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Détention arbitraire d’un prisonnier politique

Le 3 octobre 2019, le Président de la République du Cameroun a décidé de libérer 333 personnes arrêtées dans le contexte du conflit dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mancho Bibixy, emprisonné depuis le 19 janvier 2017, n’a pas bénéficié de ce geste présidentiel. Il est toujours emprisonné à Yaoundé. Le 15 août 2019, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait pourtant rendu un avis (n°46/2019) appelant les autorités camerounaises à le libérer immédiatement.
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Le 14 / 10 / 2019

Le 3 octobre 2019, le Président de la République du Cameroun a décidé de libérer 333 personnes arrêtées dans le contexte du conflit dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mancho Bibixy, emprisonné depuis le 19 janvier 2017, n’a pas bénéficié de ce geste présidentiel. Il est toujours emprisonné à Yaoundé. Le 15 août 2019, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait pourtant rendu un avis (n°46/2019) appelant les autorités camerounaises à le libérer immédiatement.

 

Mancho Bibixy est détenu dans la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, capitale du Cameroun, dans une cellule insalubre avec quinze autres détenus. Sa santé s’est détériorée du fait des mauvaises conditions de détention et il ne peut communiquer avec sa famille que sur autorisation du Procureur et en payant des frais. Comme nombre de Camerounais, l’ancien journaliste d’Abakwa FM – station radio basée à bamenda – a suivi, à distance, la grave détérioration de la situation sécuritaire dans sa région natale, aujourd’hui en proie à une véritable guerre civile entre des séparatistes anglophones et les forces de défense et de sécurité camerounaises. En effet, le 19 janvier 2017, date à laquelle Mancho Bibixy a été arrêté par des militaires – sans mandat ni explications orales – la situation dans la région anglophone n’était pas aussi dramatique qu’aujourd’hui. Certes, les populations manifestaient pour dénoncer la marginalisation dont elles faisaient l’objet de la part de l’État central et il en était l’un des leaders connus. Mais leurs actions étaient pacifiques. La réponse des autorités elle, fut très violente : répression des manifestations (notamment à balles réelles), arrestations massives, usage de la torture, humiliations et intimidations… 

Alors que le droit international interdit le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils, le procès de Mancho Bibixy a débuté le 1er février 2017 devant le tribunal militaire de Yaoundé. Après plus de quatorze report d’audiences, le 25 mai 2018, la justice militaire l’a condamné à 15 ans de prison ferme et à une amende de 268 millions de francs CFA (environ 409 000 euros) pour « actes de terrorisme, sécession, propagation de fausses informations, révolution, insurrection, mépris des organismes publics et des fonctionnaires et, hostilité contre la patrie » sur la base de la Loi N°2014/028 du 23 décembre 2014 portant répression des actes de terrorisme ; une loi reconnue comme étant liberticide par plusieurs experts des Nations unies. Etant donné qu’il n’y a aucun recours effectif devant les tribunaux militaires, Mancho Bibixy n’a pas pu faire appel de sa condamnation.

Mancho Bibixy est privé de liberté depuis plus de deux ans et demi pour avoir exercé son droit à la liberté d’opinion, d’expression, d’association et de manifestation dans la région anglophone du Cameroun. Il a utilisé son programme radio pour rendre compte des droits de la minorité anglophone et de sa marginalisation économique et sociale. Il a travaillé en étroite collaboration avec me Cameroon Anglophone Civil Society (CACS) pour documenter les violations des droits humains commises dans le Nord-Ouest. Son discours public à Bamenda le 28 novembre 2016 a déclenché son arrestation.

Comme tout prisonnier d’opinion, la place de Mancho Bibixy n’est pas en prison.

 

 

Vous voulez soutenir Mancho Bibixy afin qu'il soit libéré ?

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CONTEXTE

 

Octobre-novembre 2016 : des avocats, enseignants et étudiants anglophones protestent contre la « francophonisation » des systèmes législatif et éducatif en vigueur dans les régions anglophones. Les autorités camerounaises répriment violemment les manifestations pacifiques. Les villes de Bamenda, Buea, Kumba et Kumbo sont particulièrement touchées par la répression. Des centaines de personnes sont arrêtées. Plus de dix manifestants sont tués par balles entre octobre 2016 et février 2017. Les autorités camerounaises tentent le « black-out » : elles interdisent des organisations de la société civile, suspendent Internet et les lignes téléphoniques pendant trois mois entre janvier et avril 2017. Des groupes de militants anglophones répondent par des stratégies de désobéissance civile (boycott des écoles et opérations « ville morte »). En octobre 2017, les forces de défense et de sécurité tirent à balles réelles sur des manifestants qui célèbrent symboliquement l’indépendance des régions anglophones. Vingt personnes sont tuées, de nombreuses autres blessées. Des centaines de personnes sont de nouveau arrêtées. Des milliers fuient. Dès lors, les voix modérées anglophones sont remplacées par les appels à la lutte armée des groupes séparatistes. La guerre civile commence. Les symboles de l’État et les forces de défense et de sécurité sont attaqués. S’ensuit une militarisation des régions anglophones – avec notamment l’arrivée du Bataillon d’intervention rapide (BIR) – et une répression tous azimuts qui renforce encore davantage l’émergence de mouvements plus radicaux et violents au sein de la société anglophone.

En trois années, cette guerre de basse intensité a déjà coûté la vie à plus de 3 000 personnes et déplacé plus de 500 000 personnes.

Aujourd’hui, la situation sécuritaire dans les régions anglophones est incontrôlable. Il s’agit d’une « No go zone » où il est dangereux de se rendre. Une partie de ce territoire est administrée par des groupes séparatistes armés, qui sèment la terreur au sein des populations civiles et opèrent par des actions de guérilla. Les fonctionnaires ont fui face aux attaques. Seule l’armée, dernier symbole de l’État camerounais, est présente sur quelques axes routiers, bases militaires et villes et villages d’importance stratégique. Elle lance régulièrement des opérations de contre-guérilla qui se soldent par des exécutions sommaires de civils. En différents endroits, les coupeurs de route et autres groupes criminels foisonnent et rançonnent citoyens et commerçants.

 

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