Eléments clés sur la peine de mort

 

Sommaire
  1. Introduction
  2. La peine de mort : faits et chiffres
    1. Statistiques
    2. Méthodes d’exécution
    3. Crimes passibles de la peine de mort
  3. Peine de mort : les raisons d’être contre
  4. Ceux qui défendent la peine de mort : leurs arguments, nos réponses
  5. La peine de mort et le droit international
  6. Les Églises et la peine de mort
    1. L’Église catholique et les exécutions capitales
    2. Les Églises protestantes de France et la peine de mort
    3. La peine de mort pour les orthodoxes de France
  7. Actualités
  8. Liens

 1. Introduction

La peine de mort (ou peine capitale) est une sanction pénale ordonnant la suppression de la vie d’un condamné. Elle est infligée à une personne, reconnue coupable d’un crime passible de cette peine, à l’issue d’un procès organisé par une juridiction légale appartenant à un État dont la législation prévoit ce châtiment.

Il existe bien d’autres cas dans lesquels des agents d’un État prennent la vie d’une personne, mais on parlera alors d’exécution extrajudiciaire, d’exécution sommaire. Ou tout simplement d’assassinat.

64 pays ont recours à la peine de mort. Mais 133 autres l’ont aboli ou ne l’appliquent plus. En outre, depuis 1990, 50 pays sont devenus abolitionnistes. Pourtant, le débat sur la peine de mort n’est pas clos. Les partisans de la peine de mort invoquent la nécessité de protéger la société, de dissuader les criminels ou encore de contenter les victimes. Ceux qui réclament l’abolition universelle s’appuient en particulier sur le droit fondamental à la vie, la cruauté de ce châtiment et l’irréversibilité de la peine.

En 1982, les membres de l’ACAT-France ont voté en faveur de l’extension du mandat initial [à la création de l’ACAT-France, en 1974, l’association avait pour unique objectif la lutte contre la torture. L’aide aux victimes de la torture, notamment en agissant en faveur du droit d’asile, sera rajouté au mandat en 2001.] de leur association pour y inclure la lutte contre les exécutions capitales qu’elles résultent d’une décision arbitraire (exécutions extrajudiciaires) ou légale (peine de mort).

À l’époque, trois raisons essentielles avaient été invoquées :

  • La conviction qu’il existe un apparentement entre la torture et la peine de mort, notamment à travers la souffrance vécue par le condamné dans l’attente de son exécution
  • L’importance attachée à la promotion des droits de l’homme : tout individu à droit à la vie (Déclaration universelle des droits de l’homme, article 3)
  • Le fait que, pour un chrétien, tout être humain - aussi coupable soit-il - est à l’image de Dieu et que nul ne peut avoir le droit de lui ôter la vie

Depuis, l’action de l’ACAT-France se décline en quatre grands axes :

  • Le soutien aux condamnés à mort que ce soit en réclamant auprès des autorités concernées la révision des procès et/ou la commutation de la peine ou bien en entretenant des correspondances avec quelques-uns d’entre eux pour diminuer la souffrance d’une attente qui peut durer plusieurs années
  • La pression auprès des autorités nationales ou internationales pour obtenir des avancées juridiques contre la peine de mort : abrogation de ce châtiment, mise en place de moratoires, renforcement des lois internationales interdisant le retour des exécutions capitales dans les pays y ayant renoncé
  • L’appel aux autorités de toutes les Églises chrétiennes pour qu’elles affirment sans ambiguïté leur opposition à la peine de mort ou pour qu’elles interviennent en faveur de tel ou tel condamné
  • La réflexion sur les fondements éthiques et théologiques de notre engagement en faveur de l’abolition de la peine de mort

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2. La peine de mort : faits et chiffres

2.1 Statistiques

[Chiffres : Amnesty international, septembre 2007]

La peine de mort régresse. En 1977, seuls 16 pays avaient aboli la peine capitale pour tous les crimes. En 2007, ils sont 90 :

  • 90 pays ont aboli la peine de mort pour tous les crimes (abolitionnistes en droit [de jure])
  • 11 pays ont aboli la peine de mort pour tous les crimes sauf les crimes exceptionnels, tels que ceux commis en temps de guerre
  • 30 pays sont abolitionnistes de fait (de facto) : ils ont conservé la peine de mort dans leur législation mais soit ils ne prononcent plus de sentences de mort, soit ils n’exécutent pas les condamnés

131 pays sont donc abolitionnistes de droit ou de fait,
66 pays prononcent et appliquent encore ce châtiment,
seuls 25 d’entre eux ont exécutés des condamnés en 2006.

Etat des lieux par pays (abolitionnistes et non abolitionnistes)

Carte de la peine de mort dans le monde

Bien que les chiffres exacts ne soient pas connus, le nombre total d’exécutions annuelles est en baisse régulière. En 2006, plus de 90% des exécutions ont eu lieu dans six pays (hormis les États unis, ces chiffres sont inférieurs la réalité) :

  • Chine : 1010
    (sans doute beaucoup plus, vraisemblablement 8000)
  • Iran : 177
  • Pakistan : 82
  • Irak : 65
  • Soudan : 65
  • États-Unis : 53 (dans 12 États)

Les États-Unis et le Japon sont les deux seuls pays démocratiques pratiquant encore la peine de mort.
L’Iran est le pays qui exécute le plus de délinquants mineurs au moment des faits.
Le Koweït et Singapour détiennent le plus fort taux d'exécutions par habitant, suivis par l'Iran.

2.2 Méthodes d’exécution

Même si les anciennes méthodes barbares ont été abandonnées (crucifixion, écartèlement, roue, bûcher…), il n’existe aucune technique "humaine" pour ôter la vie, aucune méthode douce d’exécution.

Principales méthodes utilisées :

  • Chambre à gaz (Etats-Unis)
  • Décapitation (Arabie saoudite)
  • Électrocution (États-Unis)
  • Exécution par arme à feu (Biélorussie, Chine, Etats-Unis, Guinée, Indonésie, Ouzbékistan, Somalie, Taiwan, Viêt-Nam, etc.)
  • Injection létale (Chine, États-Unis, Guatemala, Thaïlande)
  • Lapidation (Afghanistan, Iran, Nigéria)
  • Pendaison (Égypte, Inde, Irak, Iran, Japon, Jordanie, Pakistan, Singapour, etc.)

Dans certains pays, les exécutions sont encore publiques : pendaison en plein air à l’aide de grues en Iran ou tir d’une balle dans la nuque dans des stades en Chine. Après des pendaisons, les corps peuvent aussi rester exposés plusieurs jours.

2.3 Crimes passibles de la peine de mort

Dans tous les pays pratiquant la peine de mort, le meurtre est le principal crime pour lequel des sentences de mort sont prononcées.

Mais bien d’autres crimes peuvent entraîner des condamnations à mort : le viol, l’enlèvement, l’atteinte à la sûreté de l’État, le terrorisme, l’espionnage, le trafic de drogues, l’incendie volontaire, l’homosexualité, l’adultère [Les exécutions capitales pour homosexualité et adultère ont lieu dans les pays musulmans pratiquant la charia. L’adultère y a une définition beaucoup plus large que la nôtre, une femme violée peut ainsi être condamnée pour "adultère"]

La Chine détient le record du nombre de crimes passibles de la peine de mort (68) dont un bon nombre (fraude fiscale, détournement de fonds…) ne relèvent pas de la criminalité violente.

À contrario, il est important de souligner que, pour les crimes les plus graves comme le génocide ou les crimes contre l’humanité, les juridictions internationales ont exclu le recours à la peine capitale.

De plus, il est très fréquent que les sentences de mort soient prononcées après des procès bâclés, expéditifs : absence ou manipulation de preuves, absence d’avocat, absence des accusés eux-mêmes, absence d'interprètes, instruction uniquement à charge, faux témoignages, aveux arrachés sous la torture, pas de possibilité d’appel…

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3. Peine de mort : les raisons d’être contre

  • Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Aucune autorité ne saurait décider de la mort d’un être humain
  • C’est une atteinte au commandement de Dieu : Tu ne tueras point. Elle ne saurait s’appliquer aux êtres humains créés à l’image de Dieu
  • C’est un châtiment cruel et inhumain : attente de l’exécution, souffrance de la mise à mort
  • Elle relève de la vengeance, pas de la justice. Elle légitime la violence qu’elle prétend combattre
  • Elle est irréversible : des innocents peuvent être exécutés ; la justice humaine est toujours faillible
  • Elle interdit toute possibilité d’amendement pour le criminel
  • Elle n’est pas dissuasive. Elle n’arrête pas les criminels motivés par la passion ou le fanatisme. La criminalité n’a jamais augmenté dans les pays qui ont aboli la peine de mort
  • Il n’est pas nécessaire que le châtiment soit de même nature que le crime (les violeurs ne sont pas condamnés à être violés, les tortionnaires à être torturés…). Il est contradictoire de punir un crime par un crime. Une condamnation à de longues années de prison est un châtiment extrêmement sévère
  • Il est possible de tenir les délinquants les plus dangereux à l’écart de la société sans les exécuter
  • Elle frappe d’abord, et de façon disproportionnée, des personnes défavorisées (pauvres, marginaux…) ou appartenant à des groupes ethniques particuliers. Elle est souvent prononcée à l’issue de procès bâclés ou fondée sur des aveux obtenus par la violence
  • Elle est souvent un moyen utilisé par des gouvernements répressifs pour éliminer des opposants. Elle est alors un instrument de pouvoir destiné à terroriser
  • La carte de son abolition épouse celle de la démocratie (à l’exception des États-Unis et du Japon)
  • Le droit international encourage les États à l’abolir. La justice internationale y a renoncé, même pour les crimes les plus graves : crimes contre l’humanité ou génocides.

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4. Ceux qui défendent la peine de mort

Principaux arguments des partisans de la peine de mort et éléments de réponse.

La peine capitale est un moyen de dissuasion vis-à-vis des criminels.

C’est l’argument le plus fréquent. Mais :

  • Aucune étude scientifique n’a jamais prouvé que la peine de mort soit plus dissuasive que les autres peines. Ainsi, le dernier bilan des études portant sur le lien entre la peine de mort et le taux d'homicides (dressé pour les Nations unies en 1988 et mis à jour en 2002) précise qu’«il n'est pas prudent d'accréditer l'hypothèse selon laquelle la peine capitale aurait un effet légèrement plus dissuasif en matière de criminalité que la menace et l'application de la peine, censément moins sévère, de réclusion à perpétuité.»
  • La criminalité n’a jamais augmenté dans les pays ayant aboli la peine de mort
  • Dès lors qu’il s’agit de passion (crimes passionnels), de perversion (crimes sexuels) ou d’idéologie (terrorisme…) la dissuasion n’intervient guère

La peine capitale garantit que des criminels dangereux ne seront jamais libérés et de nouveau en situation de récidiver.

Effectivement. Mais :

  • Les cas de récidives après libération sont peu fréquents.
  • Cela revient à condamner par anticipation : qui peut affirmer à l’avance et avec certitude qu’un homme recommencera ?
  • La société a d’autres moyens moins radicaux de se protéger : suivi médical, soins et expertises psychiatriques, préparation de la réinsertion…

L’exécution des meurtriers procure aux familles, aux amis de la victime la satisfaction de ne pas voir l’assassin de leur proche continuer à vivre.

Un argument contestable :

  • On peut comprendre qu’un parent souhaite la mort de l’assassin de son enfant. Mais la justice n’est pas la vengeance. Pour être juste, la justice ne peut être rendue par les victimes.
  • L’exécution d’un criminel ne rend pas la vie à l’être aimé.
  • Nombreux sont les parents de victimes qui ont témoigné du caractère destructeur du sentiment de vengeance et du fait que la mort du criminel ne les avaient pas apaisés. À l’inverse d’autres n’ont trouvé la paix que dans le pardon.
  • Difficile d’invoquer la douleur des familles des victimes sans tenir compte de la douleur égale des proches du condamné.

L’abolition de la peine de mort affaiblit l’autorité de l’État

Argument bien faible :

  • Il est impossible de citer un seul exemple d’une corrélation entre abolition de la peine de mort et affaiblissement d’un État (sauf si son autorité ne reposait que sur cela)
  • Si l’autorité d’un État a besoin de la peine de mort pour s’exercer, c’est qu’elle est par ailleurs bien contestée
  • L’autorité de l’État grandit en faisant passer des valeurs morales avant des impératifs répressifs

La peine capitale est un moyen économique de se débarrasser de criminels dangereux, dont le maintien en détention est coûteux pour la société (nourriture, logement, soins, frais de détention…).

Argument assez peu utilisé. Sans commentaire

Une majorité de la population souhaite le maintien de la peine capitale

Un argument intéressant dans une démocratie. Mais :

  • Qui peut vraiment affirmer connaître l’état de l’opinion publique ?
  • Il n’y a jamais eu de référendum sur le sujet. Restent les sondages. Outre le fait que leur fiabilité peut se discuter, ils ne donnent pas les mêmes résultats selon le contexte dans lequel ils ont été réalisés. Une affaire de meurtre, touchant particulièrement l’opinion publique, peut avoir pour conséquence d’augmenter à court terme les avis favorables à la peine de mort.
  • Un gouvernement peut se grandir en anticipant l’évolution de la société sur ce sujet. L’abolition de la peine de mort en France en est un exemple
  • Il faut encore et toujours œuvrer pour que l’opinion publique ne soit plus (ou ne redevienne pas) favorable aux exécutions capitales

Il faut maintenir la peine de mort pour des crimes particulièrement odieux

  • Parce qu’il était prévu de l’appliquer pour des crimes pas particulièrement odieux ?

Une condamnation à mort est moins cruelle qu’une peine de prison à vie

  • Une très longue condamnation est effectivement une peine très dure, mais le fait d’avoir la vie sauve et de conserver l’espoir de sortir un jour donne au condamné la possibilité de changer, de s’amender, de se réinsérer.
  • Il s’agit plus d’un réquisitoire contre les conditions de détention et contre le principe d’un enfermement à vie que d’un véritable argument en faveur de la peine de mort

La peine capitale est tolérée par la Bible (loi du Talion dans les sociétés d’origine judéo-chrétienne) et par le Coran en vertu de la Charia (pour les musulmans).

Si, dans le passé, les diverses religions (et notamment le Églises chrétiennes) ont pu encourager ou approuver le recours à la peine de mort, il s’agit d’un argument dépassé :

  • Les positions des Églises chrétiennes sont aujourd’hui clairement en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort 
    Les Églises et la peine de mort
  • La position de la religion musulmane reste plus ambiguë. Tout dépend de l’interprétation faite du Coran. En Iran, en Arabie Saoudite , au Soudan ou au Pakistan, une interprétation rigoriste de l’Islam justifie l’application de la peine de mort.
  • La Bible juive (l’Ancien testament pour les Chrétiens) prévoit la peine capitale pour une série de crimes. Mais l’essentiel du Talmud tend à montrer que la loi du talion n’est pas à prendre au pied de la lettre. Le Kippour (le Grand Pardon) a été institué pour que tout pêcheur puisse s’amender et demander pardon ; L’État d’Israël a aboli la peine de mort en 1954 [Une exception : la peine de mort reste prévue en Israël dans le cadre de la loi contre le génocide. Elle n’a été utilisée qu’une fois : contre Adolf Eichman, pendu en 1962.].
  • Foncièrement non-violent, le bouddhisme ne se pose même pas la question de la légitimité de la peine de mort.

Par ailleurs, en vertu du principe de séparation de l’Église et de l’État, les États ne sont pas tenus d’adopter des dispositions législatives qui soient nécessairement en accord avec les doctrines religieuses (ou avec les interprétations qui en sont faites à l’intérieur de chacune des confessions).

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5. La peine de mort et le droit international

La déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH, 1948)

L’article 3 de la DUDH stipule que « tout individu à droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de la personne ».

Cette rédaction est le fruit d’un compromis entre les représentants des États qui souhaitaient que l’on affirme que la peine de mort viole le droit à la vie et ceux qui voulaient en dire qu’elle ne constitue qu’une limitation au droit à la vie.

Le résultat fut que toute référence explicite à la peine de mort disparut du texte définitif de la DUDH.

Il existe quatre textes internationaux concernant l’abolition de la peine de mort. Les États signataires s’engagent à ne pas avoir recours à la peine capitale :

  • Le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort. Adopté en décembre 1989, il a été ratifié par 71 États. Trois autres pays ont signé le Protocole, signifiant ainsi leur intention de devenir partie à cet instrument à une date ultérieure.
  • Le Protocole à la Convention américaine relative aux droits de l’homme, traitant de l’abolition de la peine de mort. Adopté en juin 1990, il a été ratifié par huit États du continent américain et signé par deux autres
  • Ces deux protocoles prévoient l’abolition totale de la peine capitale, mais laissent aux États qui le souhaitent la possibilité d’y avoir exceptionnellement recours en temps de guerre.
  • Le Protocole n°6 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Convention européenne des droits de l’homme) concernant l’abolition de la peine de mort. Ouvert à la signature en avril 1983, il est entré en vigueur en mars 1985. Il a été ratifié par 46 États européens et signé par un autre.
  • L’objet du Protocole n°6 à la Convention européenne des droits de l’homme est l’abolition de la peine de mort en temps de paix.
  • Le Protocole n°13 à la Convention européenne des droits de l’homme, relatif à l’abolition de la peine de mort en toutes circonstances. Ouvert à la signature en mai 2002, il est entré en vigueur en juillet 2003. Il a été ratifié par 41 États européens et signé par 4 autres.

Ce Protocole prévoit l’abolition totale de la peine de mort en toutes circonstances.

De plus, la Convention internationale des droits de l’enfant, adoptée par l’ONU en 1989, énonce : « Les États parties veillent à ce que nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : ni la peine capitale ni l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération ne doivent être prononcés pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de 18 ans. » (Article 37, § a).

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6. Les Églises et la peine de mort

Pendant des siècles, les chrétiens ont eu recours à la peine de mort et l’ont justifiée. Aujourd’hui, dans leur grande majorité, les Églises et les Chrétiens sont contre la peine de mort et souvent très actifs dans le combat pour son abolition. Pour les Chrétiens, la peine de mort est contraire à l’Évangile et à la pensée des Églises.

6.1 L’Église catholique et les exécutions capitales

La version finale (1998) du Catéchisme de l’Église universelle, après avoir rappelé que « l’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas […] le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’être humains », reprend le constat dressé par le pape Jean-Paul II dans son encyclique Évangelium vitae (1995) : « les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable sont désormais assez rares, voire pratiquement inexistants ». Ainsi, tout en restant en deçà des espérances des abolitionnistes, cette version manifeste néanmoins une réelle prise en compte des objections faites à sa première mouture (1992).

Depuis 1998, l’État du Saint-Siège est cependant allé plus loin, en prenant plusieurs fois position de manière très nette contre la totalité des exécutions capitales perpétrées aujourd’hui dans le monde :

  • Appel à un moratoire universel : Jean-Paul II aux États-Unis, le 27 janvier 1999
  • Intervention du Cardinal Martino devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 2 novembre 1999 : « la position du Saint-Siège est donc que les autorités, même pour les crimes les plus graves, devraient se limiter à user de châtiments qui n’entraînent pas la mort ».

Il est donc permis d’espérer, au vu de ces récentes déclarations, que l’Église catholique romaine évolue dans le sens d’une condamnation catégorique de l’ensemble des exécutions capitales perpétrées aujourd’hui dans le monde.

Sans attendre la position de Rome, de nombreuses conférences épiscopales nationales ont pris des positions sans ambiguïtés durant les trente dernières années. Notamment l’Église de France.

L’Église de France, dès la fin des années 70, précisait, dans un document de sa commission sociale, que « le refus de la peine de mort correspond chez nos contemporains à un progrès accompli dans le respect de la vie humaine. […Car] depuis que le Fils de Dieu s’est fait homme, c’est Jésus-Christ qui se profile derrière le visage de tout homme, quelle que soit la gravité de son péché, et qui l’appelle au salut. […] À travers son visage, [l’Église] veut que soit de mieux en mieux reconnu le visage de Jésus, qui est venu non pour condamner mais pour sauver. [C’est pourquoi] pour leur part et après une réflexion approfondie, les signataires de cette note estiment qu’en France, la peine de mort devrait être abolie. »

Les évêques de France ont rendu public en 1991 un Catéchisme pour adultes élaboré sous leur responsabilité. Ce texte, après avoir dressé le constat que beaucoup de pays ont aboli la peine de mort, souligne que « le chrétien ne peut que se réjouir de voir ainsi se développer le sens du respect absolu de la vie », et que si « la justice doit être assurée et la société protégée, […il n’en reste pas moins que] quels que soient ses crimes, une personne humaine reste un enfant de Dieu que l’on doit respecter comme tel. L’espérance chrétienne croit toujours l’homme capable de s’amender ».

6.2 Les Églises protestantes de France et la peine de mort

Ces Églises ont, depuis plus de 40 ans, pris nettement position en faveur de l’abolition de la peine de mort.

Ainsi, le synode national de l’Église réformée de France a été amené à prendre plusieurs positions :

  • « Le synode national s’inquiète du mépris de la personne humaine qui s’affirme dans l’application de la peine de mort ; il estime qu’aucun argument sérieux ne peut en justifier le maintien ; il demande aux autorités de la République de renoncer à l’exécution des condamnés à mort et de préparer une réforme de la législation abolissant cette sanction » (mai 1963)
  • En mai 1976, il réitérait sa position en la complétant par la phrase : « …invite les communautés locales à participer aux actions poursuivies par les associations contre la peine de mort »
  • En mai 1999, il votait un vœu, qui reprenait des déclarations d’Amnesty international et de la FIACAT, concernant les violations des droits de l’homme commises aux États-Unis et demandant « un moratoire sur les exécutions, dans l’attente de l’abolition totale de la peine de mort ».

Le synode de l’Église Réformée d’Alsace et de Lorraine (ERAL), décidait en juin 2001 :

« Le synode s’associe au premier congrès mondial contre la peine de mort se tenant à Strasbourg du 21 au 23 juin 2001 et soutient l’ACAT dans son engagement. […] Le synode sollicite le Conseil Synodal pour intervenir auprès des différents parlements nationaux et du Parlement Européen, ainsi qu’à l’Assemblée Générale des Nations Unies, pour leur demander de débattre et de voter, afin de mettre en place des stratégies politiques fortes, permettant l’extension des moratoires et des abolitions… »

La Fédération protestante de France a pris position à plusieurs reprises :

  • Juin 1963 : « Le Conseil de la Fédération Protestante de France estime qu’il existe de sérieuses raisons théologiques, pour l’Église, de mettre en question le principe de la peine de mort : il n’appartient pas aux hommes de fixer le moment de la mort d’une créature humaine ; si coupable que soit un homme, pour qui Jésus-Christ est mort, il ne saurait être privé du temps de patience et de repentance que Dieu offre au pécheur ; la justice humaine étant relative, elle ne saurait prendre des décisions irréversibles qui n’appartiennent qu’au jugement de Dieu. Il constate que le taux de criminalité ne paraît pas être lié à l’application ou à la non application de la peine de mort ; il rappelle qu’en matière de « justice politique », le recours à la peine de mort, contraire à la tradition du droit français, ne saurait échapper au soupçon d’être aussi une forme de vengeance »
  • Mars 1979 : « L’Assemblée Générale de la Fédération Protestante de France rappelle sa conviction, exprimée dès 1963, que le principe de la peine de mort n’est pas compatible avec l’Evangile : la justice humaine est relative ; il ne lui appartient donc pas de prendre des décisions irréversibles ; si coupable que soit un être humain, nul n’a le droit de désespérer de lui, ni de le réduire à son crime ; ce serait nier qu’il existe pour lui, jusqu’au bout, une possibilité de changement. C’est pourquoi, en demandant la suppression de la peine de mort dans notre pays, elle exprime également l’espoir que sera maintenue l’échelle actuelle des autres peines assorties des possibilités de réduction et de liberté conditionnelle, et qu’il ne sera pas créé de « peine de substitution » de durée incompressible interdisant de tenir compte des dispositions du condamné et de son évolution »
  • Deux ans plus tard, le conseil de la Fédération Protestante, dans sa séance du 22 février 1981, constatant que 6 condamnations à mort avaient été prononcées par des Cours d’Assises depuis la rentrée d’automne 1980, réaffirmait son opposition à la peine de mort.

6.3 La peine de mort pour les orthodoxes en France

À la différence des autres confessions chrétiennes, les instances officielles de l’Église orthodoxe en France n’ont pour l’instant pris que rarement position sur des questions de société.

Ce silence tient, pour une part, au fait que pendant longtemps les orthodoxes de ce pays se considéraient davantage comme des immigrés ou des étrangers, marginalement concernés par les débats de société et estimant qu’il n’était pas correct de se mêler des débats de société dans des pays qui les avaient accueillis.

Mais des raisons plus fondamentales existent aussi. La distance entre l’Église enseignante, entre le Magistère de l’Église et l’Église enseignée, apparue tardivement dans l’histoire du christianisme occidental, ne s’inscrit pas dans la tradition de l’Église orthodoxe. La responsabilité des choix dans les matières de société repose donc sur la conscience personnelle, éclairée par la prière et la Tradition vivante de l’Église. Cette prise de responsabilité personnelle peut conduire à des positions différentes sur des sujets particuliers. Ces possibles divergences ne remettent pas en cause l’Unité de l’Église en profondeur. Celle-ci ne se fonde pas sur des accords ou des arrangements de nature politique mais sur la foi commune, l’espérance et la communion à l’Unique nécessaire. Le service consistant à éclairer le débat ou à discuter de telle ou telle question n’est donc pas nécessairement rendu par l’épiscopat ou une instance officielle de l’Église. Des personnalités aimées et respectées se chargent parfois de le faire sans qu’aucune injonction de les suivre ne soit prononcée.

En France, l’Assemblée des Évêques Orthodoxes de France vient de créer une commission Église et Société précisément chargée d’être dans un premier temps à l’écoute des questions que se posent les fidèles et de mener une réflexion sur ces sujets. Cette commission aura également comme finalité de recenser toutes les initiatives et les prises de position sur ces questions.

S’agissant de la peine de mort, si il n’y a pas de prise de position officielle en France à ce sujet, certaines Églises orthodoxes comme l’Église Orthodoxe d’Amérique se sont clairement prononcées contre dans une résolution du Concile de 1989.

L’Église de Russie a produit, en 2000, à l’occasion du Concile jubilaire un document s'intitulant « Fondements d'une doctrine sociale de l’Église Orthodoxe Russe », qui présente le point de vue officiel du Patriarcat de Moscou sur les relations de l’Église avec l’État et la société civile. Le paragraphe traitant de la peine de mort énonce que « sous l'influence morale des chrétiens une attitude négative s’est développée à son égard dans la conscience des peuples. [..] L’abolition de la peine de mort ouvrirait la voie à de nouvelles occasions d’un travail pastoral avec ceux qui ont péché et à davantage de possibilités pour eux de se repentir. [..] Aujourd'hui de nombreux États ont aboli la peine de mort par la loi ou ont cessé de la mettre en application. L’Église approuve ces décisions des autorités étatiques. En même temps, elle croit que la décision d’abolir ou de ne plus appliquer la peine de mort doit être prise librement par la société, en prenant en considération le taux de criminalité et l’état de développement de son système judiciaire et plus encore le besoin de protéger la vie de ses membres » (paragraphe IX, 3).

La position du Patriarcat de Moscou, on le voit, si elle est globalement favorable à l’abolition de la peine de mort, n’est pas franchement en pointe sur le sujet. Ce point de vue diffère de celui, vigoureusement abolitionniste, développé en France par des personnalités orthodoxes comme le Père Cyrille Argenti, qui fut vice-président orthodoxe de l'ACAT.

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7. Actualités

  •  Les Etats-Unis ont repris les éxécutions capitales le 6 mai 2008, en Georgie.
  • Le 21 juillet 2009: 1000ème exécution par injection létale depuis la reprise en 1977
  • Consulter les dates des prochaines exécutions, au 17 février 2010
  • et télécharger la liste des exécutés depuis 1976

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8. Liens

D'autres liens ici. 

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Le Die-in, un des événements ACAT pour mobiliser contre la peine de mort.


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