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Le militant politique égypto-palestinien Ramy Shaath arrêté

Le 5 juillet dernier, Ramy Shaath, un activiste politique connu en Egypte, est arrêté et poursuivi pour assistance à un groupe terroriste tandis que son épouse française est expulsée vers la France.
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Ramy Shaath
Le 05 / 09 / 2019

Après un mois et demi d’attente et de négociation, la famille de Ramy Shaath a annoncé publiquement le 21 août 2019 sa détention par les autorités égyptiennes. Son épouse, Céline Lebrun Shaath, une enseignante française résidant au Caire depuis 7 ans et mariée à Ramy depuis tout juste un an, était présente lors de son arrestation. Elle a immédiatement été expulsée vers la France sans pouvoir prévenir les autorités consulaires françaises. Elle est désormais interdite de séjour en Egypte et ne peut donc rendre visite à son époux.

 Ramy Shaath, fils de l’homme d’État palestinien Nabil Shaath, est un acteur important de la scène politique palestinienne et égyptienne de 48 ans. Habitant au Caire depuis 1977, Ramy fut lui-même un conseiller de Yasser Arafat. Il se fit également connaître pendant la révolution égyptienne de 2011 et contribua à la création de divers partis, mouvements et coalitions de gauche, libéraux ou pro-démocratie. Depuis 2015, il coordonne la branche égyptienne du mouvement BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions), une campagne internationale faisant pression sur Israël pour le respect des droits des Palestiniens. Juste avant son arrestation, Ramy avait exprimé publiquement son opposition au Deal du Siècle pour la Palestine proposé par l’administration Trump, critiquant également le soutien de l’Égypte à cette initiative. Les militants du mouvement BDS font l’objet de nombreuses restrictions et poursuites judiciaires dans plusieurs pays, y compris en Europe comme en France, visant à neutraliser le mouvement.

Arrêté à son domicile le 5 juillet après minuit par une douzaine d’agents lourdement armés sans qu’aucun mandat ou motif ne lui ait été présenté, Ramy Shaath ne réapparait que 36 heures plus tard devant le parquet de la Sûreté de l’État, sans avoir pu contacter son avocat ou sa famille. Malgré l’absence de toute preuve et de base légale incriminant ses activités pacifiques, il est accusé d’assistance à un groupe terroriste et a été rajouté à une affaire pénale déjà existante dans laquelle sont poursuivis plusieurs militants et opposants politiques. Durant son premier mois de détention, il s’est retrouvé dans une cellule d’environ 30 m2, regroupant une trentaine de prisonniers, certains avec des maladies, sans espace pour s’allonger ni temps de sortie. En raison de son taux de cholestérol élevé, la famille de Ramy s’inquiète de ces conditions difficiles de détention, bien qu’il ait depuis été transféré dans une cellule avec des conditions légèrement meilleures (plus d’espace, 1 heure en extérieur par jour…). Sa famille, à l’exception de son épouse bloquée en France, est autorisée à une visite hebdomadaire de 20 minutes. Malgré des promesses d’une libération prochaine par les autorités égyptiennes, sa détention est renouvelée toutes les deux semaines, la dernière fois le 27 août 2019.

La Sûreté de l’État égyptienne harcèle Ramy depuis déjà de nombreuses années pour ses prises de position et son activisme politique. En avril 2012, les autorités égyptiennes ont refusé de renouveler son passeport, affirmant qu'il n’était pas Égyptien mais uniquement Palestinien. Ramy a obtenu gain de cause en mars 2013 et son passeport égyptien lui a été délivré à nouveau. Mais l'État a fait appel de ce verdict en 2018, tentant une nouvelle fois de priver Ramy de sa nationalité.

 

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CONTEXTE

Depuis la reprise du pouvoir par le régime militaire en 2013, l’Egypte connaît une dégradation extrêmement préoccupante en matière de droits humains. Pourtant, avec la Révolution du 25 janvier 2011, un espoir était né pour les Egyptiens rêvant d’un pays plus respectueux de la dignité humaine et de l’état de droit. Cependant, l’establishment militaire a toujours réussi à garder la main sur les affaires, empêchant ainsi tout pouvoir indépendant et démocratique de s’établir tout en utilisant habilement les failles et les erreurs des nouveaux dirigeants. La situation a définitivement basculé le 14 août 2013 lorsque les forces de sécurité, sous le commandement du Général Abdelfattah al-Sissi, massacrent les partisans du président Mohamed Morsi rassemblés sur les places de Rabaa et Ennahda au Caire, faisant entre 800 et 1000 morts selon différentes organisations des droits humains.

Très vite, al-Sissi s’impose comme l’homme fort de l’Egypte et réussit à se faire élire en 2014, puis à nouveau en 2018, remportant à chaque fois 97% des voix. De nouveaux amendements constitutionnels adoptés en avril dernier permettent à al-Sissi de rester au pouvoir jusqu’en 2030 tout en faisant de l’armée « la garante de la démocratie, de la constitution et du caractère civil de l’État ». Cette modification entérine ainsi la possibilité pour l’armée d’intervenir à tout moment dans la vie politique, en s’opposant par exemple à des résultats électoraux qu’elle considérerait comme menaçant la démocratie, constitutionnalisant ainsi le coup d’état militaire.

Entre-temps, le régime s’est attaqué à toute opposition en commençant par les Frères musulmans, désignés comme groupe terroriste et dont est issu Mohamed Morsi – le premier président égyptien élu démocratiquement et récemment décédé en détention. Les autres mouvements politiques démocratiques, de gauche ou laïcs subissent également la répression. Les militaires s’en prennent aussi aux médias indépendants ainsi qu’aux activistes et défenseur·e·s des droits humains. Parallèlement, les actes de terrorisme explosent et le régime y répond par toujours plus de répression : arrestations arbitraires, recours à la torture, procès inéquitables, condamnations à morts et exécutions, disparitions forcées et exécutions extra-judiciaires deviennent courants voire systématiques, entrainant encore plus de radicalisation.

La dernière vague d’arrestation date de juin 2019 et concerne au moins 15 acteurs et militants politiques pacifistes identifiés comme à gauche ou laïcs et qui préparaient une nouvelle coalition politique en vue des élections parlementaires fin 2020. Environ une centaine de personnes sont poursuivies dans cette affaire dite du plan Espoir, avec gel de leurs avoirs et interdiction de quitter le territoire pour nombre d’entre elles quand elles ne sont pas déjà incarcérées. C’est justement à cette affaire que le cas de Ramy Shaath a été rajouté. Les autorités les accusent notamment d’assistance à une organisation terroriste, d’appartenance à un groupe terroriste et de diffusion de fausses informations.

Ce type d’accusation est régulièrement émise par le régime égyptien envers les militants politiques pacifistes et les défenseur·e·s des droits humains. En invoquant des liens supposés avec les Frères musulmans, le pouvoir poursuit ainsi ces personnalités de la société civile et de mouvements politiques laïcs ou de gauche devant des tribunaux spéciaux dit de la Sûreté de l’Etat, qui traitent des affaires terroristes. Comme lors des élections présidentielles de 2018, ces arrestations visent à empêcher toute compétition politique réelle lors des prochaines élections parlementaires de 2020.

 

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