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Mauritanie
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Treize militants de l’IRA-Mauritanie, condamnés, transférés loin de leurs avocats et proches

Alors qu'ils préparaient leur défense en vue de leur procès en appel, 13 militants anti-esclavage ont été transférés, sans raison, dans une prison en plein désert à plus de 700 km de la capitale Nouakchott, où sont basés leurs avocats. Il s'agit d'une énième atteinte aux droits fondamentaux de ces militants, injustement arrêtés, condamnés et emprisonnés du fait de leurs activités pacifiques de lutte contre l'esclavage en Mauritanie.
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Le 03 / 10 / 2016

Dans la nuit du 27 au 28 septembre 2016, treize militants de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA) emprisonnés – Amadou Tidiane Diop, Abdallahi Abdou Diop, Abadalli Seck, Moussa Biram, Jemal Bleyil, Balla Touré, Hamady Lehbouss, Mohamed Daty, Mohamed Jarroulah, Khrtzy Rahel, Ousmane Lô, Ousmane Anne et Ahmaed Hamar Vall – ont été transférés, sans raison apparente, de la prison de Nouakchott à celle de Zouerate, située à Bir Moghrein, dans le grand Nord. Cette mesure d’éloignement à plus de 700 km de la capitale pénalise fortement ces treize militants de l’IRA, qui avaient fait appel de leur condamnation à Nouakchott.

 

Dorénavant, il va être très difficile pour eux de rencontrer leurs avocats – basés dans la capitale – et de préparer leur défense en vue de leur procès en appel.

Ces treize militants de l’IRA ont été condamnés, en août 2016, à des peines allant de 3 à 15 ans pour leur implication dans les violences survenues le 29 juin 2016 lors du déplacement forcé d’habitants du bidonville de Ksar, situé dans la banlieue de Nouakchott. Aucun d’entre eux n’était pourtant présent sur les lieux de ces violences spontanées.

Plusieurs ont fait l’objet de mauvais traitements durant leur garde à vue. Abadalli Seck, Balla Touré, Jemal Bleyil et Moussa Biram, auraient été mis dans des positions douloureuses pendant des heures, pieds et mains liés par des menottes très serrées, suspendus par des cordes. Amadou Tidiane Diop aurait été déshabillé, insulté, menacé de mort et se serait vu forcé de manger plusieurs repas agrémentés de sable sans pouvoir s'hydrater.

Ces militants de l’IRA ont donné plusieurs noms de commissaires de police, d’inspecteurs, d’officiers et de brigadiers chefs qui auraient participé à ces mauvais traitements.

Conformément au mandat et aux missions de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) mauritanienne, cette dernière devrait s’autosaisir de cette affaire. Exhortons-là à le faire ! Interpellons publiquement sa Présidente en ce sens !

 

Contexte

 

Une volonté de réduire à néant l’IRA-Mauritanie

Depuis la création de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA-Mauritanie) en 2008, les autorités mauritaniennes n’ont toujours pas reconnu le statut officiel de cette association malgré plusieurs demandes en ce sens. Au contraire, depuis plusieurs années, les membres de l’IRA font l’objet d’une vague ininterrompue d’intimidations, de menaces de mort, d’arrestations et de harcèlements judiciaires destinés à réduire à néant cette organisation qui développe ses antennes à travers tout le pays au sein de la communauté Harratine (musulmans négro-mauritaniens victimes d’esclavage) et au niveau international avec les associations de lutte contre l’esclavage.

Alors que l’IRA-Mauritanie entreprend début novembre 2014 une campagne de sensibilisation de plusieurs villages de la vallée du fleuve Sénégal aux problèmes de l’esclavage foncier, les autorités mauritaniennes y voient l’occasion d’arrêter le président de l’IRA-Mauritanie, Biram Dah Abeid. Le 11 novembre, il est arrêté. Dans les jours qui suivent, la répression contre l’IRA s’accentue : interdiction de sit-in de soutien aux personnes arrêtées, nouvelles arrestations de sympathisants et militants de l’IRA, fermeture du siège de l’IRA. En janvier 2015, il est condamné à deux ans de prison pour « appartenance à une organisation non reconnue, rassemblement non autorisé, appel à rassemblement non autorisé et violence contre la force publique ». Le 17 mai 2016, la Cour Suprême requalifie les faits en « attroupement maintenu après les premières sommations », passible de deux mois à un an de prison selon la loi. Après 18 mois de détention M. Dah Abeid est libéré sur décision de la justice.

 

Une abolition de façade de l’esclavage ?

Malgré son abolition officielle en 1981 et sa criminalisation en 2007, l’esclavage reste une pratique endémique en Mauritanie et les esclavagistes jouissent trop souvent d’une impunité notoire qui met en danger les victimes et les défenseurs qui les soutiennent. 

 

 

Vous pouvez agir en leur faveur en envoyant cette lettre.

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