Paris, 25 juin 2012. À la veille de la journée mondiale de l’ONU en soutien aux victimes de la torture, l’ACAT France rappelle que tous les jours, dans plus de 100 pays, la torture est une pratique courante, souvent routinière, qui touche les opposants et les minorités mais aussi et surtout les délinquants ordinaires afin de leur extorquer des aveux. Trois nouveaux rapports de l’ACAT sur la Tunisie, le Mexique et le Sri Lanka témoignent de l’inquiétante persistance du phénomène.
« En ce moment même, dans l’ombre des commissariats, casernes ou camps de détention, des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants sont livrés à des bourreaux , déclare Jean-Etienne de Linares, délégué général de l’ACAT France. Menaces d’exécution, coups, brûlures, chocs électriques, simulations de noyade, suspension dans le vide : leur imagination est sans limite. De tout cela il faut parler, encore et toujours ! Car le phénomène ne diminue pas et les pays tortionnaires redoublent quant à eux d’efforts pour dissimuler, relativiser, banaliser et justifier l’injustifiable. »
La Syrie, où la torture s’est érigée en principe de gouvernance, est là pour rappeler la brutalité et l’actualité du phénomène tortionnaire. Elle ne fait hélas pas exception.
Trois nouveaux rapports de l’ACAT, seule grande ONG française des droits de l’homme française travaillant spécifiquement à l’éradication de la torture, seront rendus publics demain : ils concernent la Tunisie, le Mexique et le Sri Lanka. Trois pays emblématiques parmi de nombreux autres.
- En Tunisie, un an et demi après la révolution, le pays n’a toujours pas mis à bas des pratiques héritées de l’ancien régime. La torture continue d’être exercée, essentiellement à des fins punitives, mais aussi afin d’obtenir des aveux. Et la justice souffre toujours de dysfonctionnements essentiels qui l’empêchent de mener à bien une véritable lutte contre l’impunité.
Vous avez dit justice ? Étude sur le phénomène tortionnaire en Tunisie
- Au Mexique, le phénomène tortionnaire a évolué de façon défavorable sous le gouvernement de Felipe Calderón (2006-2012). La « guerre » contre le narcotrafic et le crime organisé a entrainé la promulgation de mesures d’exception qui ont renforcé les pouvoirs autoritaires et arbitraires des forces de sécurité et des magistrats.
Au nom de la « guerre contre le crime ». Étude sur le phénomène tortionnaire au Mexique
- Au Sri Lanka, la fin de l’état d’exception issu de la lutte entre les forces gouvernementales et les rebelles tamoul n’a pas non plus marqué la fin du recours à la torture et aux mauvais traitements. Malgré de nombreux cas documentés de torture, l’impunité reste de mise. Le procureur général protège les agents de l’État accusés de torture en bloquant les affaires pénales.
Le règne de l’arbitraire. Étude sur le phénomène tortionnaire au Sri Lanka
L’ACAT rappelle enfin à la veille de cette journée solennelle la nécessité d’agir en France même en rendant plus humaines les conditions d’accueil des victimes de torture qui cherchent refuge en France. Garder le silence, ne pas les entendre, c’est prolonger le travail de celui qui a voulu les faire taire.