tenir compte des pays qui ne recensent pas le nombre des exécutions, comme la Chine et la Corée du Nord, où des milliers de personnes sont exécutées chaque année. 22 pays ont exécuté des condamnés à mort en 2014. Parmi les pays recensés, l'Iran arrive largement en tête avec 289 exécutions, devant l'Arabie saoudite (88), l'Irak (61) et les Etats-Unis (35).

Qu’on pende, qu’on électrocute…

Aux Etats-Unis, le nombre d’exécutions a connu une légère baisse avec 35 exécutions en 2014 contre 39 en 2013. Cependant cette tendance est notamment due aux problèmes d’approvisionnement en produits chimiques nécessaires pour l’injection létale. La dernière décision de la Cour suprême en la matière a été un choc. La Cour a jugé conforme à la constitution américaine une méthode controversée d'exécution par injection létale. En se penchant sur la légalité des méthodes d’exécution, elle a contribué à occulter la question centrale, si bien résumée par Robert Badinter : « Qu’on pende, qu’on électrocute, qu’on empoisonne, qu’on coupe à la guillotine, le problème, c’est l’abolition ! »

Alors, comme l’affirmait l'ancien garde des Sceaux, la peine de mort est-elle vraiment « vouée à disparaître » ? Est-elle au moins en déclin ? Aujourd’hui, on assiste à un mouvement contradictoire. Alors qu’en décembre 2014, un vote record de 117 Etats à l’Assemblée générale de l’ONU s’est prononcé en faveur d’un moratoire international sur la peine de mort, plusieurs pays font ainsi le chemin inverse.

Pour « renverser » cette tendance, il faut compter notamment sur le poids de la société civile ainsi que sur le courage de juges et hommes politiques qui prennent le risque d’aller à contre-courant, en sentant parfois bien seuls, comme à Taiwan ou en Mongolie. Des hommes et des femmes qui osent dire que la peine de mort est non seulement inutile, mais qu’elle est aussi d’une intolérable cruauté.  

Au Japon, Hakamada Iwao a été condamné à mort en 1968... avant d’être libéré en 2014. Il était seul dans une cellule minuscule. Chaque matin, il guettait les pas des gardiens et le tintement des clefs qui s’approchaient, se demandant s’il allait être exécuté le jour-même. Chaque matin, pendant 46 ans.


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